Agrafil du 05 avril 2022

hero

Pac 2023: les remarques de Bruxelles sur le projet de PSN français

Dans un courrier adressé au ministère de l'Agriculture français, que se sont procurés nos confrères du média Contexte, la Commission européenne adresse ses premières «observations» sur le projet français de plan stratégique national (PSN), la déclinaison nationale de la Pac 2023. Les principaux griefs portent sur le manque d'indicateurs de résultats et d'ambition sur la «transition écologique», que le plan français ne permet «que partiellement» d'accompagner, selon Bruxelles. L'architecture des éco-régimes est visée, tout comme le montant des mesures agro-environnementales (MAEC), jugés trop peu ambitieux au titre de la préservation de l'eau et de la biodiversité. Les mesures des éco-régimes relatives à la rotation des cultures sont notamment dans le viseur (BCAE 7), ainsi que le fait que des montants équivalents soient accordés à la bio et la HVE. Bruxelles est également «très préoccupée» par l'évolution des soutiens en zone Natura 2000. En outre, la Commission suggère de renforcer les mesures liées à la réduction des pesticides et des engrais, à la «redistribution équitable» des aides, à l'amélioration du bien-être animal, et aux baisses d'émissions de gaz à effet de serre, notamment dans le secteur de l'élevage. Enfin elle s'interroge sur l'«éventuel caractère discriminatoire» du critère lié à la retraite proposé pour l'agriculteur actif.

Influenza aviaire: premier cas dans le Finistère, dans un élevage de canards

Dans un communiqué du 3 avril, la préfecture du Finistère annonce qu'un premier foyer d'influenza aviaire a été détecté dans le département, dans un «élevage de canards gavés» à Plounévézel, près de Carhaix. «L’abattage préventif de l’élevage concerné a été réalisé dès le 1er avril», précisent les autorités, sans attendre la confirmation du caractère hautement pathogène du virus le lendemain. Une décision prise «au regard du caractère toujours évolutif de la situation nationale, des enjeux pour la filière volailles dans le département, et de la zone d'élevage concernée», justifie la préfecture. Après deux foyers en Ille-et-Vilaine et deux dans le Morbihan, il s'agit du cinquième cas en Bretagne, première région avicole française. Les pouvoirs publics ont instauré un dépeuplement préventif autour des foyers bretons, et prévoient de mettre en place un «pare-feu» entre la Bretagne et les Pays de la Loire, où la maladie fait des ravages. Par ailleurs, la Seine-Maritime a connu son quatrième cas, dans un élevage situé à Catenay et Blainville-Crevon, à une dizaine de kilomètres de Rouen. En tout, 1164 foyers en élevages ont été recensés en France (dont 508 en Vendée), d'après le dernier bilan officiel, arrêté au 4 mars.

Influenza: Terrena et la Région Pays de la Loire débloquent des aides d'urgence

Le groupe coopératif Terrena mobilise 15 M€ pour «soutenir la trésorerie de 880 producteurs de volailles et d’œufs confrontés à l’influenza aviaire», annonce-t-il dans un communiqué le 4 avril. Deux dispositifs sont prévus: un «report des échéances de factures d'aliment, poussins et poulettes pour les éleveurs ayant vu leurs lots non commercialisés depuis le 1er mars», puis un «soutien au revenu pour la période d'inactivité à venir». Ces aides doivent permettre au éleveurs «d'avoir le temps nécessaire pour actionner des financements de plus longue durée» auprès des banques. De son côté, le Conseil régional des Pays de la Loire a annoncé, dans un communiqué du 1er avril, le déblocage de plus de 5 M€ d'aides d'urgence «au profit des «exploitations et des entreprises» frappées par un violent épisode d'influenza aviaire. Ce plan comprend trois mesures, dont les deux premières sont «déjà activées»: 5 M€ pour financer des prêts à taux zéro, d'un montant «compris entre 10 000 et 75 000 €», et une garantie allant «jusqu’à 70% du montant des prêts contractés auprès des banques (dans la limite d'1,5 M€), portée conjointement avec BPI France». Le troisième dispositif regroupe deux enveloppes de 250 000 €, qui seront «prochainement disponibles» (expérimentation de la vaccination, couverture des intérêts des emprunts à court terme).

