Annonces du gouvernement: sous pression, la Rue de Varenne précise le calendrier
Le projet de loi d’orientation pour l’agriculture devrait être soumis au Conseil d’État «avant la fin du mois de février, c’est-à-dire entre la fin de cette semaine et le début de la semaine prochaine», a indiqué le cabinet du ministre de l’Agriculture à la presse le 12 février. Avant cette étape, «les ministres (Fesneau et Pannier-Runacher, NDLR) verront dans la semaine chacune des OPA pour échanger» sur le contenu de la loi. Alors que la FNSEA a dit son inquiétude sur le calendrier de concrétisation des récentes annonces gouvernementales février (lire ci-dessous), la Rue de Varenne réaffirme l’objectif d’adopter la loi au premier semestre 2024. Par ailleurs, selon l’entourage du ministre, plusieurs concertations vont démarrer dans les prochains jours. L’une d’elles s’inscrira dans le cadre du «mois de la simplification», démarche pour laquelle l’ensemble des préfets ont rencontré les syndicats au niveau départemental. La concertation est également «relancée» sur le plan de souveraineté élevage, «dans une logique de renforcement», afin d'aboutir «d’ici le Salon». Enfin, le ministère a annoncé la tenue prochaine de deux réunions: un comité de suivi des négociations commerciales lundi 19 février, et un Groupe national loup «en fin de semaine, début de semaine prochaine» afin de finaliser le Plan loup 2024-2029. Enfin, comme chaque année avant le Salon de l'agriculture, Emmanuel Macron rencontrera dans les prochains jours l'ensemble des syndicats agricoles (CR et Conf' le 14 février, FNSEA et JA «la semaine prochaine»).
Annonces du gouvernement: pour Arnaud Rousseau, «on n’est pas dans le bon tempo»
Interrogé sur BFM TV dimanche 11 février, le président de la FNSEA Arnaud Rousseau a estimé que le gouvernement «n’est pas dans le bon tempo» pour concrétiser les annonces faites le 1er février après les manifestations. M. Rousseau – qui sera reçu, avec le président des JA, par Gabriel Attal et Marc Fesneau mardi 13 février – «s’inquiète» de «ne pas avoir de nouvelles depuis dix jours», date de la levée des blocages. Parmi les dossiers que la FNSEA souhaite accélérer: le plan de souveraineté pour l’élevage, les «compensations environnementales», ou encore le curage des cours d’eau. À ce sujet, malgré la parution d’un décret accélérant les procédures, «on n’y est pas», a jugé M. Rousseau, se faisant l’écho des syndicalistes du Nord-Pas-de-Calais. Le président de la FNSEA exige «un point d’étape toutes les 48 heures». «La colère est toujours vive, les gens attendent des résultats concrets», prévient-il. Et de lancer que «personne n’a intérêt à nous balader», tout en laissant planer la menace de perturbations pendant la visite d’Emmanuel Macron pour l’inauguration du Salon de l’agriculture. «Dès cette semaine, à l’initiative des départements, il va y avoir à nouveau des actions, plutôt tournées vers la grande distribution», a annoncé M. Rousseau.
Ecophyto: le COS envisage les indicateurs possibles, continuera à mesurer le Nodu (gouvernement)
Le comité d’orientation et de suivi de plan Ecophyto (COS) s’est réuni le 12 février pour «mettre à plat» l’ensemble des indicateurs existants afin de décider, «avant le Salon de l’agriculture», lequel sera retenu pour mesurer l’objectif de réduire de 50% de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques d’ici 2030. «Jusqu’à présent c’était le Nodu, et on ré-ouvre cette question-là», a indiqué un représentant du gouvernement lors d’un brief à la presse. Et de préciser que, «en tous les cas, on n’arrêtera pas de calculer le Nodu et la façon dont il évolue», car le gouvernement souhaite disposer d’un «panel d’indicateurs» en complément de l’indicateur principal qui sera choisi. Plusieurs possibilités ont été évoquées par les membres du COS, en présence des quatre ministres présents (Agriculture, Écologie, Enseignement supérieur, Santé), mais sans les ONG environnementales qui ont rapidement quitté la réunion (lire ci-dessous). «Sur les indicateurs, on a évoqué quatre alternatives: le HRI 1 qui a une référence historique 2011-2013; le Farm to fork qui a une référence historique 2015-2017; un indicateur européen qui serait un peu hybride entre les deux – qui serait le HRI 1, mais avec une base de référence 2015-2017; ou le Nodu», a détaillé l’un des ministères.
