Agrafil du 12 juin 2024

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Législatives: l'eurodéputée Céline Imart soutient, avec Ciotti, une alliance avec le RN

Tout juste élue eurodéputée LR, la céréalière Céline Imart (2e position de la liste) a apporté son «soutien total à Eric Ciotti» qui a annoncé quelques minutes auparavant vouloir faire alliance avec le Rassemblement national en vue des élections législatives des 30 juin et 7 juillet. Sur TF1 Eric Ciotti a cité, parmi les gens qui le «suivent», «des dizaines de parlementaires, notamment ceux qui ont été élus dimanche, je pense au général Gomart, à Céline Imart». Au Parlement européen, les négociations pour la constitution des groupes politiques sont en cours en amont de la première plénière qui se tiendra du 15 au 19 juillet à Strasbourg. Le sort de ces élus qui se rapprocheront du RN est incertain au sein de leur famille politique, le PPE, où les LR sont peu nombreux et isolés. Ils sont de toute façon peu nombreux au Parlement européen et déjà assez isolés au sein de leur groupe menant depuis des semaines une fronde contre la nomination d’Ursula von der Leyen qu’ils désignent comme la «candidate de Macron», qui est, de fait, la candidate du PPE. De son côté, le député LR Julien Dive, spécialiste des questions agricoles, s'est opposé à l'annonce d'Eric Ciotti, comme de nombreux cadres du parti. «Nous savons désormais qu’en juin 1940, Eric Ciotti n’aurait jamais traversé la Manche», a-t-il écrit sur X.

Législatives : vers une union des partis de gauche, un programme agricole à écrire

Comment sera écrit le programme agricole ? «Je n'en sais rien», répond simplement le député PS Dominique Potier, à Agra presse. Les tractations se poursuivent sur d'autres dossiers, depuis que le Parti socialiste, le Parti communiste, les Ecologistes et La France insoumise (mais aussi Place publique et Générations) ont indiqué, dans un communiqué publié tard le 10 juin, vouloir «soutenir des candidatures uniques dès le premier tour». «Dans chaque circonscription, nous voulons soutenir des candidatures uniques dès le premier tour», portant «un programme de rupture», écrivent les partis signataires. A Bruxelles, Cécilia Gondart, la cheffe de cabinet du socialiste Christophe Clergeau, qui siège à la Comagri, devrait être la candidate du Front populaire dans la circonscription Bénélux. Représentant la Nupes en 2022, elle avait échoué face au candidat LREM Pieyre-Alexandre Langlade. En matière agricole, difficile de cerner de grandes différences programmatiques entre le PCF et les anciens membres de la Nupes. La question de la viande pourrait attiser les tensions. Même s'il se dit favorable à en réduire la consommation, Fabien Roussel est connu pour ses sorties sur le sujet. En janvier 2022, il écrivait qu'«un bon vin, une bonne viande, un bon fromage : c'est la gastronomie française. Le meilleur moyen de la défendre, c'est de permettre aux Français d'y avoir accès».

Agroalimentaire: les industriels du lait de la Fnil et Brasseurs de France quittent l'Ania

L'Ania (agroalimentaire) accuse le départ des industriels du lait (Fnil) et des brasseurs, ont indiqué ces derniers le 11 juin à l'AFP, confirmant des informations du média Contexte. La Fnil a expliqué à l'AFP avoir envoyé sa «lettre de démission» fin mai. Premier contributeur de l'Ania («entre 15% et 20% du budget»), l'organisation en reste membre jusqu'au 31 décembre 2024. «On ne vise pas le candidat» à la présidence de l'Ania, qui doit être élu le 20 juin, affirme le président-directeur général de la Fnil, François-Xavier Huard à l'AFP. Toutefois, «on n'a pas vu émerger de vision partagée, de programme structuré et d'action concrète qui nous permettrait de penser que la situation va évoluer prochainement» dans le sens d'un accroissement de l'«influence» de l'Ania auprès des décideurs. Il n'exclut pas un retour dans le giron de l'Ania en fonction de «comment les choses évoluent». Contacté par l'AFP, Brasseurs de France a confirmé son départ de l'Ania à la fin de l'année, sans faire de commentaire. L'actuel président de l'Ania, Jean-Philippe André (Haribo France), n'a pas souhaité se représenter. Le seul candidat déclaré à sa succession est Jean-François Loiseau, agriculteur et président d'Axéréal et d'Intercéréales. Ces défections surviennent après que l'Ania a été sanctionnée en janvier à hauteur de 2,7 millions d'euros par l'Autorité de la concurrence dans une affaire d'entente autour du bisphénol A. Jean-Philippe André avait indiqué qu'il contesterait la décision.