Climat: les leviers du Giec pour réduire les émissions agricoles

Après s’être penché sur la tendance des émissions et les risques associés au changement climatique, le groupe international d’experts sur le climat (Giec) a publié ce 4 avril un rapport présentant ses recommandations pour limiter le réchauffement à 1,5°C d’ici 2050. Selon les chercheurs, le secteur agricole aurait un potentiel de réduction d’émissions de 4,1 Gt de CO2/an sur un total d'émissions mondiales de 56 Gt de CO2/an. Principaux leviers identifiés: augmenter le stockage de carbone dans les champs et prairies, développer l’agroforesterie, et améliorer la gestion des rizières et des élevages. «Une réorientation progressive des aides publiques existantes à l’agriculture et aux forêts pourrait accélérer l’atténuation», notent les auteurs. Côté consommateurs, «une transition vers des régimes plus riches en protéines végétales» et la réduction du gaspillage alimentaire pourraient diminuer les émissions mondiales d’environ 2 Gt supplémentaires de CO2/an. Pour les chercheurs, «les technologies alimentaires émergentes comme la fermentation, la viande de culture, les alternatives végétales, ou l’agriculture en environnement contrôlé» pourraient également «apporter des réductions d’émissions substantielles». La restauration des écosystèmes tels que les forêts ou les zones humides, aurait cependant un potentiel encore plus important que les deux précédents leviers d’atténuation: 7 Gt de CO2/an.

Gel 2022: des dégâts arboricoles «plus hétérogènes qu’en 2021», selon la FNPF

La FNPF (producteurs de fruits, FNSEA) estime que les dégâts liés au gel des quatre derniers jours sont «plus hétérogènes qu’en 2021», a indiqué sa directrice Stéphanie Prat le 4 avril. S’il est trop tôt pour connaître l’ampleur des dommages, la vallée du Rhône semble avoir eu «moins d’impacts» que d’autres régions, car protégée par le mistral. Des dégâts dans le Sud-Ouest sont attendus notamment en fruits à noyau (prunes), et d’autres pourraient être à déplorer dans la région Centre (pommes, poires, cerises). «En Centre-Val de Loire on a eu des températures qui sont descendues à -7°C! [Les producteurs] ont quand même pu lutter, mais, pour l’instant, c’est très difficile, voire impossible de savoir (…) si cela va faire un éclaircissage, à moindre mal si l'on peut dire, ou si on aura des pertes vraiment importantes de volumes», a expliqué Stéphanie Prat. D’après un tweet de Météo-France le 4 avril, la nuit de dimanche à lundi a été la plus froide enregistrée en avril depuis 1947. Dans un communiqué le même jour, la société ITK (outils d’aide à la décision) estime que les pertes potentielles sont «faramineuses» pour les variétés ayant déjà débourré dans les exploitations sans moyen de lutte contre le gel. Par ailleurs, en viticulture, les -8°C atteints en Champagne n'ont semble-t-il pas provoqué autant de dégâts que l'année dernière, grâce au vent sec, selon Maxime Toubart, président du SGV (vignerons).

Écophyto: la réorientation du Bulletin de santé du végétal se précise (ministère)

Le ministère de l’Agriculture a indiqué, via une instruction technique de la DGAL le 22 mars, les premières mesures de réorientation du BSV (Bulletin de santé du végétal) en 2022, à la suite des recommandations d’une mission d’expertise commune avec le ministère de la Transition écologique en 2019 sur le réseau d’épidémiosurveillance. L’idée est d’«obtenir un bulletin plus axé sur l’agroécologie et la protection intégrée des cultures mentionnant les méthodes de biocontrôle lorsqu’elles sont disponibles, rappelle la note publiée au Bulletin officiel le 31 mars. Il s’agit également d’inclure dans le bulletin, des informations en lien avec la biodiversité (auxiliaires des cultures, etc.) avec pour objectif d’élargir le champ des lecteurs et de favoriser les interconnexions avec d’autres réseaux de surveillance biologique du territoire.» Cette réorientation intervient dans un contexte où les moyens alloués au sein d’Écophyto ont été réduits de 23% pour 2019. Le budget 2022 prévoit 6,5 M€ pour améliorer le BSV, 1 M€ pour «connaître, surveiller et réduire les effets non intentionnels des produits phytopharmaceutiques sur l’environnement», précise la note.

Terra Fecundis: sept agriculteurs condamnés à des amendes dans le procès de Nîmes

Dans son verdict rendu le 1er avril, le tribunal correctionnel de Nîmes a condamné la société de travail temporaire espagnole Terra Fecundis à 375 000 € d’amende, rapporte l’AFP le 4 avril. L’entreprise ibérique, leader du travail détaché agricole en France, a «en outre été interdite définitivement d'exercer toute activité liée au travail temporaire en France». De leur côté, les sept exploitants agricoles français mis en cause ont été condamnés à des amendes «allant de 10 000 à 15 000 €, dont une partie variable avec sursis» pour les motifs de «travail dissimulé» et d'«emploi illégal de travailleurs étrangers». L’exploitant agricole accusé, de surcroît, d’avoir hébergé les travailleurs détachés dans des conditions indignes, a écopé de six mois de prison avec sursis. Pour Me Vincent Schneegans, avocat de la CFDT Agri-Agro (qui s’était portée partie civile), la décision du tribunal est «très satisfaisante», car «elle enfonce le clou du jugement de Marseille et condamne des exploitants agricoles» qui doivent y voir un «signal d’alerte», indique l'AFP. C’est la deuxième fois que Terra Fecundis est condamnée en France pour ses activités, après une première condamnation par le tribunal correctionnel de Marseille le 8 juillet.

