Agra Business | Afcome, Fertiberia, Unilever, deltaméthrine/kiwi, déforestation importée

hero

Fertilisants: à l'Afcome, «soupe à la grimace» chez les fabricants et distributeurs

Les rencontres internationales de l’Afcome, rendez-vous bisannuel des producteurs et distributeurs de fertilisants, se sont ouvertes à Lille le 7 novembre. «Soupe à la grimace», «maussade», «électrocardiogramme plat», les expressions ne manquaient pas pour décrire le climat délétère du marché français des engrais. Duroure et Fertiberia déplorent un retard d’un mois et demi dans les récoltes des cultures de printemps, décalant les semis, et ne permettant pas d’anticiper la sole française, et donc les besoins en fertilisation. «Les trésoreries des agriculteurs et des viticulteurs ont été affectées par les rendements catastrophiques», souligne pour sa part Gilles Nivelet, directeur commercial d’Angibaud. «Ils ne veulent pas s’engager sur des achats, et les distributeurs non plus.» Lorsque les cours de l’engrais ont explosé, il y a deux ans, les organismes stockeurs ont pris des risques financiers pour s’approvisionner, sans pouvoir les répercuter l’année suivante, après une dépréciation des cours. «Toutes les entreprises sont affectées», soupire Michael Lepelley, directeur marketing de Yara, qui enregistre de mauvais résultats financiers et a annoncé des licenciements. Tous les acteurs s’attendent à un quatrième trimestre 2024 à l’arrêt, avant une reprise précipitée, à la dernière minute, au premier semestre 2025. «Les achats pourraient se faire à la sauve-qui-peut», pointe Gilles Nivelet. «Le risque, c’est d’avoir trop d’offre sur le marché. Ceux qui ont la capacité d’exporter s’en sortiront, les autres risquent la faillite.» (Elena Blum)

Engrais azotés «décarbonés»: Fertiberia cherche à se faire certifier en France

Fertiberia prévoit la commercialisation de plusieurs dizaines de milliers de tonnes de fertilisants «verts», dès 2025. En avril 2022, la firme espagnole a lancé sa gamme Impact 0, des engrais produits à base d’ammoniac vert, lui-même issu de l’électrolyse de l’eau. Au cours des deux années suivantes, Fertiberia a commercialisé plusieurs milliers de tonnes en Europe. «Mais, malgré la hausse de nos volumes, nous ne sommes pas prêts pour le marché français, qui comporte des freins», explique Nicolas Toug, directeur business unit fertilisants pour Fertiberia France. Le marché français requiert une certification officielle pour les produits dits décarbonés. «Nous sommes certifiés au niveau international, via la garantie DNV, pointe Nicolas Toug. Mais cela ne suffit pas à garantir la durabilité de nos produits en France.» La firme affirme se mobiliser auprès de ses partenaires nationaux et européens pour pousser à l’élaboration d’une telle certification, permettant à son offre d’intégrer le catalogue des distributeurs. En avril 2023, la coopérative Vivescia avait tout de même pu expérimenter le produit, sur 200 ha. (Elena Blum)

Pesticides: la DGAL défend le zonage «nord-sud» pour les LMR

À l'occasion des Rencontres phytosanitaires le 6 novembre à Bergerac, la DGAL (ministère de l'Agriculture) a défendu le maintien de la partition géographique «nord-sud» du territoire métropolitain au titre de la fixation des limites maximales de résidus (LMR) des pesticides – la France est déjà intégralement dans la zone sud au titre des autorisations de mise sur le marché (AMM). Plusieurs organisations professionnelles des filières fruits et légumes ont demandé ces derniers mois que la France soit reclassée dans une seule zone pour favoriser les autorisations de pesticides, auxquelles renoncent parfois les firmes face à des coûts importants au regard de l'étroitesse des marchés potentiels en fruits et légumes. L'administration a répondu avoir conduit une analyse, en l'état actuel de la réglementation européenne, des coûts et opportunités de passer à un zonage unique, aboutissant à une balance négative pour les filières prises dans leur ensemble. La partition actuelle, «ce n'est pas si pénalisant que ça», a expliqué Florence Gerault, experte résidus de la DGAL. En substance, le passage de toute le territoire en zone sud occasionnerait des coûts supplémentaires pour les cultures actuellement en zone nord (betterave, endives...), qui devraient alors fournir de nouvelles données à l'administration.