Grande distribution: le CGAAER veut inciter les GMS à instaurer une «durabilité plancher»

Dans un rapport au périmètre très vaste – les «systèmes alimentaires durables» – paru le 11 juin, deux hauts fonctionnaires du CGAAER (ministère de l'Agriculture) font plusieurs propositions déjà connues, telles que le soutien à l'alimentation durable chez les plus démunis (citant les tests de chèques alimentaires ou de sécurité sociale de l'alimentation), la fiscalité sur les «produits défavorables à la santé» ou l'encadrement de la publicité. Plus neuf, ils proposent d'«engager la grande distribution à garantir une durabilité plancher de toute son offre, premiers prix comme les autres, et quelle que soit l’origine des produits». Ils ne précisent pas les politiques publiques à mettre en œuvre. Dans leur exposé, ils relèvent toutefois que les pratiques RSE des entreprises agroalimentaires «ne sont pratiquement jamais prises en considération dans les négociations commerciales». La conduite d'une enquête annuelle dédiée à ce sujet depuis cinq ans a même été abandonnée, relèvent-ils. Par ailleurs, les deux auteurs estiment que «la distribution doit prendre conscience de son rôle important dans la construction du répertoire alimentaire personnel et inciter ses clients, par tous les moyens à sa disposition y compris la promotion, à élargir leur répertoire alimentaire, notamment en exploitant les cartes de fidélité pour cibler les remises et bons d’achat sur les produits sains et durables».

Pac: Bruxelles propose d'assouplir le recours aux photos géolocalisées

Comme elle s’y était engagée, la Commission européenne a publié le 11 juin une proposition visant à simplifier les règles applicables aux photos géolocalisées que les agriculteurs doivent joindre à leurs déclarations Pac. Cette nouvelle obligation de la Pac avait fait l’objet de nombreuses critiques lors des manifestations agricoles du printemps. Bruxelles propose donc d’accorder aux États membres «une plus grande souplesse» dans l’inclusion de ces photos qui doivent compléter les données satellitaires de Copernicus dans le système de suivi des surfaces. Il ne sera plus obligatoire de donner la priorité à ces photos «par rapport à d’autres données ayant une valeur au moins équivalente» pour évaluer les conditions d’éligibilité des parcelles agricoles aux aides européennes durant la période de programmation des plans stratégiques. Une consultation publique sur ce projet de règlement, auquel les États membres doivent encore donner leur feu vert, est ouverte jusqu’au 9 juillet. 

Influenza aviaire: Bruxelles signe un contrat pour l’achat de vaccins humains

La Commission européenne a annoncé le 11 juin avoir signé, au nom de quinze États membres, «un contrat-cadre de passation de marchés conjoints pour la fourniture d'un maximum de 665.000 doses de vaccin pré-pandémique» humain contre l’influenza aviaire de la société britannique Seqirus. Il s'agit du seul vaccin préventif contre la grippe aviaire zoonotique actuellement autorisé dans l'UE. Une option pour 40 millions de doses supplémentaires est prévue. Cet achat intervient alors que l’influenza aviaire s’est propagée depuis plusieurs semaines dans les troupeaux de vaches laitières aux Etats-Unis infectant également trois humains. «Il vise à prévenir la propagation ou les épidémies potentielles de grippe aviaire en Europe», souligne la Commission européenne qui précise que «des expéditions sont actuellement en préparation vers la Finlande pour la vaccination immédiate des travailleurs à risque d'exposition, à la demande de l'État membre».

Influenza aviaire: un premier décès humain lié au virus H5N2, au Mexique (OMS)

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé, le 5 juin sur son site web, le premier «cas fatal confirmé d’infection humaine au virus de l’influenza aviaire A(H5N2)», survenu au Mexique. Il s’agit plus largement du «premier cas d’infection humaine par un virus A(H5N2) confirmé par un laboratoire et reporté au niveau mondial». La victime était un résident de l’État de Mexico âgé de 59 ans. Il avait été hospitalisé fin avril pour d’autres raisons et présentait de «multiples affections médicales sous-jacentes». Testées, les personnes en contact avec lui, à l’hôpital et dans son voisinage, sont toutes négatives à l’influenza aviaire et au Covid. L’OMS indique que «la source d’exposition au virus dans ce cas est inconnue», et que le patient décédé «n’avait pas d’historique d’exposition aux volailles ou aux autres animaux». En mars, deux cas sur des volailles avaient été confirmés en basses-cours, dans l’État de Mexico (faiblement pathogène) et dans celui voisin de Michoacán (hautement pathogène). «Jusque-là, il n’a pas été possible d’établir si ce cas humain est relié» à ces foyers, note l’OMS. Le virus H5N2 est différent du H5N1, à l’origine de l’épizootie mondiale actuellement en cours, et notamment des récentes contaminations de bovins et d’humains aux États-Unis.