RHD: le gouvernement encourage à faire passer des hausses en restauration collective

Lors d’une réunion avec le Conseil national de la restauration collective (CNRC) le 1er avril, le gouvernement a présenté une circulaire signée par le Premier ministre donnant des indications aux acteurs de la restauration collective pour répercuter l’inflation subie par leurs fournisseurs, a-t-on appris le 4 avril. Cette réunion a également été l’occasion de «réaffirmer que l’État sera exemplaire dans la réouverture des contrats pour absorber les hausses», a précisé le cabinet du ministre de l’Agriculture à Agra Presse. Si la puissance publique peut «fournir des outils dont les collectivités peuvent se saisir», les collectivités territoriales restent cependant «libres de définir leurs priorités politiques», rappelle le ministère. Un groupe de travail économique et juridique – réunissant des représentants de l’État, des collectivités et des acteurs de la chaîne alimentaire – a été constitué pour évaluer la façon dont les tarifs peuvent évoluer sans que les restaurants collectifs ne se mettent en insécurité juridique. Car, «dans les marchés publics, les prix sont intangibles», souligne Marie-Cécile Rollin, la directrice du réseau Restau’Co. Les restaurants collectifs devront donc faire jouer «la clause d’imprévision» pour «indemniser» leurs fournisseurs.

Prix alimentaires: Michel-Édouard Leclerc demande la suspension partielle d’Egalim 1

Invité sur BFM Business le 4 avril, Michel-Édouard Leclerc a demandé la «levée, même provisoire», du relèvement du seuil de revente à perte à 10%. Cette disposition introduite par la loi Egalim 1 contraint les distributeurs à vendre les produits alimentaires avec une marge minimale de 10%. Votée en 2018 dans un contexte déflationniste, cette mesure visait à enrayer la baisse des prix alimentaires et à préserver le revenu des agriculteurs. Or, en mars 2022, les prix de l’alimentation ont augmenté de 2,8% en un an (sur une inflation globale des prix à la consommation de 4,5%). La suspension du seuil de revente à perte «nous permettrait de prendre sur nos marges pour diminuer cette inflation, de l'étaler pour qu'il n'y ait pas un mur d'inflation face aux consommateurs», a argumenté le président des centres E. Leclerc. Il regrette qu’il y ait «peu de chance avant la présidentielle d’obtenir une session parlementaire ou un décret de levée même provisoire de cette disposition». Sur la même antenne, la présidente de la FNSEA Christiane Lambert a estimé que «les distributeurs peuvent un peu rogner sur leurs marges», après avoir «beaucoup gagné en 2020». «C’est difficile pour eux, mais ils en ont les moyens», affirmait la présidente de la FNSEA.

Émissions industrielles: la FNB (bovins viande) dénonce une «approche simpliste»

Alors que la Commission européenne prévoit d'appliquer la directive sur les émissions industrielles aux élevages de bovins viande dès 100 UGB (unités gros bovins), la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA) déplore, dans une lettre ouverte du 4 avril, une «approche simpliste et paradoxale». Bruxelles doit présenter le 5 avril une révision de la directive IED, qui vise à réduire notamment les émissions d'ammoniac, de nitrates et de gaz à effet de serre. Selon la FNB, un élevage allaitant moyen français, «comptant 60 vaches pour 100 animaux, sur 60 hectares (…) devrait être pénalisé, voire remis en cause» par ce texte. Pour le syndicat, l'approche de Bruxelles est «simpliste», car elle «ne tient compte ni de la surface sur laquelle évoluent ces bovins, ni du modèle d’élevage», et s'appliquerait donc aux «exploitations herbagères les plus extensives». La FNB pointe aussi une démarche «paradoxale», car incohérente avec la politique commerciale. Et de rappeler que l'interdiction des viandes issues d'animaux ayant reçu des antibiotiques comme facteurs de croissance, prévue par un règlement de 2018, «aurait dû faire l’objet d’un acte d’exécution». Selon la FNB, «personne, à Bruxelles, n’a encore vu la moindre version circuler».

