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France/Tunisie Volonté des opérateurs de relancer les échanges

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Le 2 salon méditerranéen de l’alimentation et de l’huile d’olive, qui s’est tenu à Sfax en Tunisie du 18 au 22 mai, a été l’occasion de structurer une volonté des opérateurs des deux rives de la Méditerranée de relancer les échanges franco-tunisiens. Les Tunisiens, qualifiés dans la région de «Japonais du Maghreb», se placent dans la perspective de l’accord d’association de libre-échange qui a été signé entre l’UE et la Tunisie, et qui doit démarrer en 2006. De même la Tunisie continue à développer le tourisme, elle cherche à faire progresser des filières, notamment l’élevage laitier.

La ville de Sfax est le poumon économique de la Tunisie. Située dans la moitié Sud, ce port ouvert sur la façade Est de la Méditerranée est d’abord un lieu d’expédition de phosphates pour l’exportation.

Au cours de ce Salon de l’alimentation méditerranéen, Med Food 2004, a été organisé, entre autres rencontres, un forum sur les filières animales. Ce forum, à mi-chemin entre une convention d’affaires et une discussion sur les pistes de coopération, a conduit, à la fin de la journée du 20 mai, à l’ébauche d’un programme d’échanges entre la Tunisie et la France. Quatre ans après la crise de la vache folle en Europe, la Tunisie commence à ouvrir ses frontières en viande bovine européenne. Mais pour l’instant seulement en viande bovine allemande, a indiqué le docteur Trikki, vétérinaire tunisien et animateur de ce forum d’une trentaine de personnes venant principalement de Tunisie et de France. Hormis l’Allemagne, et la Norvège pour les génisses, elle a un projet d’achat de génisses d’Uruguay (mais le navire transportant les animaux, annoncé le 27 décembre dernier, n’est toujours pas en vue...).

Filière bovine : la Tunisie entrouvre sa porte

Une possibilité existe pour que la Tunisie ouvre davantage ses frontières à la filière bovine française, a indiqué M. Trikki. Il a fait état de possibilités d’élevage en Tunisie à partir d’animaux maigres venus de l’Hexagone. Salaheddine Ferchiou, président de la chambre syndicale tunisienne des commerçants de gros et des importateurs de viande, a renchéri : « Le gouvernement et les citoyens ont eu peur de l’ESB. Mais depuis, la situation a mûri. Cependant, pour entrouvrir les frontières seulement, il a fallu de nombreuses heures de négociations».

Présent à ce forum, Laurent Spanghero, président de la Fédération française de l’industrie et des commerces en gros des viandes, a proposé que la France vende quelques centaines de bovins vivants à la Tunisie, afin qu’elle développe une activité d’engraissement.

H’mid Brahmia, directeur général du bureau interprofessionnel du lait et de la viande rouge en Tunisie, et responsable notamment de la «mise à niveau» des abattoirs, a indiqué une raison de fond qui fait que la Tunisie a conclu des affaires avec l’Allemagne et la Norvège mais pas avec la France : la non compétitivité de la filière française, en raison du dépistage systématique des bovins de plus de 24 mois et de la politique la plus rigoureuse au monde de la France en matière d’ESB. « Vous avez trop d’exigences. Il faut que l’exportateur fasse évoluer son cahier des charges vers moins de coûts», a souligné M. Trikki.

Laurent Spanghero a proposé d’expédier vers la Tunisie une centaine de broutards de six à sept mois à titre de test.

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Ridha Guermazi, consultant en stratégie économique à Sfax, s’est félicité de cette avancée, car il s’agit d’un partenariat gagnant-gagnant et non de flux allant dans un seul sens. Il est clair que la Tunisie cherche avant tout à trouver des marchés. Quitte à élever les prix des produits de son marché intérieur. Ainsi, le prix du litre d’huile d’olive est passé d’un euro il y a cinq ans à 2,5 aujourd’hui, du fait du dynamisme de la demande étrangère.

Dans les faits, les avancées ne se font pas d’un coup de baguette magique. Les opérateurs français sont conscients que des heures de discussions seront encore nécessaires, surtout si les offres françaises sont plus chères que celles des autres pays.

L’extension des terroirs du Sud : du couscous au sanglier...

La notion de terroirs se développe aussi dans les pays du Sud. Ainsi, Med Food 2004 a fait voir, dans les stands, l’émergence du couscous palestinien. Le couscous est un produit typiquement maghrébin. Le couscous palestinien a constitué un mini-événement de ce salon. De même, le lancement d’un couscous sénégalais à base de maïs. Le Sénégal lancera ultérieurement en Tunisie un couscous à base de mil. Signalons par ailleurs les efforts d’une filière d’huile d’olive palestinienne, présente au salon sous la marque Qudsona («Notre Jérusalem») ou sous marque Oxfam (une ONG anglaise). La société Zaïtona («Notre huile») a convaincu le World Food Program d’acheter des produits aux paysans palestiniens, une solution que ces derniers préfèrent à l’octroi d’aides sans produire, dans des camps de réfugiés.

Par ailleurs, une nouvelle filière pourrait naître, mais elle ne pourra éclore sans un partenariat occidental, et ce pour des raisons religieuses : la valorisation des sangliers d’Algérie. Abdelkrim Lebsir, céréalier algérien sur une trentaine d’hectares près de Constantine, ne sait plus comment venir à bout des dégâts occasionnés par les sangliers sur son exploitation. « Un vrai fléau», précise-t-il. Les sangliers se sont mis à proliférer depuis 1992, quand les islamistes ont interdit la chasse, et bien entendu la consommation de viande de sanglier, assimilée à de la viande de porc. Un musulman ne peut ni consommer la viande de sanglier, ni même la commercialiser. Il faudra donc recourir à des opérateurs tiers.

Abdelkrim Lebsir a déjà contacté les magasins Carrefour de sa région. Mais l’enseigne demande une régularité d’approvisionnement impossible à assurer. Les agriculteurs algériens sont à la recherche de partenaires.

Enfin, toujours au chapitre de la diversification, Abdelkrim Lebsir, conscient que l’OMC risque de compromettre la compétitivité de la filière céréalière algérienne (il cultive du blé tendre essentiellement), réfléchit à une diversification dans l’huile d’olive sur la moitié de sa superficie. Il envisage la culture d’oliviers à haute densité (de 800 à 1 000 oliviers à l’hectare), selon des techniques espagnoles, en irrigué.