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Volaille de chair : le plan de la filière pour profiter de la hausse de la consommation

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Les Français aiment la volaille, ils en consomment de plus en plus, surtout en RHD qui se fournit à l’import, malheureusement pour la filière française. Celle-ci tente donc de reconquérir le marché professionnel en lançant un plan d’action qui met l’accent sur les attentes sociétales.

« Nous sommes frustrés de ne pas profiter de la hausse de la consommation de volaille en France », a déclaré Éric Cachan, président du Syndicat national des labels avicoles de France (Synalaf), le 11 février à l’occasion d’un point presse. En 2019, les Français ont en effet consommé davantage de volaille (+3 % en un an, 1,86 Mt en 2019 contre 1,61 Mt en 2018). La consommation à domicile stagne (-0,5 % sur 12 mois à fin novembre 2019 selon Kantar Worlpanel), notamment sous l’effet de l’encadrement des promotions en volume dans le cadre de la loi Egalim, tandis que la hausse est captée par la RHD. Mais ce débouché a trop souvent recours aux importations, déplore Anvol, l’interprofession de la volaille de chair. Rien que pour le poulet, 45 % de la consommation en France sont importés. En 2019, les importations de poulet ont grimpé de 2,7 % (587 000 TEC) sur un an. Les plus fortes hausses concernant les importations de Pologne (+7,8 %) et de Belgique (+2,6 %).

Les volailles importées se sont fait une belle place grâce à leur compétitivité en termes de prix. « La dynamique des importations du Brésil est enclenchée depuis un an en Europe, grâce essentiellement au prix », souligne Paul Lopez, président de la Fédération des industries avicoles (FIA).

« Il reste toujours difficile de valoriser notre production française », souligne Éric Cachan. Pour aider la filière hexagonale, Anvol compte sur l’entrée en vigueur prochaine de l’obligation de l’étiquetage de l’origine de la volaille en RHD en France, comme cela existe déjà pour le bœuf. « Nous demandons que cette obligation concerne toute l’Union européenne, et nous incitons les Etats membres à adopter la même démarche », souligne Paul Lopez.

Le plan de filière prend du retard

La filière s’est saisie de la question de la reconquête des importations depuis plusieurs années, mais les résultats qu’elle s’était fixé dans le cadre du plan de filière ne sont pas atteints. « Depuis deux ans, nous ne sommes pas parvenus à reconquérir les parts de marchés prises par les importations », regrette Anne Richard, directrice d’Anvol. L’interprofession avance toutefois son bilan : 400 millions d’euros investis dans les abattoirs, 30 millions d’euros dans les couvoirs (sur 60 millions prévus en 5 ans), 200 millions par les éleveurs (25 % de ce qui était prévu). 630 millions d’euros ont été investis en deux ans, sur les 2,7 milliards d’euros prévus d’ici 2022. Anvol pointe la responsabilité de l’Etat dont les aides n’ont pas été au rendez-vous, et les difficultés de voisinage dès lors qu’on veut installer un nouveau poulailler.

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D’où l’idée de lancer un nouveau plan d’action volontaire, le Pacte Ambition Anvol 2025, orienté vers la prise en compte des attentes sociétales : répondre aux demandes de tous les circuits de distribution, 50 % de volailles ayant un accès à la lumière naturelle, 100 % des élevages engagés dans l’amélioration des bonnes pratiques, alimentation totalement durable (aucune déforestation), baisse de 5 % de l’utilisation d’antibiotiques et maintien des élevages à taille humaine. La filière se dit aussi prête à s’engager dans la démarche European Chicken Commitment (ECC), portée par les ONG welfairistes et les distributeurs. Mais les surcoûts sont conséquents, liés à l’adaptation des élevages et des abattoirs. L’Itavi a mené une étude qui conclut à un surcoût qui peut atteindre jusqu’à 59 % (par rapport à un poulet standard) dans le cas où seul le filet de poulet est valorisé en ECC.

La réflexion est aussi en cours au sein de la filière pour mieux segmenter le marché du poulet certifié (56 jours d’élevage) en introduisant un label valorisant le parcours extérieur. Une façon de répondre à l’attente des consommateurs pour le bien-être animal, tout en proposant un produit plus accessible en termes de prix, que le poulet fermier.

Carrefour et Système U adoptent l’étiquetage « bien-être animal » de Casino

Les distributeurs Carrefour et Système U, ainsi que Galliance (Terrena), rejoignent la démarche « Etiquette bien-être animal » en poulets, annonce un communiqué le 6 février. À la manière du Nutri-Score, ce référentiel de 230 critères (de la naissance à l’abattage) comprend cinq niveaux de bien-être animal allant de E (minimum réglementaire) à A (supérieur). Lancé en 2018, cet étiquetage est porté par Casino, quatre ONG (CIWF, OABA, LFDA et Welfarm) et deux producteurs (Fermiers de Loué et Fermiers du Sud-Ouest). L’arrivée des nouveaux acteurs pourrait conduire à étiqueter à terme 10 % de la production française de poulets de chair, d’après le CIWF. Nouveauté 2020, cet étiquetage comprendra désormais des pictogrammes illustrant le mode d’élevage (bâtiment, accès à l’extérieur, parcours arboré, etc.). Autre évolution : la création d’un nouveau niveau (D), qui identifie les élevages ayant lancé un plan de progrès. Actuellement présent sur certains produits des enseignes et fabricants impliqués, l’étiquetage bien-être animal nouvelle version est « prévu pour tous les produits, quel que soit leur niveau de gamme ». En 2020, la démarche compte s’étendre au porc, puis « progressivement » à « d’autres espèces animales ».