Engrais : la crainte d'un rétropédalage de Bruxelles concernant la suspension du MACF
Lors d’une conférence de presse, le 24 février, l’ensemble des associations spécialisées du secteur des grandes cultures de la FNSEA, à savoir l’AGPB (blé), l’AGPM (maïs), la CGB (betterave), l’UNPT (pomme de terre) et la FOP (oléagineux et protéagineux) ont fait part de leur grande déception et de leurs inquiétudes après leurs rencontres avec le président de la République et le Premier ministre les 21 et 24 février. « Des promesses ont été faites. Le 7 janvier, le président tweetait qu’il y aurait suspension de dispositif MACF pour les engrais. Ce samedi, il nous a annoncé qu’il n’y aura pas de suspension de MACF », rapporte Eric Thirouin, président de l’AGPB. Interrogé, l'Elysée ne confirme pas l'information. Selon ses services, le président de la République a toutefois indiqué que ce dossier «n'était pas gagné au niveau européen». En janvier, le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic s'était engagé à ce qu’une fois adopté par les colégislateurs - d’ici le mois de février - la suspension du MACF puisse entrer en vigueur de manière rétroactive au 1er janvier 2026. Et l'AGPB de poursuivre : « Le gouvernement nous dit qu’ils essaieront de trouver une compensation. Comment ? On ne sait pas ! » Deuxième promesse en suspens selon les syndicats : la loi d'urgence agricole du Premier ministre. « Nous lui avons demandé aujourd’hui ce qu’il y avait dans la loi. Réponse : rien. Pire, la loi a été débaptisée en loi de simplification », peste le représentant, en référence à un tweet de Sébastien Lecornu, évoquant un «projet de loi de simplification des normes». Les associations craignent ainsi que leurs demandes ne soient pas prises en compte, et n’excluent pas de retourner manifester.
Engrais azotés : Bruxelles propose la suspension des droits de la nation la plus favorisée
Comme elle s’y était engagée au mois de janvier, à l’occasion d’une réunion politique extraordinaire des ministres de l’Agriculture de l’UE, la Commission européenne a officiellement proposé le 24 février de suspendre, pour un an, les droits de la nation la plus favorisée (NPF) sur les importations d’ammoniac et urée. Cette suspension sera mise en œuvre pour tous les pays, à l'exception de la Russie et du Bélarus, par le biais de contingents tarifaires en franchise de droits. La Commission européenne évalue les économies qui en découleront à environ 60 millions d'euros. Elle estime également que ces dispositions réduiront la dépendance de l'UE à l'égard de la Russie et du Bélarus et soutiendront la diversification des approvisionnements du secteur agricole et de l'industrie des engrais de l'UE. En parallèle, la Commission européenne est en train de finaliser un plan d’action sur les engrais qu’elle devrait présenter dans les prochains mois. Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) continuent de pousser pour obtenir la suspension du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) désigné comme le principal facteur d’augmentation du coût des engrais dans l’UE.
UE/Mercosur : Bruxelles plaide pour appliquer rapidement l’accord sans donner de date
Présent au Parlement européen le 24 février dans le cadre d’une discussion avec les membres de la commission du Commerce international, le commissaire européen Maros Sefcovic a rappelé sa détermination à ce que le l’accord de libre-échange UE-Mercosur traité soit « soit ratifié et mis en œuvre rapidement ». « Chaque année perdue est une année de pertes commerciales, d'emplois et d'opportunités économiques dont nous avons cruellement besoin pour notre compétitivité et notre prospérité », a-t-il précisé, regrettant la saisine de la Cour de justice de l’UE par Strasbourg. Alors que l’Argentine devrait, dès « la semaine prochaine », être le premier pays du bloc sudaméricain à ratifier le texte, le commissaire letton ne s’est pas engagé formellement à appliquer l’accord provisoirement en dépit de l’insistance de plusieurs eurodéputés PPE (droite) ou socialistes. Bruxelles indique cependant poursuivre ses consultations avec les Etats membres et le Parlement européen afin d’envisager « la manière la plus efficace de faire avancer les choses ». Le sujet reste sensible et quelques parlementaires de la gauche radicale et de l’extrême droite ont accusé l’exécutif européen de vouloir contourner l’hémicycle et de ne pas respecter l’esprit des traités européens.
UE/Suisse : les Vingt-sept autorisent Bruxelles à signer l’accord sur la sécurité alimentaire
Le Conseil de l’UE a approuvé, le 24 février, les décisions relatives à la signature et à la conclusion d’un vaste ensemble d’accords entre l’UE et la Suisse visant à consolider, approfondir et élargir leurs relations bilatérales dont les négociations ont été finalisées en décembre 2024. La signature formelle devrait à présent se tenir en mars. Dans le détail, le paquet comprend, notamment, la mise à jour de cinq accords clés liés à l’accès au marché (dont celui sur les échanges de produits agricoles) mais aussi la conclusion de nouveaux accords, dont un sur la sécurité alimentaire. Ce dernier permettra notamment d’établir un espace commun de sécurité alimentaire dont l’objectif est « d’approfondir et d’étendre [la] coopération » sur les aspects phytosanitaires, vétérinaires et législatifs pour couvrir la majeure partie du commerce des produits agricoles entre les parties. Toutefois, il est précisé que des normes différentes de celles de l'UE pourront être maintenues par Berne dans certains cas (OGM, bien-être animal). Ces accords ne pourront entrer en vigueur qu’une fois le processus de ratification complété par le Parlement européen et sous réserve que la Suisse achève aussi les procédures nécessaires.
Salariés agricoles : accord national signé sur les conditions de travail, une première
Après deux ans et demi de négociations, plusieurs syndicats de salariés et d’employeurs de l’interbranche agricole ont signé, le 24 février à l’occasion du Sia, un accord-cadre national « pour de meilleures conditions de travail et d’emploi en agriculture » (télécharger le projet d'accord). Côté employeurs, il a notamment été signé par la FNSEA, la FNEDT (entreprises de travaux agricoles), la FNCuma ou encore l’Unep (entreprises du paysage). Du côté des syndicats de salariés, la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC ont paraphé le document ; la CGT n’a pas signé et FO « doit donner sa réponse demain », précise la FNSEA à Agra Presse. Cet accord sur les conditions de travail est une première, le sujet étant auparavant régi par le Code du travail. Les partenaires ont cherché à aller plus loin que la réglementation, explique-t-on à la FNSEA, prenant l’exemple des charges lourdes (130 kg maximum dans le droit commun, 80 kg dans l’accord). De nombreux domaines sont abordés : formation, prévention, santé et qualité de vie au travail, hébergement, transport, traitements phytos, climat, etc. L’accord-cadre pourra servir de base à des déclinaisons locales ou sectorielles : ses signataires « attendent l’établissement d’un diagnostic par branche » sur les « conditions de travail et les risques spécifiques à chaque branche », doublé d’un suivi.
