Abonné

Volailles : en attendant la reconquête, la balance commerciale devient négative

- - 6 min

La restructuration de l’industrie de la volaille de chair française est « en grande partie faite », estime le directeur du pôle volaille de Terrena, numéro 2 français de la volaille. Mais le solde de la balance commerciale française de la volaille continue de baisser et, événement hautement symbolique, il est devenu en 2016 négatif pour la première fois, de mémoire de professionnel. Lors des assemblées générales des interprofessions volaille de chair, la filière s’est interrogée sur la stratégie à suivre pour amorcer la « reconquête ». Le sélectionneur Hubbard propose une montée en gamme du poulet standard, pour se protéger notamment de la concurrence polonaise.

En attendant la reconquête du marché intérieur attendue par l’ensemble de la filière, l'année 2016 restera dans les mémoires comme l’année durant laquelle le solde de la balance commerciale français en volaille est devenu négatif (-57 000 tonnes) pour la première fois de son histoire, de mémoire de professionnels. « La chute est rude", a constaté l’économiste de l’Inra Vincent Chatellier, lors des assemblées générales des interprofessions des volailles de chair, le 27 avril. Ce solde est déjà négatif depuis quelques années sur le marché principal de la volaille de chair, le poulet, où le déficit continue de se creuser depuis une quinzaine d’années. « Elle est liée à une sévère hausse des importations et une stagnation de l’export », explique l’économiste. L’événement est symbolique, et la dynamique mauvaise. Il faut toutefois rappeler que deux grands producteurs comme l’Allemagne (-278 000 tonnes) et la Grande-Bretagne (-755 000 tonnes) sont déficitaires depuis de très nombreuses années et à des niveaux plus importants.

Face à ce constat négatif, le rendez-vous annuel des interprofessions volailles de chair a été consacré, une nouvelle fois, à la recherche d’une stratégie française pour reconquérir le marché le plus importateur, la restauration hors domicile (RHD). Les professionnels se sont accordés pour dire que la demande de produits français grandit sur ce marché, alors que l’industrie française de l’abattage-découpe se restructure actuellement, en vue de sa reconquête.

Une demande existe pour l’origine France en RHD

Des témoignages d’acheteurs de la restauration collective diffusés devant l’assemblée ont mis en évidence une demande de produits d’origine française dans ce secteur. Pour Christophe Courroussé de Galliance, ces témoignages montrent que la France peut redresser la courbe : « il y a une demande, le marché existe. » Même analyse de Christian Renault, consultant au cabinet de conseil AND International : « nous sentons une pression depuis deux à trois ans, avec une demande pour davantage de local ». « L’écart entre ces témoignages et les chiffres d’importations montre que l’on ne répond pas assez à cette demande, estime Christophe Courroussé. II faut que l’on y réponde vite, la restructuration industrielle est en grande partie faite. Il faut redonner des signaux clairs aux acteurs. Le leader (LDC, ndlr) le fait, nous aussi, nous allons le faire ». Il prédit que la production bretonne « aura totalement changé de morphologie entre ce qu’elle était il y a dix ans et ce qu’elle sera dans dix ans », notamment en vue de rapprocher la production des bassins de consommation.

Monter le poulet standard en gamme

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

concurrence
Suivi
Suivre
industrie
Suivi
Suivre

La restructuration industrielle à destination de la RHD est un effort important pour une filière qui était jusqu’ici essentiellement tournée vers la grande distribution. Pour certains, ce n’est pas suffisant pour faire face à la concurrence venue de l’Est, en particulier de la Pologne. Le sélectionneur Olivier Rochard, directeur général d’Hubbard, plaide pour que la RHD française organise une grande table ronde avec la filière volaille française, afin de faire monter en gamme le poulet français : « on ne fera rien sans la volonté du destructeur final (GMS, RHD, ou industriel, ndlr) », estime-t-il. « Si nous continuons à travailler du minerai, compte tenu des salaires polonais, nous allons poursuivre la tendance que nous connaissons depuis quinze ans. On ne peut pas être concurrentiel, ce sont de très bons éleveurs, ne nous trompons pas ».

Et de citer l’exemple des Pays-Bas, où le poulet standard distribué en GMS a évolué vers plus de bien-être animal à l’initiative des distributeurs, dressant ainsi une barrière à l’importation. Il estime qu’en France, « il existe un poulet intermédiaire (entre le standard et le label, ndlr) sur lequel nous avons de l’avance ». L’enjeu est important pour l’élevage français car la volaille est un marché en croissance. D’ailleurs, pour Vincent Chatelier, il existe encore une marge importante de progression en Europe, où la volaille représentera 31 % de la viande consommée en 2025, contre 46 % aux Etats-Unis.

Création d’une interprofession volaille de chair unique : objectif fin d’année 2017

Une nouvelle réunion a eu lieu le 26 avril entre les différentes parties prenantes en vue de la création d’une interprofession volaille de chair unique (rassemblant les différentes interprofessions existantes : poulet, dinde, pintade…). Les professionnels se fixent pour objectif d’aboutir à la création d’une structure d’ici la fin d’année. Rappelons toutefois que c’était déjà l’objectif qu’ils s’étaient fixé en 2015. « On avance toujours, peut-être à petits pas », a commenté le président de l’interprofession poulet de chair, Jean-Yves Ménard. D’autres professionnels ont évoqué des discussions difficiles.
Serpent de mer de la filière, la création de cette interprofession avait été relancée après une sanction prononcée envers des industriels de la volaille par l’Autorité de la concurrence. Celle-ci avait diminué les sanctions prononcées, en échange de l’engagement collectif des industriels de mettre en place une interprofession « dans un calendrier contraint ».