Abonné

Xavier Beulin : un livre plaidoyer pour libérer l’agriculture

- - 6 min

Avec « Notre agriculture est en danger », Xavier Beulin signe un livre qui se veut un plaidoyer pour libérer le potentiel économique de l’agriculture française. Le président de la FNSEA évoque son expérience, répond aux critiques et dresse des pistes pour les années à venir. À la clé, le pari de s’adresser autant au public des citadins qu’aux agriculteurs et surtout aux politiques, en cette veille d’élection présidentielle.

S’ils veulent savoir ce que le courant majoritaire FNSEA des agriculteurs demande au prochain pouvoir politique, les candidats à l’élection présidentielle auront intérêt à lire le livre de Xavier Beulin, Notre agriculture est en danger. Plus qu’un cri d’alarme que semble indiquer son titre, cet ouvrage est surtout un vif plaidoyer pour libérer l’agriculture française de tous ses carcans et lui offrir la possibilité de contribuer davantage à la croissance française.

Le président de la FNSEA a une nostalgie : celle d’une époque où l’agriculture suscitait des politiques ayant le souffle des grandes constructions, « une époque volontariste », celle où il était encore possible de constituer des ensembles ambitieux, comme le fit son prédécesseur Jean-Claude Sabin, avec Philippe Tillous-Borde, pour bâtir Sofiprotéol, devenu le groupe Avril. En passant, Xavier Beulin justifie longuement et sans complexe, l’intérêt pour le syndicalisme d’avoir un président qui coiffe également une telle structure industrielle et financière.

Pas la nostalgie Chirac

Pourtant, il a moins la nostalgie de Jacques Chirac que bon nombre de ses confrères : « Depuis la présidence de Jacques Chirac, j’ai le sentiment que nous avons décroché », écrit-il. « Ses succès d’un soir de marathon bruxellois nous ont privés d’une politique à long terme », insiste-t-il.

C’est bien une politique de long terme que réclame Xavier Beulin, plutôt que d’aides ponctuelles, même si elles sont parfois nécessaires en période de crise. « Qu’on nous laisse produire », affirme abruptement un des chapitres. Il est conscient que le modèle classique s’est épuisé et qu’il faut trouver autre chose. Côté Europe il faut « un cadre, des principes, une volonté, de la simplicité ». Le virage stratégique de la Pac en 2013 ne convient pas, en tout cas, et il faut reprendre le dossier européen à la base, avec une politique vigoureuse basée sur l’assurance ou sur le système américain des aides contracycliques. Malheureusement, pour bon nombre de pays européens, constate-t-il, l’agriculture fait désormais plus souvent figure de problème social que de secteur d’avenir. Et la France « n’est plus à l’origine d’un projet ou du moins d’une pensée agricole ». Ce serait plutôt l’Allemagne, pays capable de créer 8 000 méthaniseurs pour apporter un complément de revenu agricole tandis que la France se traîne autour à 132. En fait de politique agricole, l’agroécologie de Stéphane Le Foll est un concept jugé intéressant, d’ailleurs déjà appliqué par les agriculteurs, mais « qu’y a-t-il réellement derrière ce mot ? », interroge Xavier Beulin sans apporter de réponse.

Une troisième voie

Le président de la FNSEA plaide alors pour « une troisième voie », entre les écologistes contestataires de l’agriculture et le productivisme sans contrôle. Il veut aller au-delà de l’agriculture raisonnée, évoquant plusieurs pratiques comme par exemple « le retour de l’élevage dans les zones de grandes cultures ». De telles pratiques se développent et peuvent conduire à un consensus entre écologistes et agriculteurs. Mais « nul besoin de les encadrer, de les contraindre, de les brimer par une multitude de normes qui s’empilent jusqu’à l’absurde ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

élection présidentielle
Suivi
Suivre

Une telle orientation peut conforter des motifs d’espoir suscités par la diversification des débouchés (bioproduits, bioénergies), l’amélioration des technologies (numérique, biotechnologies), l’adaptation aux marchés en croissance, notamment à l’international, à condition que l’agriculture s’organise de façon plus efficace. Ces perspectives passent par un véritable statut encadrant l’exploitant agricole mais aussi par des relations différentes, en France, avec les distributeurs.

Inverser les négociations commerciales

Pour mieux partager la valeur ajoutée, Xavier Beulin juge impératif de renverser le processus de négociations commerciales. Partir des coûts de production pour aboutir à un prix de vente au consommateur, plutôt que d’écraser les prix finaux en laminant, en amont, le revenu agricole. L’État doit changer le cadre de négociations afin d’aboutir à une politique de l’offre et non une politique de la demande, qui a conduit au chômage que l’on connaît et à l’appauvrissement de toute la production française et pas seulement agricole. S’il y avait un seul enseignement général que les candidats à l’élection présidentielle devaient retenir, ce serait celui-là, semble dire Xavier Beulin.

« Notre agriculture est en danger », par Xavier Beulin, avec la collaboration de Yannick Le Bourdonnec. Tallandier, 224 pages, 17,90 €

Les trois premiers rendez-vous de la FNSEA pour 2017


Lors de la présentation des vœux de la FNSEA à la presse, le 5 janvier, son président Xavier Beulin a présenté les principaux rendez-vous de son réseau pour l’année 2017. Dans l’ordre chronologique, le Salon de l’agriculture sera le premier, fin février. « Un des sujets du Salon de l’agriculture va être le bien-être animal, le véganisme, et la consommation de viande », estime le syndicaliste, qui souhaite que l’on prévienne d’éventuels « heurts ».
Viendra ensuite le congrès du syndicat, à Brest en mars. Celui-ci sera électif cette année. Xavier Beulin doit d’ailleurs annoncer s’il se présente à sa propre succession à la fin du mois de janvier. Le rapport d’orientation portera sur l’Europe, a t-il expliqué. « Il y a des critiques justifiées d’une forme de technocratie qui s’est installée dans l’application de la Pac », note Xavier Beulin. Mais celles-ci ne doivent pas masquer « l’enjeu que constitue l’UE dans un monde multipolaire », souhaite-t-il.
Le troisième rendez-vous sera l’élection présidentielle, fin avril-début mai, pour laquelle le syndicat a prévu d’organiser, avec le Conseil de l’agriculture française (CAF), un événement à Brest en février, « pour entendre ce que les candidats ont à dire sur l’agriculture ». Le président de la FNSEA se dit jusqu’ici déçu des débats, qui ont laissé peu de place à l’agriculture. « J’aimerais qu’on ne parle plus seulement de l’agriculture sous l’angle émotionnel », a-t-il souhaité. « Nous avons besoin de parler de stratégie, de protection ».