Loi d'urgence agricole : Genevard a remis sa copie au Premier ministre, qui consulte
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a remis au Premier ministre Sébastien Lecornu sa proposition de projet de loi d'urgence agricole (LUA), qui a fait l'objet d'une première réunion interministérielle de « balayage » le 23 février, a-t-on appris auprès des services. Le texte du gouvernement ne sera pas dévoilé lors du Salon de l'agriculture, mais plus tard durant le mois de mars, a priori par le Premier ministre lui-même. « Le Salon va nous permettre de parachever la loi d'urgence, mais elle ne sera présentée qu'en mars, comme prévu », a déclaré Sébastien Lecornu durant sa déambulation. Le Premier ministre a fait le tour des stands des principales interprofessions, sans faire d'annonce. « Il a été très à l'écoute de nos demandes », confirme Jean-François Guihard, président de l'interprofession bétail et viande (Interbev). La filière a évoqué les difficultés des abattoirs, les problèmes des transporteurs, ainsi que le projet d'accord commercial UE-Australie. Ses services ont fait circuler une note sur le projet de loi, qui ajoute deux nouvelles thématiques au futur texte : le soutien à l'export et la commande publique. Le document ne précise pas les mesures annoncées sur les principales thématiques (eau, prédation, modes de production).
Loi d'urgence agricole : les propositions de collectif Nourrir, au-delà du périmètre proposé
Le collectif Nourrir, organisation rassemblant les anciens membres de Pour une autre Pac, a présenté, le 24 février au Salon de l'agriculture, ses propositions pour le futur projet de loi d'urgence agricole (LUA), allant au-delà du périmètre de la proposition par le Premier ministre (eau, moyens de production, prédation). Le premier volet de leurs propositions porte sur les relations commerciales : les 52 organisations du collectif (dont la Confédération paysanne et la Fnab) plaident pour « empêcher toute fixation d'un prix inférieur » aux coûts de production agricoles, par une meilleure prise en compte des coûts de production et un renforcement juridique du concept de prix abusivement bas. Le collectif vise également les distributeurs, en proposant d'introduire un « objectif de référencement de produits biologiques et équitables dans les grandes et moyennes surfaces ». De même, dans les points de prélèvement sensibles des aires d'alimentation de captages, les organisations proposent d'instaurer « des objectifs progressifs de surfaces » en bio. Un volet porte sur le foncier, avec la création d'un registre national des exploitations agricoles qui permette d'identifier « les unités réelles de production », et « d'observatoires nationaux et régionaux des marchés fonciers ruraux accessibles au public ». Enfin, le collectif demande la suspension de certains additifs et auxiliaires technologiques « les plus critiques », ainsi que l'extension du FIVP (victimes des pesticides).
Loi d’urgence agricole: les propositions des élus de montagne, qui préparent aussi une PPL
L’Association des élus de montagne (Anem) a présenté le 24 février au Salon ses quatre propositions pour le projet de loi d’urgence agricole, dont deux portent sur l’eau. « Nous souhaitons faciliter l’installation d’un maillage de retenues collinaires dans nos territoires de montagne », indique Jean-Pierre Vigier, président de l’Anem et député LR de Haute-Loire. L’association promeut des retenues multi-usages, servant par ordre de priorité à la lutte contre les incendies, à l’agriculture (irrigation et abreuvement), à l’eau potable et enfin à l’industrie et à la « neige de culture ». La seconde proposition consiste en « une solidarité entre l’amont et l’aval des bassins versants » via une redistribution de la taxe Gemapi (qui finance la prévention des inondations). Par ailleurs, l’Anem veut préserver les abattoirs et usines de transformation en montagne. Sa dernière proposition agricole porte sur la valorisation des produits de montagne (hors Siqo), qu’elle propose de confier à l’Inao. « Le Premier ministre a promis de regarder comment intégrer ces articles » dans le projet de loi d’urgence qu’il présentera en mars. En parallèle, l’Anem les a intégrées dans une proposition de loi transpartisane, « aujourd’hui en cosignature à l’Assemblée », autant pour « montrer l’unanimité » que pour « mettre la pression politiquement », selon M. Vigier.
Présidentielle : Retailleau présente ses premières propositions pour l'agriculture
Le candidat LR à la présidentielle Bruno Retailleau a présenté le 24 février ses mesures pour sortir la France d’une « agriculture administrée » en déclarant la « guerre » à la « culture du blocage », promettant notamment la suppression de l’Office français de la biodiversité (OFB). « Il faut que l’on passe de la culture du blocage à celle de la production », a affirmé le patron des Républicains lors d’une conférence de presse où il a présenté son programme pour que « l’agriculture française redevienne la première puissance européenne » du secteur. Accompagné de l’eurodéputée Céline Imart et du député Julien Dive, le patron de LR, qui s’est rendu dans la foulée au Salon de l’agriculture, a promis de « sortir la France d’une agriculture administrée » et « d’en finir avec l’agribashing ». Le programme se décline en trois piliers : « reprendre le contrôle politique » sur le secteur, « libérer l’accès aux moyens de production » et « garantir un revenu digne et durable » pour les agriculteurs. « Lorsqu’un produit est déjà autorisé dans l’UE, il le sera aussi en France », promet le parti, en écho à une proposition faite par la FNSEA dans le cadre de la loi d'urgence. Les LR entendent aussi supprimer l’OFB, qui est chargé de faire respecter les arrêtés sécheresse, la lutte contre les pollutions, contre le braconnage, la protection des espaces naturels, etc.