Porc et volaille: les nouveaux seuils de l’évaluation environnementale parus au JO

Le décret qui relève les seuils des élevages intensifs de volailles et porcs soumis à une évaluation environnementale «systématique» est paru au JO le 11 juin. Comme attendu, à la suite de la consultation publique réalisée en mars, ces seuils passent à 85 000 emplacements pour les poulets et à 60 000 emplacements pour les poules (au lieu de 40 000 pour les volailles auparavant). Ces seuils passent à 3 000 pour les porcs de production de plus de 30 kg (contre 2000 auparavant), et à 900 pour les truies (contre 750). Ce faisant, les seuils français sont alignés avec les seuils européens prévus par la directive d’évaluation de l’incidence des projets sur l’environnement (EIE). En dessous de ces seuils, la réalisation d’une évaluation environnementale sera soumise à un examen au cas par cas. En mars, l’Union des Groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB) regrettait que les seuils de l’autorisation environnementale, prévue par la réglementation ICPE, ne connaissent une évolution identique aux seuils de l’évaluation environnementale.  

Porc: Inaporc vise un objectif de reprise de «100% des élevages transmissibles» en 2035

Dans le cadre de sa démarche de responsabilité sociétale, qu’elle présentera en assemblée générale le 12 juin, l’interprofession porcine Inaporc s’est fixé l’objectif que «100% des élevages transmissibles» soient «repris» d’ici 2035. Dans ce but, elle créera en 2025 un «diagnostic de transmissibilité des élevages porcins», et identifiera les «leviers financiers potentiels à la transmission» des exploitations. «Une exploitation transmissible, c’est une exploitation qui permet à son repreneur de vivre correctement de son métier», a expliqué David Riou, coprésident du groupe RSO à Inaporc, lors d’une conférence de presse le 11 juin. «Beaucoup d’éleveurs n’ont pas investi ces dernières années, rappelle cet éleveur finistérien. Certains élevages ne pourront pas être repris si les bâtiments sont trop vieillissants.» Interrogée sur les formes d’installation à privilégier – individuel, sociétaire, reprise à l‘identique – , la directrice d’Inaporc Anne Richard ne met «aucun frein à aucune forme de reprise». De son côté, David Riou, estime que «l’élevage de demain, ce sera trois personnes, pour un bon équilibre entre travail et vie personnelle ». Un tiers des éleveurs porcins français ont plus de 55 ans, et ils détiennent environ 40% du cheptel.

Porc: une truie sur deux en maternité liberté, l’objectif d’Inaporc pour 2035

Afin d’«agir pour la bientraitance animale», l’interprofession porcine Inaporc vise un objectif de 50% de truies élevées dans des bâtiments équipés de cases «maternité liberté», a-t-elle annoncé lors d’une conférence de presse le 11 juin. Dès l’année prochaine, la démarche de responsabilité sociétale d’Inaporc prévoit que «100% des nouveaux bâtiments» devront inclure «la mise en liberté des truies dans leur conception». Sur les quelque 879 000 truies élevées en France (chiffre 2023), 8 à 10% le sont aujourd’hui dans de tels bâtiments, selon la directrice adjointe d’Inaporc Caroline Tailleur. Les autres truies sont en cage avant et après la mise-bas. Selon la responsable d’Inaporc, l’institut technique Ifip a estimé que l’objectif de la filière nécessitera d’investir au moins 1 Md€ dans les élevages (2 Md€ pour l’ensemble des truies françaises). La démarche de responsabilité sociétale d’Inaporc comprend cinq axes: souveraineté alimentaire, attractivité des métiers, environnement, sécurité sanitaire, bientraitance animale. Esquissée en février, elle sera présentée lors de l’assemblée générale de l’interprofession, le 12 juin à Angers.