Ecophyto: les ONG quittent la table du comité d’orientation et de suivi
Les ONG environnementales membres du comité d’orientation et de suivi du plan Ecophyto* (COS) ont quitté, avant son issue, la réunion qui s’est tenue le 12 février après-midi en présence des ministres de l’Agriculture, de la Transition écologique et de l’Enseignement supérieur. «Ceci notamment afin de dénoncer l’absence complète de démocratie dans la prise de ces décisions» (concernant la mise en pause d’Ecophyto, NDLR), a indiqué FNE dans un mail envoyé à la presse dans l’après-midi. Générations futures a confirmé l’information dans un communiqué, regrettant n’avoir pu lire «une déclaration commune» des ONG en préambule de la réunion. Dans ce texte, les associations estimaient notamment que «le Nodu doit rester l’indicateur de référence et de suivi du plan: c’est une ligne rouge pour nos ONG». Et d'ajouter: «Nos organisations sollicitent un échange au plus vite avec le Premier ministre et les ministres concernés afin de renouer le dialogue avec la société civile et un retour sur les fondamentaux de ce qu’était Ecophyto». «Il n'est pas acceptable, alors qu'aucune décision n'a été prise, de quitter une réunion d'échange et de concertation», a réagi le ministère de l'Agriculture dans un message envoyé à la presse, ajoutant que «les ONG ont été reçues spécifiquement par les quatre ministres avant la réunion».
* Alerte des médecins sur Les pesticides, FNH, FNE, Générations Futures, Humanité et biodiversité, la LPO, Réseau environnement santé, WWF France
Soutien à la bio : vers une aide plafonnée et des critères plus souples (syndicats)
Lors d’une réunion le 8 février, le ministère de l’Agriculture a proposé que la nouvelle aide à la bio (enveloppe de 50 M€ annoncée par Gabriel Attal le 26 février) soit plafonnée par exploitation, a appris Agra Presse de sources professionnelles concordantes. La DGPE (ministère de l’Agriculture) aurait évoqué un plafond de 30 000 € par exploitation, indique la secrétaire nationale de la Confédération paysanne Sylvie Colas. Une modalité «partagée par tous», note le président de la commission bio de la FNSEA, Brice Guyau, vu «la faiblesse de l’enveloppe malgré les grandes difficultés» – la filière a estimé ses pertes à 550 M€ sur deux ans. Par ailleurs, d’après la représentante de la Conf’, le critère d’éligibilité consisterait en une baisse de 20% de l’EBE (entre le 1er juin 2023 et le 31 juin 2024, par rapport à 2018/2020). Le précédent dispositif d’aide, basé sur un critère de trésorerie, avait «exclu trop de monde», déplore-t-elle. Doté de 94 M€, il a donné lieu à 3924 paiements, précise l’élue de la Conf’, en premier lieu à des viticulteurs (25%) et à des céréaliers (17%). Pour le nouveau dispositif, la Conf’ défendait une aide à l’actif, qui n’a pas été retenue. Autre demande déçue, du côté de la FNSEA: alors que les céréaliers bio croulent sous les stocks, Brice Guyau dit n'avoir reçu «aucune réponse sur notre demande d’outils de gestion du marché».
Pologne: la tension monte à la frontière avec l’Ukraine sur fond de crise agricole
Le mouvement de protestation des agriculteurs polonais à la frontière avec l’Ukraine a connu une nouvelle escalade, le 11 février, quand une cargaison de céréales ukrainiennes à destination de l’UE a été déversée sur la route. Cet événement a engendré de fortes réactions en Ukraine, où Taras Katchka, vice-ministre de l'Économie, regrette «l'absence de réaction des autorités polonaises face à la destruction des livraisons [qui] entraînera davantage de xénophobie et de violence politique». De son côté, le ministère ukrainien de la Politique agraire a déclaré dans un communiqué «condamner fermement» l'incident. Face au tollé suscité, le parquet polonais a annoncé le 12 février avoir ouvert une enquête et indique que les responsables risquent jusqu’à cinq ans de prison. Cet incident intervient alors que les blocages à la frontière polono-ukrainienne ont repris le 9 février et que Varsovie envisage d'imposer de nouvelles interdictions unilatérales d'importation de produits agricoles ukrainiens. Au niveau de l’UE, la Commission européenne joue les équilibristes, entre soutien aux produits ukrainiens et protection du marché commun.
Pommes: les exportations de l’hémisphère Sud devraient progresser de 8%
À l'occasion de son assemblée générale annuelle, l'Association mondiale des pommes et des poires (WAPA) a souligné que les exportations de l’hémisphère Sud (Argentine, Australie, Brésil, Chili, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud) devraient augmenter de 8% cette année, à plus de 1,55 Mt. Les potentiels d’exportation des principaux pays producteurs de l’hémisphère Sud sont orientés à la hausse. L'Afrique du Sud et le Chili, les deux plus grands exportateurs, devraient tous deux augmenter leurs volumes expédiés à l'étranger, de respectivement 5,1% (à 572 280 t) et 5,3% (à 493 000 t). Le phénomène est encore plus marqué pour la Nouvelle-Zélande: les exportations devraient croître de 22,2% (381 729 t au total). En revanche, les pays d’Amérique du Sud sont attendus en retrait: l'Argentine reculerait de 4,1%, avec 70 000 t, et le Brésil de 10,6%, à 32 000 t. Par ailleurs, la production de pommes de l’hémisphère Sud devrait croître de 1,1% par rapport à 2023 (à 4,775 Mt). En parallèle, il faut noter que les stocks européens de pommes s'élevaient à 3,85 Mt au 1er janvier 2024, soit 4,6% de moins qu'en 2023. Enfin, WAPA a confirmé que la prochaine édition de Prognosfruit (prévision pommes et poires européennes) se tiendra à Budapest, en Hongrie, du 7 au 9 août 2024.