Conférences Souveraineté : Genevard confie la déclinaison territoriale aux régions et préfets
À l'occasion d'un point d'étape, au cours duquel les groupes de travail sectoriels ont livré leurs objectifs et leurs propositions pour les atteindre (la plupart déjà parues dans nos colonnes), la ministre de l'Agriculture a annoncé, le 24 février au Salon de l'agriculture, qu'elle confiait « l'animation » des déclinaisons territoriales des Conférences de la souveraineté aux présidents et aux préfets de région, qui devaient eux-mêmes « s'appuyer sur les chambres d'agriculture », ainsi que sur les entreprises et interprofessions. Ce travail doit s'achever « avant ou après l'été », et un bilan sera fait au prochain Salon de l'agriculture. La ministre n'a pas annoncé d'enveloppe budgétaire dédiée à leur mise en œuvre : « Ce n'est pas l'État qui finance », a déclaré Annie Genevard. « L'État animera, accompagnera, y compris financièrement. » Interrompu brièvement dans sa prise de parole par une irruption de la Confédération paysanne, le coordinateur des Conférences, Ludovic Spiers, demande qu'une gouvernance de suivi de la mise en œuvre des objectifs soit instituée sur une dizaine d'années. Il a synthétisé ainsi les demandes des différents groupes de travail : besoin de « simplification » ; nécessité de production davantage dans le « cœur de gamme » ; et besoin « d'innovation ».
Grandes cultures/Conférences souveraineté : les trois projets prioritaires de la filière
À l'occasion d'un point d'étape des Conférences de la souveraineté, organisé le 24 février au Salon de l'agriculture, le coordinateur du groupe Grandes cultures, Christoph Büren, président du groupe Vivescia, a présenté trois projets prioritaires pour la filière. Le premier est d'augmenter la production de farine en sachet, de 400 000 t, pour redevenir exportateur net de farine. Pour ce faire, la filière veut une « facilitation des investissements capacitaires » et une « modernisation industrielle », un « alignement des prix de l'électricité » avec l'Allemagne ; et une « modernisation de la chaine logistique ». Deuxième projet : remplacer une partie de la consommation de pâtes importées, pour reconquérir 1 % des parts de marché par an. Pour ce faire, la filière demande un soutien à la sélection variétale, une mise en avant du 100 % français par les GMS, une meilleure information sur l'origine ; une « simplification de la réglementation sur les investissement industriels ». Enfin le troisième projet consiste à « développer la production de cultures à fortes teneurs en protéine, notamment pour l'alimentation animale ». La filière veut accompagner le développement annoncé par les interprofessions d'élevage.
Céréales: les difficultés causées par les adventices progressent
À l’occasion du SIA 2026, Arvalis a présenté le 24 février les premiers résultats de ses projets Gramicible et Gramicombi, issus du Parsada. Il en résulte que le problème des adventices automnales, que sont essentiellement le ray-grass et le vulpin en céréales, ne s’améliore pas. Plus en détail, alors que le ray-grass est présent sur l’ensemble du territoire français, le vulpin affecte essentiellement le grand quart Nord-Est. « Les zones mixtes, c’est-à-dire affectées par les deux plantes, progressent », précise Anne Danthony, ingénieure à la direction de la valorisation d’Arvalis et copilote du projet Gramicible. Les raisons sont multiples : développement de résistances, diminution des substances actives disponibles, rotations culturales trop courtes, ou encore plus récemment les conditions climatiques difficiles. Pour y remédier, aucune solution universelle n’existe, mais plutôt une combinaison de leviers : en plus de l’usage des derniers produits phytosanitaires disponibles, recourir davantage à la rotation culturale, les faux semis, le nettoyage des machines etc. Arvalis précise qu’il devrait présenter courant mars 2026 une étude sur l’état des contaminations des adventices estivales, et une cartographie des résistances fin 2027.
Céréales : Intercéréales et la seconde transformation renforcent leurs liens
La CNBPF (boulangerie artisanale), la FEB (boulangerie industrielle) et Brasseurs de France ont signé chacun le 24 février une convention de partenariat avec Intercéréales en vue de renforcer leurs liens avec l'interprofession céréalière. Via ces trois conventions, les quatre secteurs vont augmenter leurs échanges d’informations, afin de mieux comprendre les besoins de leurs marchés respectifs. Par exemple, les secteurs de la boulangerie/pâtisserie et de la brasserie pourront alerter avec davantage d’anticipation la filière céréalière sur leurs nouveaux besoins, afin qu’elle s’adapte mieux aux demandes des consommateurs, et déclencher des plans d’action (travail de recherche sur des variétés, promouvoir la culture de telle ou telle espèce etc.). De son côté, Intercéréales pourra informer davantage sur la situation du secteur céréalier (éventuelles alertes sanitaires, situation économique etc.), afin que l’aval anticipe à son tour. « Nous espérons un jour la création, au sein d’Intercéréales, d’un collège seconde transformation », s’est exprimé de son côté le délégué général de la FEB Paul Boivin.
Pommes de terre/bovins : l'UNPT, la FNPL et la FNB créent une plateforme d'alimentation animale
Dans un communiqué du 23 février, l'UNPT (producteurs de pommes de terre, FNSEA), la FNPL (bovins lait, FNSEA) et la FNB (bovins viande, FNSEA) ont annoncé la création d'une plateforme nationale en ligne d'alimentation animale. Cette dernière, accessible à l'adresse opbovins.unpt.fr, permet de mettre en lien de manière « anonyme, géolocalisée en directe et gratuite » les producteurs de pommes de terre et les éleveurs bovins. Initiée par l'UNPT, la plateforme doit servir de catalyseur à la valorisation des volumes de pommes de terre n'ayant pas trouvé de débouchés sur le marché libre, qui se retrouvent ainsi parfois déclassées en nutrition animale. Cette valorisation s'avère ponctuelle, et est encadrée au travers de contrats-types proposés via la plateforme, et validés par les trois syndicats. Les contrats précisent les responsabilités de chacun, les conditions de qualité, les modalités de fixation de prix, ainsi que l'organisation du transport, « afin d'éviter tout litige ». Des transporteurs pourront également être recommandés afin de sécuriser les flux. Aucune obligation de volume ni durée d'engagement ne sont requis. Cette annonce vient dans un contexte de surproduction française et européenne de pomme de terre, ayant engendré un décrochage des prix.