Kiwi: interrogations sur l'usage de la deltaméthrine l'an prochain

À l'occasion des Rencontres phytosanitaires le 6 novembre à Bergerac, la DGAL (ministère de l'Agriculture) a fait le point sur l'usage de la deltaméthrine (insecticide pyréthrinoïde) en production de kiwis, dont la limite maximale de résidus (LMR) pourrait être réduite l'an prochain à la suite d'un retard de fourniture de données par le fabricant. Malgré une demande formulée par l'Efsa (agence réglementaire européenne) en 2015, trois essais n'avaient pas été conduits sur kiwi en France dans le délai fixé (2018), a retracé l'administration française. Si bien que les LMR devraient être réduites à la limite de quantification (0,01 mg/kg) sur cette production en 2025, ce qui ne permettrait pas son usage dans les vergers. «Comment régler ce problème?», s'est interrogé Marie-José Sanz, co-présidente du Bik (interprofession), lors des Rencontres phytosanitaires, coorganisées par la DGAL et le CTIFL (institut technique). «Pour notre petite profession, c'est une très grosse alarme.» La DGAL a répondu que les essais manquants ayant été finalement conduits en 2023, l'administration française devrait pouvoir fixer une LMR temporaire en 2025, mais elle ne s'appliquerait qu'à la commercialisation des kiwis sur le marché français. «Pour une commercialisation à l'échelle européenne, il faudra aller vite», a indiqué la DGAL. La filière française a exporté 8000 tonnes de kiwis sur la campagne 2022-2023, soit un peu moins de 20% de la production nationale (45 000 t).

Sucre: le gouvernement reprend la hausse de la «taxe soda» au Sénat, pas les produits transformés

Après l'examen inachevé du budget de la Sécurité sociale (PLFSS) à l'Assemblée nationale, le gouvernement a choisi de conserver 
plusieurs amendements dans la version qu'il s'apprête à transmettre au Sénat, dont la hausse de la taxe sur les boissons sucrées, a fait savoir Matignon le 7 novembre. Faute de vote à l'Assemblée dans le temps imparti, le gouvernement a repris sa copie initiale, complétée des amendements de son choix parmi ceux adoptés par les députés. A commencer donc par cette réforme de la «taxe soda», allégée sur les boissons peu sucrées (moins de 5 grammes pour 100 ml) et fortement alourdie pour les autres breuvages, qu'il avait déjà soutenue en séance le 4 novembre. Cette mesure votée par la gauche, avec le soutien d'une partie de la droite et du centre, doit permettre selon Matignon «d'amplifier le virage préventif». A l'inverse, le gouvernement ne reprend pas l'amendement de l’écologiste Sabrina Sebaihi visant à instaurer une taxe sur les sucres ajoutés dans les aliments transformés, avec le soutien des Insoumis. Il avait déjà émis un avis négatif à l'Assemblée. L'équipe de Matignon a indiqué que le gouvernement ne souhaite «pas créer de nouvelle taxe, mais plutôt engager un travail avec les industriels».

Unilever: Londres referme une enquête sur les produits présentés comme «écologiques»

Le gendarme britannique de la concurrence, la CMA, a refermé une enquête visant le géant de l'agroalimentaire et des produits d'hygiène Unilever pour des produits exagérément présentés comme «écologiques», à la suite des «modifications apportées» par le groupe. La CMA avait annoncé en décembre 2023 l'ouverture cette investigation, se disant inquiète du fait qu'Unilever «puisse exagérer à quel point certains produits sont écologiques». «La CMA a décidé de clore cette enquête», a-t-elle annoncé dans une décision publiée le 6 novembre sur son site internet, disant avoir notamment pris en compte «les changements apportés par Unilever aux affirmations sur certains de ses produits». Si elle referme le dossier, la CMA précise qu'elle n'a pas émis d'avis sur la conformité d'Unilever avec la législation sur la protection des consommateurs. La CMA s'était inquiétée d'affirmations «vagues et générales» sur l'impact environnemental de certains produits ou encore d'ingrédients présentés d'une manière qui peut exagérer leur caractère «naturel». Autres reproches: une profusion de couleurs et d'images, dont «des feuilles vertes» donnant l'impression de produits écologiques.