Méthane entérique: la Nouvelle-Zélande abandonne son plan de taxation des émissions

Le gouvernement de centre-droit néo-zélandais a annoncé le 11 juin l’abandon de son plan controversé sur la taxation des émissions de gaz à effet de serre produits par les ruminants, très décrié par les éleveurs. «Le gouvernement s'est engagé à respecter nos obligations en matière de changement climatique, sans fermer les exploitations agricoles», a déclaré le ministre néozélandais de l'Agriculture, Todd McClay, cité par l'AFP. Une nouvelle loi sera présentée au Parlement ce mois-ci afin d'exclure le secteur agricole d'un nouveau plan de tarification des émissions. Environ six millions de vaches et 26 millions de moutons paissent en Nouvelle-Zélande. Un peu moins de la moitié des émissions de gaz à effet de serre provient de l'agriculture, le bétail en étant le principal responsable. Le précédent gouvernement travailliste, mené par Jacinda Ardern, avait dévoilé en octobre 2022 ce projet ciblant les animaux d'élevage – qui avait suscité l'ire des éleveurs –, afin d'espérer parvenir à l'objectif de zéro émission de gaz à effet de serre d'ici à 2050. Le nouveau gouvernement de centre-droit souhaite, lui, aider les agriculteurs à réduire les émissions grâce à la technologie, sans réduire la production ou les exportations, a déclaré le ministre de l'Agriculture.

Méthane entérique: dix fabricants d'aliment du bétail s'engagent à réduire leurs émissions

À l'occasion d'une conférence de presse le 11 juin, dix entreprises de nutrition animale (dont Unéal ou Tromelin) ont annoncé qu'elles s'engageaient, avec Valorex, à réduire ensemble de 250 tonnes leurs émissions de méthane entérique sur l'année 2024. Elles valoriseront, auprès de 380 éleveurs, la méthodologie Eco-méthane, d'ores et déjà labellisée «bas carbone», qui consiste à enrichir en acides alpha-linoléniques (ALA) les rations des vaches laitières, et dont la performance climatique est mesurée par le taux d'acides gras dans le lait. Ces dernières années, plusieurs intrants se concurrencent pour diminuer les émanations de méthane entérique, dont des intrants à base de nitrates ou d'algues (voir notre enquête en 2021), avec un succès pour l'instant limité dans les cours de ferme. Les efforts de recherche s'accentuent partout dans le monde. En juillet 2023, les filières bovines ont réuni «plus de 11 millions d’euros (M€, NDLR) de R&D sur quatre ans» – dont 5 M€ de soutiens publics – pour financer leur projet Méthane 2030, avaient annoncé plusieurs organisations dont Interbev, le Cniel, Chambres d’agriculture France et l’Inrae. Plus récemment, Eliance a annoncé, pour «cet hiver», les premiers index portant sur les émissions de méthane entérique des vaches laitières.

Prix du lait: tendance «stable à haussière» sur 2024 (Idele)

À l'occasion d'une conférence sur les marchés mondiaux du lait et de la viande le 11 juin, l'économiste de l'Idele Gérard You a expliqué que les prix du lait devraient suivre une tendance «stable à haussière» sur l'année 2024, portée par «des intrants toujours chers», qui grèvent la disponibilité de lait dans le monde. «Le prix du lait pourrait redevenir haussier au second semestre; pour l'instant, on a des marges laitières peu incitatives tant en Europe qu'aux États-Unis», a expliqué l'économiste. Et de résumer: «On est dans un équilibre lié à de faibles disponibilités, plutôt favorable aux filières et aux producteurs». De même que le prix du lait, les cours des ingrédients laitiers sont plutôt attendus à la hausse, «du moins sur le beurre, secondairement sur la poudre maigre». Et de rappeler que la demande en matières grasses est en progression tendancielle depuis une quinzaine d'années, portée par les changements d'appréciation nutritionnelle. La France est notamment devenue déficitaire en matière grasse laitière, alors qu'elle reste excédentaire en matière protéique.