Fruits et légumes frais/Conférences souveraineté : les trois priorités de la filière
À l’occasion du Salon de l’agriculture le 24 février, la ministre Annie Genevard a présenté les enseignements tirés des conférences sur la souveraineté alimentaire. Concernant les fruits et légumes, trois grands axes ont été retenus. Le premier s’attache à la promotion de la consommation et l'éducation du consommateur. De ce point de vue, le vote à l’unanimité de la PPL de la députée Olivia Grégoire rendant obligatoire l’éducation à l’alimentation dans les établissements scolaires est une avancée appréciée de la filière. L’autre axe s’intéresse au soutien aux investissements en agroéquipement et à la recherche pour s’adapter au changement climatique, en passant par une décarbonation des outils. Il prévoit aussi de faciliter l’installation de nouvelles unités « industrielles » (conditionnement, fraîche découpe, 5e gamme et transformé) sur le territoire national. Le dernier axe vise à renforcer l’exportation des fruits et légumes avec des dispositions pratiques (renforcement de mécanismes d’assurance-crédit pour que les PME puisse engager un premier courant d’affaires) et une simplification de l’écosystème entourant l’export, pour l’heure caractérisé par un nombre important d’intervenants
Fruits et légumes : le classement des logos auxquels font le plus confiance les Français
Selon le baromètre CSA de la confiance des consommateurs envers les fruits et légumes pour Interfel présenté le 23 février au Salon de l’agriculture, lorsqu’ils sont présents sur les fruits et légumes frais, les labels et logos demeurent un gage de confiance pour les consommateurs. En 2025, le logo « Fruits & Légumes de France » atteint la première place du classement : parmi les Français qui l’ont déjà vu, 75 % déclarent qu’il leur donne davantage confiance envers les fruits et légumes frais, soit une progression de 8 points en un an. Il atteint son plus haut niveau et se situe désormais à égalité avec les allégations sans ou zéro résidu de pesticides (71 %) et le logo Vergers écoresponsables (71 %). Ces dernières tenaient le haut du classement en 2024, suivi par le logo Vergers Eco Responsables. Dans le reste du classement figure également le logo Agriculture Biologique (67 %), suivi des labels AOP (64 %) et IGP (62 %). Par ailleurs, la visibilité globale (pourcentage de « déjà vu ») de certains logos et labels progresse cette année : IGP (78 %, + 7 points), AOP (78 %, + 4 points) et les logos du type sans ou zéro résidu de pesticides (69 %, + 6 points)
Fruits et légumes : la filière appelle l’État à promouvoir la consommation
L'interprofession des fruits et légumes frais (Interfel) a appelé l’État, le 24 février au Salon de l’agriculture (Sia), à renforcer son engagement en matière de communication publique afin d’encourager la consommation de fruits et légumes. « Elle n’est toujours pas au niveau attendu », a averti Daniel Sauvaitre, président d’Interfel. Aujourd’hui, seulement 13 % des adultes et 19 % des enfants atteignent les recommandations du Programme national nutrition santé (PNSS), à savoir consommer au moins cinq portions de fruits et légumes par jour, selon l’étude Nutrimétrie 2025. De même, elle demande l’extension du Nutri-Score à l’ensemble des fruits et légumes frais, une demande régulièrement adressée aux pouvoirs publics, qui se montreraient favorables selon Interfel. Pourtant, les indicateurs 2025 sont orientés à la hausse, selon le baromètre 2025 de la consommation, publié chaque année au moment du Sia. Les achats de fruits et légumes frais ont progressé de 3 % en volume par rapport à 2024, avec un début d’année « extrêmement dynamique et une remontée en gamme », selon M. Sauvaitre. Les dépenses ont augmenté de 5 %, sous l’effet de la hausse de la consommation et d’un prix moyen en hausse d’environ 2 %. La consommation reste toutefois portée par les seniors, qui représentent 40 % des volumes pour 28 % de la population, tandis que celle des moins de 35 sans enfant a reculé de 2 %.
Légumes : Prince de Bretagne va adopter le CO₂ biogénique pour ses serres
À l’occasion du Salon de l’agriculture le 24 février, l’AOP Cerafel (Prince de Bretagne) et l’énergéticien Engie ont signé un partenariat pour créer une filière locale de valorisation du CO2 biogénique issu de la méthanisation agricole. Dès cette année, deux unités de méthanisation opérées par Engie et situées à Pontivy (Morbihan) et Saint-Brieuc (Côtes d’Armor) fourniront plusieurs milliers de tonnes de CO₂ « bio » à une dizaine de coopérateurs serristes. Ce partenariat s’appuie sur une technologie innovante qui permet de récupérer directement le CO2 biogénique sur les unités de méthanisation grâce à des équipements spécifiques de captation et de purification. Pour piloter ce dispositif collectif, les maraîchers et le Cerafel ont créé une entité dédié, la SAS Cerafel Dynamic Avenir qui portera les contrats, centralisera la logistique et répartira les coûts entre les exploitations. « Important pour le développement des cultures sous-abris, le CO2 est confronté à la rareté et à l'instabilité de son prix. », précise président du Cerafel. « Ce partenariat permet de développer au sein de la coopérative l’utilisation du bio CO2 issu de la méthanisation. Il répond aux enjeux de transitions auxquelles font face les maraîchers Prince de Bretagne et aux ambitions fixées en matière de RSE ».
Banane : la filière française appelle à sécuriser les aides Posei
Alors que le futur cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034 est en cours d’élaboration au niveau européen, la filière française de la banane a appelé, le 24 février au Salon de l’agriculture au maintien et au renforcement du programme Posei. La filière souhaite qu’il demeure un instrument autonome, doté d’une ligne budgétaire spécifique au-delà de 2027. Elle souhaite également une revalorisation de l’enveloppe afin de « tenir compte de l’inflation et de l’augmentation des coûts de production », alors que les moyens n’ont pas été revus depuis 2011. En juillet dernier, la Commission européenne avait proposé la création d’un fonds unique, qui aurait fait disparaître les instruments spécifiques dédiés aux régions ultrapériphériques, au premier rang desquels le règlement Posei, « pilier de la Pac dans les outre-mer depuis trois décennies », selon l’Union des groupements des producteurs de bananes de Guadeloupe et de Martinique (UGPBan). Pour la filière, cet outil constitue pourtant « un enjeu politique majeur » afin de garantir la stabilité économique et sociale des régions ultrapériphériques, d’éviter un décrochage irréversible des filières et d’assurer une visibilité pluriannuelle indispensable aux investissements agricoles et agro-alimentaires. « Si la filière venait à disparaître, ce serait un choc social majeur », prévient l’UGPBan.