Vin: Annie Genevard favorable à l’idée d’un fonds de restructuration des coopératives

Lors de son audition le 6 novembre au Sénat, la ministre de l’Agriculture a vu d’un bon œil la proposition d’un «fonds d’accompagnement à la restructuration des coopératives», notamment viticoles, qui lui a été soumise par Franck Montaugé (socialiste, Gers). L’idée lui apparaît «sans doute légitime» vu la crise viticole actuelle. La baisse de la production et du nombre de viticulteurs «va amener moins de vin et va répartir la charge de la coopérative sur moins d’exploitants», a détaillé Annie Genevard. «Cela va augmenter les coûts et ça suppose une réflexion stratégique sur le regroupement des coopératives.» Alors que le plan d’arrachage volontaire doté de 120 M€ sera clôturé le 13 novembre, «les viticulteurs hésitent à franchir ce pas définitif de l’arrachage», selon elle, notamment en Occitanie. «Si toutefois la somme de 120 M€ n’était pas consommée en totalité pour l’arrachage, je ne verrais pas d’obstacle – a priori – qu’une partie puisse être convertie sur des instruments structurels», a-t-elle lancé. Tout en précisant ne pas pouvoir s’engager «à ce stade», «parce que je ne sais pas si, réglementairement, je pourrai le faire». Par ailleurs, a rappelé Mme Genevard, «j’ai pris le parti que ce soit la profession qui dise elle-même les orientations stratégiques qu’elle veut donner.»

Outre-mer: Genevard annonce «15 M€ supplémentaires» pour le Posei en 2024 et 2025

La ministre de l’Agriculture a annoncé le 6 novembre un «soutien renforcé» en 2024 et 2025 aux agriculteurs d’outre-mer via le Posei (aides Pac), «à hauteur de 15 M€ dès 2024, soit 60 M€ de crédits Ciom en PLF». Le Posei 2025 comprendra «deux dispositifs de soutien pour Mayotte et pour la Martinique», a-t-elle précisé lors de son audition par les sénateurs de la commission des Affaires économiques. Pour Mayotte, il s’agira d’une «majoration de l’aide à la commercialisation de volailles congelées produites localement». Les agriculteurs martiniquais, eux, pourront émarger à une «mesure de soutien aux cultures locales découplée des volumes de production». Alors que l’île a récemment connu des émeutes contre la vie chère, cette aide «doit contribuer à la structuration des filières locales avec un objectif de diversification des productions locales», selon la ministre. En revanche, Mme Genevard a écarté tout abondement supplémentaire de l’État au «régime spécifique d’approvisionnement» (RSA). Cette aide européenne vient compenser les surcoûts liés à l’éloignement pour l’importation des matières premières pour l’alimentation animale. «La Commission européenne a confirmé qu’il est possible d’abonder» cette enveloppe de 30 M€ (1er pilier de la Pac), a indiqué la ministre, appelant les collectivités d’outre-mer à «se saisir de cette possibilité».

Déforestation importée: des vélléités de diluer le réglement au Parlement européen

Alors que le Parlement européen doit voter, en plénière le 14 novembre, la proposition de Bruxelles de repousser de 12 mois la date d’entrée en vigueur du règlement sur la déforestation importée, le groupe PPE (droite) a déposé une série d’amendements visant à remanier le texte plus en profondeur. Le PPE souhaite un report de deux années avant sa mise en œuvre, mais aussi exempter les entreprises européennes en aval – par exemple les supermarchés – de la plupart des vérifications préalables. Il veut aussi créer une nouvelle catégorie de pays à «risque insignifiant» qui seraient exemptés de la plupart des exigences de la loi. Si ces propositions étaient adoptées, les institutions devraient entrer dans une négociation en trilogue, sachant que les États membres ont, eux, validé la proposition de report sans la modifier. Le règlement sur la déforestation établit des règles pour garantir que les produits dérivés de certaines matières premières (café, cacao, huile de palme, soja, bétail, caoutchouc et bois), qui sont mis sur le marché de l’UE ou exportés depuis l’UE, n’ont pas causé de déforestation ou de dégradation des forêts pendant leur production. Il devait initialement s’appliquer à partir du 30 décembre 2024.