Gestion de l'eau: quatre Sdage publiés au Journal officiel

Les schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux pour la période 2022-2027 ont été publiés au Journal officiel du 3 avril pour quatre bassins: Loire-Bretagne, Rhône-Méditerranée-Corse (RMC), Artois-Picardie et Rhin-Meuse. Ces documents portent des orientations concernant directement le monde agricole sur la gestion des volumes prélevables, ou encore la réduction des pollutions issus des pesticides et des engrais, qui devront être traduites à l’échelle locale dans les schémas d’aménagement et de gestion des eaux (Sage), ainsi que dans les projets de territoire pour la gestion de l‘eau (PTGE). Dans la lignée des Assises de l’eau de 2019, ces documents actent notamment une gouvernance plus locale autour des volumes, tout en renforçant la prise en compte de l’eau dans l’aménagement par les collectivités. Comme le rappelle le bassin RMC, le Sdage est «opposable à toutes les décisions administratives prises dans le domaine de l’eau, aux Sage ainsi qu’aux documents d’urbanisme». Il n’est en revanche pas opposable à «des activités ou pratiques qui ne relèvent pas d’une décision administrative», comme les épandages de pesticides autorisés.

Agrial: après deux années «compliquées», le groupe veut assurer la production de 2022

Après une année 2020 «en mode survie», l’année 2021 a finalement été «encore plus compliquée» avec la sortie de crise sanitaire, la fermeture des restaurants pendant de longs mois et le Brexit, a souligné la direction du groupe coopératif Agrial lors d'une conférence de presse le 4 avril. Malgré un contexte difficile, le chiffre d’affaires (CA) de la coop (marques Soignon, Florette, Créaline…) est en progression: 6,2 milliards d'euros (Mrd€) en 2021, contre 6 Mrd€ en 2020 et 6,1 Mrd€ en 2019. Une hausse qui tient, pour partie, à l’inflation. Le CA est porté à 40% par l’activité lait, 23% par l’agricole (semences, machinisme, distribution...), 22% par les fruits et légumes, 9% par les viandes et 6% par les boissons. L’activité fruits et légumes a été affectée par une consommation en berne sur les légumes d’hiver, mais surtout par le Brexit. Au Royaume-Uni, «le carnet de commandes est bon», mais «on manque de tout: de personnel, de matières premières…» dans les sept sites de production du groupe, déplore le d.g. Ludovic Spiers. Pour se préparer à l’inflation et assurer la production en 2022, la coopérative a fait le plein de céréales, d’engrais et de machines pour un total de 200 M€ en décembre. «On a les intrants, les engrais, la capacité financière d’acheter des céréales. Le cycle agricole est à peu près garanti», rassure son président Arnaud Degoulet.

Légumes secs: Lidea et Top Semence créent Pro Pulse dans la création variétale

Les semenciers Lidea et Top Semence concrétisent une mutualisation de leur recherche en légumes secs, annoncée dès juillet, par la création de Pro Pulse, ont-ils annoncé le 4 avril. Cette nouvelle société, dont le premier conseil d’administration est prévu le 29 avril, a pour objet «la création de nouvelles variétés de pois chiche, lentille et haricot sec», selon un communiqué commun. Pro Pulse est présidée par Didier Nury, le d.g. de Top Semence. Sa direction est confiée à Jean-Marc Ferullo, directeur de la recherche chez Lidea. Issue du rapprochement entre les semenciers Euralis et Caussade, Lidea pèse 376 M€ de chiffre d’affaires. Top Semence, union de 11 coopératives, affiche 57 M€ de chiffre d’affaires.

Engrais: Terrial conclut le rachat d’Amendis

Le spécialiste de la fertilisation Terrial (chiffre d’affaires: 40 M€), filiale d’Avril et Suez, rachète Amendis (chiffre d’affaires: près de 10 M€) auprès d’Olmix, ont-ils annoncé le 31 mars. «Cette acquisition concrétise notre ambition de faire de Terrial le leader national de la fertilisation organique», déclare le d.g. Olivier Péan, cité dans un communiqué. La société «renforce ses positions sur les cultures spécialisées (viticulture, arboriculture, maraîchage) ainsi que ses outils industriels, et élargit son sourcing de matières premières». Terrial et Olmix étaient entrés en négociations exclusives deux semaines plus tôt. Pour Olmix, cette cession «vise à renforcer le pilier stratégique» dans les biosolutions. Il s’agit d’accélérer «vers les biostimulants foliaires, les améliorateurs de sol et les solutions nutritionnelles techniques», explique le d.g. Jean-Christophe Juilliard. Les deux sociétés affirment vouloir initier des collaborations techniques et commerciales.