Banane : la filière française mise sur les drones et les NGT pour maîtriser la cercosporiose
Confrontée à la cercosporiose noire, la filière française de la banane place ses espoirs dans deux axes d’innovation, à savoir le recours aux drones et les nouvelles techniques génomiques, a indiqué l’Union des groupements des producteurs de bananes de Guadeloupe et de Martinique (UGPBan) lors du Salon de l’agriculture le 24 février. « Nous ne sommes pas dans le même monde que ceux qui disposent de tous les moyens pour lutter contre la cercosporiose noire », a souligné Philippe Aliane, directeur général chez des producteurs de Guadeloupe. Jean-Claude Marraud des Grottes, président de Banamart, a pour sa part évoqué la triple concurrence « sanitaire, économique et sociale » face aux producteurs d’Amérique latine et d’Afrique. Premier enjeu : l’utilisation de drones agricoles. Si la loi autorise leur usage en France depuis avril 2025, elle reste inapplicable faute de décrets. La filière redoute des textes trop restrictifs ou des autorisations limitées à un an non renouvelable, incompatibles avec des investissements estimés à dix millions d’euros, et met en garde les pouvoirs publics sur ce risque. Le deuxième axe concerne les NGT, en passe d’être autorisés au niveau européen. La filière estime qu’il faudra encore quatre à cinq ans après leur entrée en vigueur de ces nouvelles techniques pour « commencer à vraiment sortir la tête de l’eau ».
Cuivre/vin : l’Anses appelle la filière à œuvrer avec les firmes sur les AMM
L’Anses a indiqué avoir connaissance des actions en justice à son encontre quant au retrait de pesticides à base de cuivre, le 24 février au Salon de l’agriculture. « Le contentieux, il existe, moi j’attends que le juge nous dise ce qu’il pense de tout ça », a déclaré Charlotte Grastilleur, directrice générale déléguée du pôle produits réglementés, en conférence de presse. Elle a rappelé que, suite à la décision de l’Anses de ne pas renouveler la moitié des autorisations de mises en marché (AMM) de pesticides à base de cuivre, en juillet, le seul usage orphelin concerne le houblon. « La vigne a des produits contre le mildiou, à base de cuivre », a assuré Charlotte Grastilleur. « Maintenant, côté filières on vient nous dire : "Oui mais moi, ce qu’il y a dans les AMM, ça m’arrange pas du tout, parce que je ne voulais pas cette dose-là, et puis je ne voulais pas cette fréquence d’application. Moi, j’en mets beaucoup moins, mais j’aimerais en mettre beaucoup plus parce que quand il pleut (…) il faut répéter les applications". Je réponds : Mais est-ce que c’était dans les dossiers qui nous ont été déposés ?? Pas du tout. Donc, le travail se poursuit pour que les besoins des filières et les pratiques de terrain soient pris en considération par les demandeurs que sont les firmes, et que si elles le peuvent, si elles le souhaitent, si elles ont les études et les données, elles demandent des modifications pour qu’on prenne en compte notamment ces modalités d’application complémentaires ».
Pesticides, cadmium : l’Anses détaille le contenu de ses travaux en finalisation
En conférence de presse le 24 février, l’Anses a détaillé ses prochaines échéances concernant les autorisations de pesticides et le cadmium. Sur les pesticides, l’agence sanitaire prépare avec le ministère de l’Agriculture un « plan d’action » pour améliorer les protocoles d’autorisation de mise en marché (AMM) de pesticides afin de prendre en compte les espèces non-cibles. Ce plan, requis par la Cour d’appel de Paris dans un arrêt le 3 septembre, doit être remis à cette dernière d’ici le 3 mars. « On a beaucoup axé notre réflexion sur les pollinisateurs », a indiqué Charlotte Grastilleur, directrice générale déléguée du pôle Produits réglementés. « La prescription de l’arrêt de tenir compte de la "science à jour", elle est à la fois très bonne mais très compliquée à gérer dans un univers où on évolue avec des produits qui sont harmonisés », a-t-elle ajouté, estimant qu’il faut aussi « se donner un diapason européen ». Concernant le cadmium, l’avis de l’Anses visant à réduire l’imprégnation de la population sera présenté « la deuxième quinzaine de mars » selon Matthieu Schuler, directeur général délégué du pôle Sciences pour l'expertise. « On a vraiment examiné les leviers d’actions sur lesquels il faut agir et à quelle vitesse », a-t-il détaillé. Parmi ces leviers : les fertilisants riches en cadmium, les variétés « moins extractives » de cadmium et les limites maximales de résidus (LMR) dans les denrées.
Influenza aviaire : après la France, le nord de l’Italie se lance dans la vaccination
La Vénétie sera la première région d’Italie à réaliser en 2026-2027 le projet national de vaccination des dindes et poules pondeuses, qui devrait s’étendre ultérieurement à la Lombardie et à l’Emilie-Romagne, a rapporté le 5 février la revue Informatore zootecnico. D’après la présentation de la campagne vaccinale par les autorités régionales au salon agricole de Vérone (du 4 au 7 février) sur l’espace de Copagri (syndicat), 4 millions et environ 10 millions de doses devront vacciner respectivement 136 élevages de dindes et 64 élevages de poules. Ces élevages sont majoritairement situés dans la province très concentrée de Vérone, qui fera d’ailleurs l’objet d’un plan de maîtrise de la densité des élevages. La Vénétie a été relativement peu touchée en 2025-2026, ne comptant à date que 12 foyers sur les 54 dans la Botte. Mais elle a compté depuis 2020 316 foyers sur 477 au niveau national, ce qui lui a coûté 240 millions d’euros en indemnités. Cette région de la plaine du Pô, fréquentée par les oiseau migrateurs, compte au total 2 506 élevages avicoles, d’après la présentation. La vaccination sera aussi « un outil de protection économique et sociale », selon les mots du conseiller agricole régional.