Climat: les pratiques agricoles résilientes pourraient engendrer 1,9 Md€ de gains (entreprise)

La saison agricole 2024 a été, en France, l’une des plus humides de l’histoire moderne, avec notamment une réduction substantielle de 26% de la production de blé par rapport à la moyenne des cinq dernières années, rapporte une étude publiée le 7 novembre par Finres, une entreprise spécialisée dans les données climatiques. Alors que la fréquence des campagnes agricoles excessivement pluvieuses devrait augmenter de 20 à 30% d’ici 2050 par rapport à la période actuelle, cette étude estime que la mise en place de systèmes de drainage permettrait de réduire de 50% les pertes qui y sont liées. De manière générale, l’entreprise estime que la mise en œuvre de pratiques résilientes par rapport au changement climatique permettrait d’engendrer jusqu’à 1,9 Md€ par an de bénéfices économiques, contre des coûts estimés à 1,4 Md€ par an. Soit 1,4 € de bénéfices à court terme pour 1 € investi. Parallèlement, l’entreprise rappelle mettre gratuitement à disposition des agriculteurs une application baptisée «Aghorizon», pour les aider à identifier pratiques (agroforesterie, irrigation, drainage, ombrage…) à mettre en œuvre au sein de leur exploitation. Et de préciser travailler «étroitement» avec les Jeunes agriculteurs afin de démocratiser l’outil.

Semences: Søren Halbye élu à la présidence d’Euroseeds

Euroseeds, l’association européenne des semenciers, a nommé son nouveau président, le danois Søren Halbye, le 21 octobre 2024. Søren Halbye est p.-d.g. du groupe DLF Seeds A/S, président de la Danish Seed Traders Association, et membre de la section plantes fourragères et gazons de l’International Seeds Federation. Il succède à l’autrichien Michael Gohn, élu en 2021. (Elena Blum)

Agenda de la semaine agricole du 11 novembre 2024

Mardi 12 novembre
Suite de l'examen du projet de loi de finances pour 2025 à l'Assemblée
Débat au Sénat sur le bilan de la gestion de l'eau à l'été 2024
Salon de l'élevage allemand Eurotier, à Hanovre, jusqu'au 15 novembre
Conférence de presse annuelle de l'Anses sur l'antibiorésistance
Conférence de presse du syndicat des salades et légumes prêts à l'emploi
Mobilisation de la Confédération paysanne à Pau autour d'un jugement sur l'élevage plein air

Mercredi 13 novembre
Conférence de presse de plusieurs interprofessions sur l'accord UE/Mercosur
Conférence de presse de la Confédération paysanne et du collectif Stop Ceta-Mercosur
Rencontres «Point d’étape» d’Eliance (services aux éleveurs), jusqu’au 14
Conférence Grand angle viande de l’Idele (Institut de l’élevage)
Mobilisation de la Coordination européenne Via Campesina, à Bruxelles
Conférence de presse Axema (machinisme) sur la conjoncture économique
Présentation du rapport d’information sur «l’enjeu alimentaire»
Journée d'information du CNPO (interprofession de l'œuf)
Débat sur la dépense publique et les agriculteurs (institut Veblen/Pour un reveil écologique)
Colloque de la fondation Carasso sur les politiques alimentaires territoriales

Jeudi 14 novembre
Colloque sur les coproduits (Idele) en Alsace
Journées du collectif Tricolor (laine), à Lourdes, jusqu'au 15
La Confédération paysanne lance son opération «Pour l’avenir de la viticulture»

Vendredi 15 novembre
Visioconférence du CTIFL (fruits et légumes frais) sur les nouvelles règles de commercialisation
Présentation par Intermarché-Les Mousquetaires de leurs stratégies MDD

Samedi 16 novembre
Manifestation de la Confédération paysanne contre l’industrialisation de la tomate dans la Manche