Betteraves: Cristal Union confirme une rémunération en hausse pour 2023, à 50 €/t
Dans un communiqué de presse paru le 9 février, le groupe coopératif Cristal Union – qui figure parmi les premiers producteurs de sucre, d'alcool et de bioéthanol – a confirmé une «orientation des prix encore à la hausse pour la campagne 2023», proche des 50 €/t de betterave à 16°. En tout, ce sont «13 millions de tonnes de betteraves qui ont été récoltées et transformées par les sites du groupe», souligne Cristal Union, qui annonce un rendement agricole dans la moyenne des cinq ans, à plus de 86 t/ha de betteraves, à 16°. Malgré une campagne 2023 «marquée par des conditions climatiques difficiles», l’alimentation des usines a pu être assurée, échelonnée de mi-septembre 2023 à début février 2024, permettant de produire «plus de 1,3 Mt de sucre et plus de 1,6 Mhl d’alcool et de bioéthanol issus de betteraves», rapporte la coopérative. Pour rappel, il s’agissait de la première campagne menée sans néonicotinoïdes depuis 2020. Résultat, «les effets de la jaunisse ont été limités au niveau national, avec toutefois quelques foyers marqués au sud de Paris», selon le communiqué. «La vigilance renforcée, appuyée par la mise en place rapide de l’outil de surveillance Cristal vigie pucerons, a permis de déclencher les premières interventions contre les pucerons avec beaucoup de réactivité», précise Cristal Union.
Viandes/Siqo: en difficulté, les Viandes limousines veulent relancer la consommation
Lors d’une conférence de presse le 9 février, les Viandes limousines Label rouge (bœuf, veau, porc et agneau) ont affiché des ventes en baisse pour 2023, principalement en raison de l’inflation qui modifie les choix des consommateurs. Les reculs les plus importants concernent le veau du Limousin sous la mère, avec -15,6% (à 1396 t), et le bœuf, à -14,5% (6340 t). Le Limousin junior recule, lui, de 8,6% (à 2008 t). Au-delà des conséquences de l’inflation, le président de Limousin promotion Jean-Pierre Bonnet s’inquiète de la «diminution de la production par élevage», selon Les Marchés. «Les élevages se regroupent avec une diminution du nombre d’animaux, donc de production», constate-t-il. Une décapitalisation qui provoque une «surcapacité régionale en outils d’abattage de bovins, estimée à 20-25%», selon Jean-Marc Lescure, directeur de Limousin promotion. Les Viandes limousines espèrent relancer la consommation en accentuant leur communication. Au cours du Salon de l’agriculture, elles dévoileront leur nouvelle identité et présenteront leur partenariat avec les vignerons des côtes-de-bourg, qui a débouché sur la création d’une cuvée spéciale.
Royaume-Uni: des agriculteurs bloquent plusieurs heures le port de Douvres
Une quarantaine de tracteurs et autres véhicules agricoles ont bloqué pendant plusieurs heures les routes autour du port de Douvres le 9 février, rapporte le quotidien anglais The Guardian. Ces agriculteurs du Kent protestaient contre l’importation de blé exempté de droits de douane en provenance d'Ukraine, mais aussi contre les difficultés à exporter depuis le Brexit, les prix bas pratiqués par la grande distribution britannique. Autre motif de mécontentement: les accords commerciaux avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande (et son agneau bon marché), qui ont augmenté les importations alimentaires britanniques. Les agriculteurs reconnaissent s’être inspirés de leurs homologues français, sans penser néanmoins à un «siège» de la capitale anglaise: «Je ne pense pas que nous arriverions à Londres, car nous serions chassés assez rapidement, mais je pense que nous aimerions le faire», a déclaré Andrew Gibson, un des organisateurs du mouvement. Ils prévoient de se réunir à nouveau cette semaine pour discuter d’autres actions, rejoignant éventuellement d’autres campagnes. Le monde paysan outre-Manche manifeste depuis plusieurs semaines: rassemblement de 3000 agriculteurs au Pays de Galles, tentative de blocus d'un centre de distribution dans le Somerset, manifestation devant le Parlement anglais.