Lait: en crise, la Chine continue à construire de nouveaux élevages géants (Idele)

Malgré l'importante crise laitière que traverse la Chine depuis 2022, la production du pays ne devrait pas fléchir, portée notamment par les constructions d'élevages XXL de groupes nationaux soutenus par le gouvernement, a indiqué le directeur Économie du Cniel Jean-Marc Chaumet, à l'occasion d'une conférence de l'Idele sur les marchés mondiaux le 11 juin. Alors que les prix continuent de baisser dans le pays (après une embellie en 2020), passant même «sous le niveau des prix français», et alors que les exploitations «perdent beaucoup d'argent», la construction de nouvelles fermes a certes «ralenti en 2023», mais «les projets des entreprises laitières nationales n'ont pas été affectés», soutenus par le gouvernement qui continue de privilégier les installations de taille importante. En 2023, la Chine comptait ainsi «164 nouveaux projets de fermes impliquant 980 000 têtes, dont près de 70% sont des fermes de 10 000 têtes», chiffre Jean-Marc Chaumet. Le pays poursuit sa restructuration entamée après la crise de la mélamine en 2008. En 2021, 50% des vaches se trouvaient dans des exploitations de 1000 têtes ou plus. Les dix premiers groupes d'élevage chinois produisent plus du quart de la production chinoise.

Chine: les grandes productions agricoles repartent à la hausse (Idele)

«Toutes les productions sont à la hausse en Chine», a expliqué le directeur Économie du Cniel Jean-Marc Chaumet, à l'occasion d'une conférence de l'Idele sur les marchés mondiaux le 11 juin. Et de montrer les courbes des productions de grain, de viande bovine et de lait, qui ont toutes les trois repris le chemin de la croissance entre 2018 et 2019. Ce rebond, après une période de stagnation de quelques années, serait notamment dû à une «réorientation de la politique agricole vers plus d'auto-suffisance, de sécurisation des approvisionnements» entamé vers 2020-2021. Derrière les documents d'orientation politique, «il y a eu tout un tas de politiques, des aides à la création d'exploitation, des aides fiscales pour avoir des prêts bonifiés, explique ce spécialiste de la Chine. Toutes les productions ont été touchées.» En productions végétales, cette politique s'est notamment manifestée par le lancement d'un «projet national de grains de haute qualité», et l'autorisation en octobre 2023 de 37 variétés de semences de maïs OGM et de 14 de soja. Les gains de rendement annoncés seraient de 10%, mais les surfaces d'OGM ne concerneraient toutefois encore que 0,5% de la sole nationale de maïs. De son côté, entre 2018 et 2023, la production laitière chinoise a augmenté de 36%, essentiellement par la construction d'élevage XXL (voir ci-dessous).

Grandes cultures: rendements attendus en baisse en colza et orge d'hiver (Agreste)

Dans sa note de conjoncture parue le 11 juin, le service de statistique du ministère de l'Agriculture (Agreste) a livré ses premières prévisions de rendements pour les cultures de colza et d'orge d'hiver, datées du 1er juin. Grevé par un «net impact des conditions météorologiques», le rendement de l'orge d'hiver est attendu à 67,3 q/ha, en baisse de 5,1% par rapport à 2023. Conjuguée à celle des surfaces (- 5,9%), cette baisse tire la production vers le bas, à 8,6 Mt (-10,7%). À l'échelle régionale, des disparités apparaissent, avec une stabilité du rendement dans le Grand-Est (+0,3%) et en Bourgogne-Franche-Comté (+0,5%), et une baisse dans les autres régions, dont Centre-Val de Loire (-6,9%). Du côté du colza d'hiver, le rendement est attendu à 31,6 q/ha, en baisse de 0,2% par rapport à 2023 et de 3,3% par rapport à la moyenne 2019-2023. Avec des surfaces en légère baisse (-1%), la production est attendue à 4,2 Mt (-1,2%/2023; +11,5%/2019-2023). Des disparités importantes apparaissent selon les régions par rapport à 2023: le rendement progresse en Grand Est (+3,6%) et dans les Hauts-de-France (+5,3%), tandis qu’il diminuerait en Normandie (-0,3%) et Centre-Val de Loire (-3,1%).

Bière: les ventes de houblon français s'effondrent sur le marché intérieur

Dans un contexte d'inflation et de météo peu favorable à la consommation de bière, les ventes de houblon français vers la France ont chuté sur la campagne 2022-2023, constate l'interprofession du houblon. En effet, pour sa deuxième année d'existence dans la filière, la Cotisation volontaire étendue (CVE) auprès des négociants a subi une baisse de collecte de 42% auprès des négociants. «Les ventes se sont effondrées parce que les brasseurs ont privilégié les houblons étrangers, ils ont compressé les coûts, indique Matthieu Luthier, délégué général d'Interhoublon. Il faut les remobiliser.» L'interprofession réfléchit à une communication auprès des brasseurs: «Il faut recréer un dialogue stratégique avec les brasseurs, dans un contexte difficile pour eux». La France pèse 1% du marché mondial du houblon, loin derrière les deux leaders, les États-Unis et l'Allemagne. En parallèle, l'interprofession travaille sur un accord interprofessionnel de sortie d'Egalim, pour «permettre une contractualisation plus facile à mettre en œuvre dans cette petite filière». Généralement positionnées en haut de gamme, notamment en bio, les brasseries indépendantes avaient fait florès ces dernières années, et sont particulièrement mises à mal par la conjoncture inflationniste.