Influenza aviaire : Genevard annonce des avances pour pertes économiques en 2025-2026
La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a annoncé, dans un communiqué le 24 février l’ouverture « d’ici début avril » du guichet d’indemnisations pour pertes économiques à l’intention des aviculteurs affectés par l’influenza aviaire de 2025-2026, ainsi qu’un dispositif d’avance. Les éleveurs concernés sont ceux des zones réglementées ayant eu des pertes en raison des interdictions de mise en place et de mouvements de volailles. La ministre a précisé que ces manques à gagner induits par les vides sanitaires prolongés pourront être indemnisés à hauteur de 90 %. « Sans attendre la fin de l’épizootie, il est essentiel d’apporter un soutien économique aux éleveurs concernés par les mesures sanitaires de lutte », a-t-elle justifié, en réponse à la demande pressante des éleveurs. Elle n’a cependant pas précisé si l’acompte pourrait représenter 80% de l’indemnisation, comme le demandaient la CFA (aviculteurs) et la FN Foie gras dans leur communiqué du 19 février. Les éleveurs concernés pourront déposer une demande d’avance d’ici début avril, via un téléservice géré par FranceAgriMer, précise le communiqué. Ce guichet succède au déploiement du dispositif d’indemnisation sanitaire.
Porc/PPA : 158 M€, la note salée de l’éradication dans le Land allemand du Brandebourg
A l'occasion d'une conférence de l’Anses sur la peste porcine africaine (PPA), le 24 février, la conseillère agricole à l'ambassade de France, Avril Gommard, a mis en avant les 157,8 millions d’euros déployés par le Land de Brandebourg (est de l’Allemagne) de 2020 à 2024 pour éradiquer la maladie chez les sangliers. En 2020 en effet, étaient lancées, à l’initiative du Land, d’importantes mesures de lutte en dehors des zones de restriction existantes, comprenant des dispositifs de clôture, de la chasse intensive à l’intérieur des clôtures et une d’importants moyens de recherche et de dépistage. La conseillère a souligné que les Länder ne bénéficient pas d’aide fédérale. Se sont ajoutés aux dépenses du Land une participation solidaire des Länder d’environ 6,45 millions d’euros et un cofinancement européen de 11,7 millions d’euros. La conseillère a mis en parallèle les aides d’Etat de soutien des éleveurs des zones de restriction (II et III) du Land, de 13,75 millions d’euros. Une information qui illustre la nécessité d’une détection précoce de la PPA dans la population sauvage. Cette maladie est désormais cantonnée à l’ouest, sous une faible incidence et sans aucun cas en élevage.
Loup : nouveau cadre et plafond rehaussé parus au JO, sans surprise
Comme attendu, deux arrêtés sont parus au Journal officiel le 24 février qui fixent le nouveau cadre de gestion du loup. L’arrêté n°4 fixe le plafond de destruction à 21 % de la population estimée, soit 227 loups sur un total de 1 082, selon un communiqué du gouvernement. Le préfet coordonnateur du Plan loup peut relever le plafond de deux points supplémentaires (à 248 individus) s’il est atteint en cours d’année. Quant à l’arrêté n°3, il fixe le nouveau cadre de la gestion du loup permis par le récent abaissement de son statut de protection. Principal changement : les éleveurs auront accès aux tirs de défense sur déclaration, et sans obligation de moyens de protection, alors qu’ils devaient auparavant demander des dérogations individuelles. Comme annoncé par la ministre de l’Agriculture le 16 février en Haute-Marne, le texte comprend des assouplissements supplémentaires par rapport à la version mise en consultation fin 2025. Il s’agit notamment de permettre le recours aux lieutenants de louveterie et à la brigade loup sans conditionnalité. Enfin, il est désormais possible de demander une dérogation pour des tirs de prélèvement avant le 1er juillet « en cas de circonstances exceptionnelles » (sauf pour la période de naissance des louveteaux, entre le 15 avril et le 15 juin).
Lait infantile : l’UE renforce les contrôles sur les importations chinoises
Suite au feu vert des États membres, la Commission européenne a adopté le 24 février un renforcement des contrôles sur les importations d’huile d’acide arachidonique en provenance de Chine, utilisée dans la fabrication des préparations pour nourrissons. Depuis le mois de décembre, des laits infantiles ont fait l’objet de rappel de produit dans sept pays européens (Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, France, Luxembourg et Royaume-Uni) après la détection de céréulide, une toxine produite par certaines souches de bactérie. Les enquêtes menées par les autorités compétentes des États membres concernés ont montré que la présence de cette toxine provenait de l’huile d’acide arachidonique fournie par un producteur basé en Chine. À compter du 26 février, chaque lot d’huile d’acide arachidonique en provenance de Chine devra, à son entrée dans l’UE, «être présenté aux postes de contrôle frontaliers des États membres, où il fera l’objet de contrôles documentaires et, dans 50% des cas, de contrôles physiques et d’identité». De plus, chaque envoi devra être accompagné des résultats d’analyses de laboratoire et d’un certificat officiel, délivré par la Chine, attestant que les résultats des prélèvements et des analyses démontrent l’absence de céréulide.
Lait : accord de la filière italienne sur un prix indicatif du lait spot (presse)
La filière italienne du lait s’est mise d’accord sur un prix indicatif du lait spot pour le premier trimestre 2026, à l’occasion d’une réunion au ministère italien de l’Agriculture le 9 décembre. Le prix du lait est fixé à 54 centimes d’euro le litre en janvier, 53 centimes en février et 52 en mars, selon le quotidien économique Il Sole 24 Ore. « L’accord prévoit également un ensemble d’aides à l’internationalisation et la mise au point d’un mécanisme destiné à éviter tout dépassement par rapport à la moyenne de production habituelle », précise l’article. Le prix du lait italien s’entend habituellement pour des taux de 37 g/l de TB et de 32,5 g/l de TP, note Réussir Lait. « Cet accord interroge en termes de droit de la concurrence. Mais il ne s’agit pas d’un prix fixé par le gouvernement italien, ni d’un accord interprofessionnel», note un observateur de l’agriculture italienne interrogé par Réussir Lait. Il s'agit plutôt d’un prix que l’on pourrait qualifier d’objectif ou d’indicatif. Cet accord intervient après une baisse rapide des cours du lait spot de 68,3 centimes le litre en juillet à 47,9 centimes en novembre provoquée par l’augmentation de la production de lait dans d’autres pays européens.
