Agra Business | Bunge/Viterra, J'achète fermier, Auchan et engrais russes

hero

Négoce : la fusion Bunge-Viterra perturbée par les tensions Chine-USA (presse)

D’après un article de Bloomberg du 2 mai, les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis perturberaient le projet de fusion entre les négociants internationaux Bunge (groupe états-unien) et Viterra (canadien), annoncé en 2023. Le média évoque des déplacements récents du p.-d.g. de Bunge Greg Heckman en Chine, afin de discuter de la situation avec les autorités locales. Les régulateurs chinois auraient, depuis les tensions commerciales avec les États-Unis, exprimé des inquiétudes quant au fait que l’opération augmenterait la concentration de l’activité et aurait potentiellement un effet négatif sur les intérêts de Pékin en matière de sécurité alimentaire. Pour rappel, la transaction, si elle venait à se finaliser, engendrerait un géant du négoce international de céréales, comparable à Cargill ou ADM (Archer Daniels Midland). Bunge et Viterra disposent d’infrastructures dans le monde entier (Europe, Chine, Amériques, etc.). Ils doivent obtenir l'autorisation des pays où ils sont implantés, devant parfois pour cela céder des actifs, comme cela a été le cas en Europe. Après l'accord d'Ottawa, l’approbation des autorités chinoises constitue l’un des derniers obstacles à la finalisation de l’opération.

Engrais russes: la Comagri insiste sur la surveillance des importations et la diversification

À l’occasion d’une réunion extraordinaire qui s’est tenue le 5 mai à Strasbourg, les eurodéputés de la commission de l’Agriculture (Comagri) ont validé (par 25 voix pour, 5 contre et 14 abstentions) leur projet d’avis révisant à la hausse les droits de douane sur les engrais russes (et bélarusses). Si, dans son texte, la Comagri ne modifie pas les sanctions, elle insiste sur la surveillance des importations afin d’éviter toute hausse importante des coûts des intrants, principale crainte du secteur. En cas d’augmentation substantielle des prix, la Comagri invite ainsi Bruxelles, sous 14 jours, à suspendre temporairement les droits et à mettre à disposition un soutien financier « pour les agriculteurs faisant face à une réduction sensible de la rentabilité de leur production ». Elle pousse pour obtenir, « sans délai », un cadre juridique et financier pour l’utilisation des effluents d’élevage et un meilleur accès pour les autres sources d’approvisionnement. Un avis qui a été immédiatement rejeté par sa rédactrice, issue des rangs de l’extrême droite espagnole et qui accuse les autres groupes politiques de vouloir « conserver des mesures qui frappent de plein fouet » les agriculteurs. Reste à savoir si ces demandes seront reprises par la commission du Commerce international, compétente sur ce dossier, qui prendra position les 14 et 15 mai. Le Conseil de l’UE, lui, s'est déjà prononcé en mars.

Chanvre CBD : la filière demande une hausse et une harmonisation du taux légal de THC

L’Association AFPC (producteurs de cannabinoïdes) plaide pour une augmentation du taux maximal légal de THC en France (ou delta-9-tétrahydrocannabinol, psychotrope à certaines doses) dans le chanvre CBD, à 1% contre 0,3% actuellement. Cela pour répondre à un « double problème agronomique et économique », explique Hugo Bessenay Prolonge, responsable affaires publiques de cette association : la difficulté, pour les producteurs, de respecter le taux légal actuel et surtout la nécessité de jouer à armes égales avec les étrangers qui autorisent des taux plus élevés « comme la République Tchèque, la Suisse ou le Maroc, tous à 1% ». L’Italie est à 0,6% mais a décidé d’interdire le CBD naturel. Le lobbying de l’AFPC a contribué à convaincre le député Philippe Fait (Ensemble, Pas-de-Calais) de proposer un taux de THC à 1% dans une question à la ministre de l’Agriculture, publiée 29 avril au JO. « Cela met le sujet dans le débat public », selon Ludovic Rachou, président de l’Uivec (industriels de la valorisation des extraits de chanvre), qui mise cependant sur un lobbying sur la prochaine PAC post-2027 pour des effets concrets : « Nous plaiderons pour une harmonisation des taux - à la hausse, car plus les taux sont élevés, plus l’extraction est rentable. »

Distribution : chez Auchan, la famille Mulliez nomme un nouveau conseil d'administration

