Se présentant au départ comme voulant bousculer l’organisation européenne de l’agriculture, Nicolas Sarkozy a semblé peu à peu, aux yeux des Européens, « rentrer dans le rang ». Si, publiquement, la hardiesse verbale de la France est toujours au rendez-vous, dans les couloirs des négociations, le ton est plus modéré. Jusqu’à inquiéter les Irlandais qui se sentent de plus en plus isolés dans leur combat contre des concessions à l’OMC. Quant à la Pac, Bruxelles attend des Français qu’ils bouclent le bilan de santé à l’occasion de la présidence de l’Union qui débute le 1 juillet.
José Manuel Barroso avait tenu, en septembre 2007, à saluer la « volonté » de Nicolas Sarkozy, qui, en inaugurant le salon de l’agriculture Space à Rennes, avait jugé « indispensable » la « refondation » de la Pac. Le chef de l’Etat « n’est pas resté dans une position immobile, figée », s’était félicité le président de la Commission européenne, libéral très éloigné des conceptions sur l’agriculture défendues de longues années par Jacques Chirac. Un bémol cependant : Bruxelles appréciait peu que, dans la lettre de mission adressée au nouveau ministre de l’Agriculture, le très européen Michel Barnier, le président français souligne la nécessité « d’affirmer le principe de préférence communautaire ». N’empêche ! A son tour, Mariann Fischer Boel s’est exclamée en octobre, sur son blog : « Bien sûr, le diable est dans les détails, mais c’est une excellente nouvelle que le président Sarkozy ait donné le coup d’envoi d’un débat en France sur le futur de l’agriculture européenne ». « Nous partageons pour l’essentiel l’analyse du président », poursuivait la commissaire européenne à l’agriculture : « Les agriculteurs européens doivent être compétitifs sur le marché mondial. Ils doivent être libres de produire en fonction de ce que veut le marché et répondre au défi d’une demande en croissance ». Un compliment qui pouvait s’avérer empoisonné, venant d’une ressortissante et ancienne ministre de l’Agriculture d’un Etat membre – le Danemark – jugé profondément « anti-Pac », anti-interventionniste.
Une vision libérale de l’après 2013 ?
Et, justement, se demande-t-on encore à Bruxelles, le chef de l’Etat français n’a-t-il pas au fond, au-delà des mots, une vision finalement très libérale de ce que doit devenir la politique agricole européenne après 2013 ? C’est sans doute ce que ressentent aujourd’hui les dirigeants irlandais qui s’estiment de plus en plus isolés dans leur combat contre les concessions offertes à l’OMC par la Commission européenne. Au-delà, là-aussi, des cris poussés à Paris.
En février, lors de l’inauguration du SIA, Nicolas Sarkozy a, plus posément, indiqué que son intention était de proposer aux partenaires de la France, « avec le Parlement européen », une discussion « sur un nouveau cadre politique applicable en 2013, pour notre agriculture en Europe ». L’objectif, tout à fait légitime, étant de profiter de la présidence française de l’Union, au second semestre de cette année, pour dégager des orientations, un catalogue de recommandations à ce stade, avant que les Vingt-sept ne s’attellent à la révision du budget communautaire pour l’après-2013.
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Le chef de l’Etat a ajouté que, dans ce contexte, les axes à privilégier devaient notamment être « une gestion des marchés responsabilisant davantage les agriculteurs et les filières » ainsi qu’« une préférence communautaire renouvelée ». Sur ce dernier point, délicat, il n’a pas donné de précision, notant seulement que « cela progresse ». A charge pour le ministre de l’Agriculture d’expliquer que cette « nouvelle préférence communautaire » doit prendre la forme d’un budget « pour payer le prix du modèle agricole européen », d’une « architecture » de tarifs douaniers judicieuse et d’une « protection sanitaire ». Rien de bien angoissant, vu de Bruxelles.
Reste la manière. Les Français laissaient presque entendre que leur présidence de l’Union serait mise à profit pour révolutionner l’Europe. Or, cette fonction implique, au contraire, discrétion, pondération, sens du compromis. Humilité en un mot. Depuis, le ton parisien est descendu d’un cran. Et, à Bruxelles, ont attend tout simplement que la France boucle dans les meilleurs délais la négociation sur le bilan de santé de la Pac. Ce sera déjà beaucoup.