Légumes transformés : l’industrie aurait besoin de tripler ses investissements

A l’occasion de la journée annuelle des Légumiers organisée le 6 juin par l’Unilet (interprofession légumes en conserves et surgelés), Nicolas Facon, directeur général de D'aucy (Eureden) a indiqué que la filière transformation pourrait avoir besoin de tripler ses investissements pour faire face aux évolutions du marché. « Il y a une souveraineté alimentaire voulue par les consommateurs, une souveraineté agricole mais il faudrait aussi penser à une souveraineté industrielle», a-t-il indiqué. Concurrence européenne, développement technologique (ex. détection de mauvaises herbes en usines) seraient autant de sujets demandant un soutien financier à cette partie de la filière. Dans cette même journée, Unilet a indiqué renforcer sa démarche de responsabilité sociétale «Légumiers de demain», lancée en 2022, en ajoutant deux nouveaux engagements : «renforcement de la souveraineté alimentaire» et «valorisation de l’origine France» (objectif 50% des achats à domicile labellisés Origine France d’ici 2027), développement des «produits à faible impact carbone et respectueux de l’environnement» ( 27 actions identifiées de l’amont à l’aval).

Pesticides: pulvérisation et désherbage mécanique de précision sont «matures» et à déployer

Dans un rapport paru le 11 juin sur l'agriculture de précision, deux hauts fonctionnaires du CGAAER (ministère de l'Agriculture) estiment que la pulvérisation de précision et le désherbage mécanique de précision (avec caméras ou guidage RTK) «constituent des technologies matures», qu'il convient de «d’accélérer rapidement». Ils proposent de financer, à hauteur de 40%, le déploiement de ces outils, tout comme les OAD dont l'offre est vue comme encore «morcelée» et «incomplète». Quant au robot autonome, ils estiment qu'il «est en train de trouver sa place [dans] certaines filières spécialisées (en viticulture, cultures légumières)», mais que «des améliorations technologiques sont attendues [dans] les filières à moindre surface cultivée comme les PPAMC, les semences, l’horticulture mais aussi sur les grandes cultures». Ils proposent ainsi de «soutenir la recherche et le développement conduisant à l’industrialisation des outils robotiques autonomes avec un axe particulier sur les filières orphelines». Les auteurs insistent par ailleurs sur la nécessité de pousser l'accompagnement des agriculteurs, avec un «chèque conseil associé à l’investissement réalisé en agriculture de précision à vocation agroécologique», ou encore «une obligation de formation et un accompagnement technique des exploitations agricoles» qui bénéficieraient de soutien à l'investissement.

Vin : la cave coopérative de Buzet demande sa mise en sauvegarde auprès du tribunal

Les Vignerons de Buzet, importante cave coopérative du Lot-et-Garonne, réclame une procédure de sauvegarde pour «redresser (sa) situation financière», a-t-elle annoncé le 11 juin. «Face à des difficultés de trésorerie persistantes dans un contexte de marché compliqué pour l’ensemble de la filière viticole, la coopérative Les Vignerons de Buzet a pris la décision stratégique de demander une mise en sauvegarde auprès du tribunal de commerce d’Agen», selon le communiqué. La décision des magistrats est attendue le 12 juin. «Parallèlement, la nouvelle gouvernance collabore étroitement avec le comité de direction pour élaborer un nouveau projet d’entreprise qui sera présenté à l’automne tout en maintenant fermement notre politique de développement durable», poursuit le groupe viticole. Les Vignerons de Buzet a connu, il y a quelques mois, une série de démissions parmi ses administrateurs. Un épisode qui s’ajoute au licenciement, en début d’année, de Pierre Philippe, son directeur général depuis 19 ans. Située à Buzet-sur-Baïse, la coopérative rassemble 160 viticulteurs et emploie 90 salariés. Elle a dégagé en 2023 un chiffre d’affaires proche de 20 millions d’euros.