Lait de montagne : le Cniel et l’Anem demandent une « action politique forte »
Le Cniel (interprofession laitière) et l’Association nationale des élus de la montagne (Anem) ont signé le 24 février une convention de partenariat pour « renforcer la visibilité des territoires de montagne, leurs principaux enjeux et les solutions pour bâtir la pérennité de la filière lait de montagne ». A cette occasion, le Cniel a dévoilé une série de propositions adressées aux pouvoirs publics afin de « libérer l’énergie productrice des zones de montagnes », selon un document de synthèse rédigé sous l’égide de Stéphane Joandel, président du groupe de travail montagne du Cniel. Outre un « acte III » de la loi Montagne, le Cniel souhaite une fonction interministérielle dédié à la montagne, un observatoire national pour avoir des données de pilotage, des exonérations de cotisations sociales, la prise en charge des besoin de personnel pour se protéger de la prédation, un ciblage des aides à l’investissement par site et non par entreprise, un soutien financier aux investissements, la mise en place d’une « mention encadrée » pour le « produit de montagne » grâce à une démarche auprès de l’INAO et la prise en compte des produits de montagne dans les 30% de produits sous Siqo et durables exigés dans les cantines.
Lait : Savencia sort gagnant du bras de fer judiciaire avec Sunlait
L’association d’organisations de producteurs (AOP) Sunlait a indiqué le 24 février le rejet de son pourvoi en cassation dans le contentieux qui l’opposait à Savencia. « Suite au contentieux opposant Sunlait à Savencia depuis 2021, après un jugement en première instance du tribunal de Coutances en faveur de Sunlait le 30/08/2022 contredit par la cour d’appel de Caen le 5/12/2023, la Cour de cassation a finalement rejeté ce 18 février le pourvoi de Sunlait. L’arrêt de la Cour de cassation met ainsi fin définitivement à cette affaire », peut-on lire dans un communiqué. « Si elle ne permet pas de rejuger le contentieux, la démarche engagée par Sunlait auprès de la Cour de cassation, comme celles engagées auprès du CRDCA, permet d’éclairer la mise en oeuvre de la contractualisation et de la loi Egalim. Cela pourra servir à l’ensemble des producteurs et des Organisations de producteurs », souligne Sunlait. Pour rappel, la cour d’appel de Caen avait infirmé fin 2023 le jugement de première instance condamnant Savencia à verser plus de 26 millions d’euros aux producteurs de Sunlait, au titre de la différence entre le prix de base producteur issu de la formule contractuelle et le prix payé par l’industriel en 2020. L’AOP prenait acte de cette décision et regrettait alors « l’écart important » entre les deux jugements.
Lait : contrat tripartite Système U-Graindorge pour le camembert AOP
La fromagerie Graindorge, Système U et 24 éleveurs ont signé le 24 février un contrat tripartite pour confectionner le camembert de Normandie AOP au lait cru vendu sous la marque de distributeur U Saveurs. Ce contrat de filière, signé pour une durée de trois ans, comprend un engagement de volume minimum de 60 tonnes de lait pas an, soit 240 000 fromages, et une rémunération assortie de compléments de prix liés au cahier des charges plus exigeant que celui de l’AOP : +30 euros les 1000 litres pour un cheptel exclusivement en vaches de race normande (vs 50% dans le cahier des charges AOP), +19 euros pour les bons résultats sur le volet sanitaire et +15 euros pour l’alimentation sans OGM. Le prix de base du lait AOP acheté par Gaindorge est de 455 euros les 1000 litres pour 2026, indique la laiterie. Système U et Graindorge, basé à Livarot (Calvados), collaborent de longue date pour le camembert AOP, mais la fromagerie fabriquait jusqu’à maintenant dans le cadre d’un contrat classique de sous-traitance. Graindorge a été acquis par Lactalis en 2016 et représente un des plus importants fabricants de camembert de Normandie AOP, sachant que la fromagerie fabrique aussi sous sa marque les fromages AOP livarot, neufchatel et pont-l’évêque.
Lait : les éleveurs-coopérateurs étaient optimistes en 2025, interrogatifs pour 2026
L’état d’esprit des éleveurs laitiers adhérents de coopératives françaises s’est amélioré en 2025 par rapport à 2021, selon un sondage effectué à l’été 2025 pour La Coopération laitière, dévoilé le 24 février. 73% sont optimistes par rapport à leur coopérative (vs 52% en 2021), un taux qui grimpe à 95% chez les jeunes éleveurs (catégorie non questionnée en 2021). 82% des répondant recommandent le modèle coopératif comme cadre à l’exercice de leur activité. « Le contexte laitier explique en partie ce résultat car l’année 2025 a été favorable pour le prix du lait et pour les volumes », selon Pascal Le Brun, président de la Coopération laitière. En revanche, pour 2026, « cela risque d’être compliqué », selon lui, à cause des craintes engendrées par l’abondance de lait au niveau mondial qui pèse sur les cours, des négociations commerciales plus dures, des marchés rendus compliqués aux Etats-Unis et en Chine, voire fermés comme en Algérie et des risques sanitaires persistants en raison de la DNC et de la tuberculose. Pour améliorer la situation à l’export vers les pays tiers en cas de pathologies animales, les coopératives laitières souhaitent que les pays importateurs prennent en compte la dimension régionale au lieu de se fermer aux produits de tout un pays.
Nutrition animale : l'industrie aura besoin de plus de 150 M€ d'investissement ici 2030
Dans un communiqué du 23 février, le Snia (représentant la nutrition animale) a présenté les demandes de l’industrie dans le cadre des Conférences de la souveraineté alimentaire. Il a indiqué que le secteur devra investir plus de 150 M€ d'ici à 2030, afin d’améliorer la sécurité alimentaire nationale. Ces investissements permettront un accroissement de 1,2 % par an de la production d'aliments pour animaux, avec un objectif de 20,8 Mt en 2030, contre environ 19,6 Mt en 2025 (estimation encore provisoire). Problème : la faiblesse de la rentabilité actuelle de l'activité ne permet pas de tels efforts, nécessitant un soutien étatique, selon les professionnels. Ainsi, le Snia rappelle ses principales demandes, « basées sur le plan sectoriel de la nutrition animale, rédigé par l’ensemble du secteur en 2024 à la demande du ministère de l’Agriculture ». Parmi elles, citons des demandes de dérogations pour les livraisons d’aliments pour animaux lors des jours de restriction de circulation des camions, l’autorisation pour « les camions porteurs à circuler avec un poids total en charge de 35 tonnes », l’autorisation des 44 tonnes transfrontalier, « au moins pour les dessertes locales », ou encore l’instauration « d’un suramortissement pour les investissements reconnus en faveur de la souveraineté alimentaire ».