L'association familiale Mulliez (AFM) a annoncé le 5 mai la nomination d'un nouveau conseil d'administration pour Auchan qui sera présidé par Fabien Derville, dans un contexte difficile pour le distributeur phare de l'empire Mulliez. À travers ce changement de gouvernance, l'entreprise, qui traverse « depuis plusieurs années la remise en cause du modèle hypermarché qui a fait son succès », veut « s'appuyer sur ses forces », indique le communiqué de l'AFM. Fabien Derville, ancien président de Decathlon, succède ainsi à Yves Claude, lequel occupait également jusqu'en août 2024 le poste de directeur général d'Auchan Retail, où Guillaume Darrasse lui a déjà succédé avec pour mission de revitaliser et transformer le groupe. Le groupe Auchan, en difficulté, a annoncé en novembre 2024 un grand plan de restructuration prévoyant de supprimer près de 2 400 postes en France. Ce plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) comprend des reclassements en interne, des départs volontaires et des mesures de retraite anticipée. Depuis l'arrivée de Guillaume Darrasse en tant que directeur général d'Auchan Retail, ce dernier a également « développé l'alliance avec Intermarché, animé le passage de 94 magasins casino sous enseigne Auchan », se félicite notamment l'AFM.

Grande distribution : en Corse, feu vert au rachat de Codim et Adis par Auchan

En vertu de la réglementation de l’UE sur les concentrations, la Commission européenne a validé, le 5 mai, le rachat de Codim et Adis, issus du groupe Rocca, par Auchan Retail International. Bruxelles a estimé que cette opération, analysée dans le cadre de la procédure simplifiée d'examen des concentrations, ne posait pas de problèmes de concurrence, « compte tenu de la position cumulée limitée des entreprises sur le marché résultant de l'opération proposée ». Codim et Adis disposent de plusieurs points de vente (hypermarchés, supermarchés, services d’achat en ligne click & collect) sous enseigne Auchan situés sur le territoire corse. Dans un communiqué daté du 27 mars, le groupe Auchan a d’ailleurs annoncé être entré en négociations exclusives en vue de reprendre ces magasins que le groupe Rocca avait rachetés le 1er octobre 2024 au distributeur Casino, passé sous le contrôle du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky.

Lait : les micro-laiteries J’achète Fermier lèvent 1,1 M€

Resan, réseau de micro-laiteries installées chez les éleveurs laitiers, plus connu sous la marque J’achète Fermier, a mobilisé au total 1,1 M€ de financement de différentes sources. « Nous terminons actuellement une levée de fonds participative de 200 000 € sur la plateforme Tudigo, qui sera complétée pour des financements provenant notamment d’actionnaires déjà au capital et de nouveaux entrants », explique André Bonnard, président de Resan. Outre les 200 000 €, la Banque des Territoires, deux fonds de business angels et un family office vont compléter le tour de table pour atteindre 1,1 M€. « Ce financement va permettre à Resan d’arriver dans la meilleure position pour sa levée de fonds de série A prévue en 2026 ou 2027 », selon André Bonnard. La société prévoit de réaliser son premier exercice rentable en 2027 ou 2028. Entre temps, le réseau doit recruter davantage de fermes, sachant que 15 fermes seront actives d’ici la fin 2025 (12 à l’heure actuelle). Resan est présent dans trois régions et prévoit de couvrir de nouvelles zones afin d’avoir au moins deux fermes par région grâce au doublement de son équipe de commerciaux. En 2024, le chiffre d’affaires de Resan a atteint 1,2 M€ grâce aux yaourts vendus directement à la ferme (20 à 40 % des volumes), de la GMS (sous la marque « citoyenne » Merci d’Intermarché), de la restauration hors foyer et des grossistes.

Lait/climat: pour du fabriquer du bon cantal, maintenir le pâturage des vaches (étude)

Alors que des réflexions sont en cours dans plusieurs AOP fromagères pour s'adapter au climat, il faut «maintenir un niveau minimal d’herbe fraîche dans les rations» pour garder la qualité des fromages, souligne une étude récente de l'Inrae et de Vetagro, publiée en mai dans le Journal of Dairy Science. Les scientifiques ont étudié pendant quatre mois quatre lots de dix vaches laitières ayant reçu des combinaisons différentes de régime alimentaire. Deux lots recevaient des rations à base d’herbe pâturée (allant jusqu’à 75% de la ration) et les deux autres des rations à base de maïs (l’un avec un apport de 25% d’herbe pâturée et l’autre 100% à base de maïs). Le lait de chaque lot a été collecté pour fabriquer du cantal. Résultat: «plus les vaches mangent d’herbe, plus les laits et les fromages sont riches en acides gras oméga 3, favorables à la santé humaine». Le goût, l’arôme, l’odeur et la texture du fromage ont aussi été évalués par un jury de 12 consommateurs-experts de l’évaluation sensorielle des fromages. «Quand les vaches se nourrissent d’herbe au pâturage, les fromages sont plus fondants, plus jaunes et plus aromatiques, tandis que lorsqu’elles mangent peu ou pas d’herbe les fromages sont plus blancs, plus fermes et ont des goûts moins prononcés.»