Méthanisation : une charte dans le Grand Est pour doubler la production
À l'occasion du Salon de l'agriculture le 23 février, la région Grand Est a annoncé la signature d'une charte avec les acteurs de la filière agricole (chambres d'agriculture, FNSEA, coopératives) « vers la méthanisation durable », soit une méthanisation qui se développera dans le temps. L'objectif est d'accompagner le développement du secteur, en doublant la production de biogaz issue du secteur agricole dans la région, afin d'atteindre les objectifs de la PPE 3. « En signant la charte, les agriculteurs s'éviteront des problèmes. Ils seront accompagnés dans leurs projets par diverses organisations, dont les chambres d'agriculture », explique Philippe Mangin, vice-président délégué à la bioéconomie. En d'autres termes, les autorités et d’autres organismes, comme les chambres d’agriculture, aideront les porteurs de projets à définir les gisements de matières premières entrantes, à sensibiliser les riverains sur l'intérêt de la méthanisation, à prévoir la logistique, etc. Philippe Mangin précise qu'une aide financière de la région sera accordée aux signataires pour la réalisation des études préalables nécessaires à l'implantation des projets. La production d'un guide pédagogique est également en discussion, afin d'informer les élus locaux sur les bénéfices de la méthanisation agricole, et de leur permettre de défendre les projets auprès des administrés, a-t-il ajouté.
Crédits carbone/bio : Milpa déploie un nouveau système plus rémunérateur, en ABC
Engagée en agriculture biologique de conservation des sols (ABC, ou agriculture bio régénérative), la société Milpa déploie une nouvelle forme de crédit carbone pour sécuriser le revenu des agriculteurs de son réseau. « Notre crédit carbone mesure-remesure peut rapporter à l’agriculteur 8 à 10 fois plus que les programmes carbone existants basés sur la modélisation (pratique déclarative) », confie son cofondateur Etienne de La Grandière (voir notre dossier dans le prochain Agra Hebdo). Le crédit carbone de Milpa est basé sur un système de mesure et remesure physique du carbone dans les champs, certifié selon « la méthodologie Verra VM0042, version V2.2 », précise le WWF. Cette nouveauté a été annoncée le 5 novembre dans le cadre du lancement des Crédits du vivant, dont la commercialisation est assurée par l’ONG. Au-delà de la brique carbone, les Crédits du vivant sont composés d’une brique crédit biodiversité de mesure et remesure de la vie dans les sols, garantie par le WWF avec l’agence de mesure d’impact environnemental Genesis. La troisième brique des Crédits du vivant est le maintien ou la conversion en bio, pendant six ans au minimum. Pour l’heure, La Poste s’est engagée comme financeur, selon le WWF. Créée en 2023 près de Tours, la société Milpa accompagne la mise en œuvre de l’ABC dans 48 exploitations en grandes cultures situées dans toute la France (6 740 ha), des chiffres qui devraient doubler en 2027, selon Etienne de La Grandière.
Agritourisme : l’inscription dans le code rural proposée par la mission parlementaire
Le député Anthony Brosse a dévoilé le 24 février les propositions phares de la mission parlementaire sur l’agritourisme, dont le rapport est attendu au « tout début mars ». L’une d’elles vise à « définir ce qu’est l’agritourisme ». « Il faut l’inscrire dans la loi », à savoir « dans le code rural », selon lui. « C’est important de se dire que l’agritourisme, c’est de l’agriculture. » Le modèle est l’Italie, où plusieurs lois favorisent le développement du secteur. Dans le rapport, « il y aura certainement un volet fiscalité », a poursuivi le député. L’idée est de proposer des allègements d’impôt pour les investissements dans l’agritourisme. Une autre proposition est de simplifier le code de l’urbanisme, vu comme « l’un des principaux freins » à l’activité. « Des normes trop contraignantes pour les exploitations agricoles » sont identifiées en matière d’accueil du public, d’accessibilité. Le gouvernement avait lancé le 24 juillet cette mission parlementaire sur l’agritourisme, pour développer à terme « une véritable stratégie de filière ». Cela passe par un « état des lieux de ce secteur en France, enrichi d'éléments de comparaison internationale, avec nos principaux voisins européens, singulièrement le modèle italien ». Il s'agit aussi « d'identifier les freins et leviers urbanistiques, sociaux ou encore réglementaires en France » pour développer le secteur.
Foncier : le fonds de portage Elan vers un démarrage « au printemps »
Elan Terres agricoles, le fonds de portage créé par la FNSafer et Citizen Capital, vise un démarrage « au printemps », selon ses promoteurs. « On a validé les quatre premiers dossiers », a déclaré le 24 février sa présidente Laurence Méhaignerie, se disant « prêt à financer une centaine d’installations dans les prochaines années ». 17 projets sont déjà remontés dans les Safer, qui espèrent de « premiers contrats signés au printemps ». Elan est doté de quelque 40 M€, dont près de la moitié venant du dispositif Entrepreneurs du vivant (Etat) et de la Banque et des territoires, l’autre partie des banques (10 M du Crédit Agricole et 10 M du Crédit Mutuel) et de la FNSafer (2 M). L’objectif est d’atteindre 65 M€, en s'ouvrant au financement par les particuliers et l’assurance vie, indiquait la FNSafer au lancement il y a un an. Elan se présente comme un fonds de portage foncier sur le long terme (30 ans), avec un ticket de 100 000 € à 600 000 €. Sa vocation est de « faciliter l’installation » et d’« accélérer la transition agroécologique ». Une charte formalise les engagements pris par l'agriculteur. Le fonds propose également un diagnostic agroécologique réalisé par un organisme tiers, afin de suivre l’amélioration des pratiques.