Agrafil du 27 octobre 2022

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Eau: Bruxelles propose de surveiller 24 nouvelles molécules dont le glyphosate

La Commission européenne a présenté le 26 octobre un paquet législatif visant à renforcer la protection de la qualité de l’air et de l’eau en Europe qui prévoit notamment une révision de la liste des polluants des eaux souterraines et des eaux de surface. Bruxelles propose que 24 molécules soient ajoutées à cette liste dont le glyphosate, plusieurs néonicotinoïdes (imidaclopride, thiaméthoxame, clothianidine...) ou encore la perméthrine et le nicosulfuron. Actuellement cette liste est composée de 53 substances, principalement des pesticides, des produits chimiques industriels et des métaux pour les eaux de surface, ainsi que des nitrates et des pesticides pour les eaux souterraines. Bruxelles souhaite que les Etats membres contrôlent plus strictement l’ensemble de ces molécules avec des seuils contraignants. La Commission vise par ailleurs un traitement plus efficace et plus rentable des eaux urbaines résiduaires, en imposant la récupération de nutriments contenus dans les boues (azote et phosphate notamment) pour favoriser leur utilisation pour la fabrication d'engrais. Ces propositions vont maintenant être examinées par le Parlement européen et le Conseil. Une fois adoptées, elles prendront effet progressivement, avec des objectifs pour 2030, 2040 et 2050.

Influenza aviaire: 36 cas en France, progression inquiétante dans les Pays de la Loire

Selon le dernier bilan du ministère de l’Agriculture au 25 octobre, la France compte désormais 36 foyers d’influenza aviaire en élevage, contre 25 une semaine plus tôt. Une progression particulièrement inquiétante en Pays de la Loire, avec sept foyers en Vendée (+3 en une semaine), sept dans le Maine-et-Loire (+2) et trois dans la Sarthe (+2). Facteur aggravant: plusieurs de ces foyers sont apparus près des premiers cas observés, ce qui pourrait laisser craindre une diffusion de la maladie. La carte de nos confrères de Réussir Volailles montre ainsi des cas groupés autour notamment de Saint-Fulgent (Vendée) ou de Malicorne (Sarthe). En Vendée, épicentre de la précédente vague printanière d’influenza, «ce sont près de 83 500 oiseaux qui ont été touchés dans des élevages confinés» (trois élevages de dindes et quatre de canards), indique la préfecture dans un communiqué le 24 octobre. «Ces foyers ont été détectés grâce à la surveillance renforcée effectuée au quotidien par les éleveurs et par tous les acteurs de la filière», notent les autorités. Alors que l’influenza aviaire montre des signes d’endémisation sur le territoire français, sa progression est beaucoup plus précoce que l’année dernière: le premier cas en élevage avait été observé le 27 novembre, et l’Hexagone comptait 16 foyers au 23 décembre 2021.

Numérique: McKinsey installe un «demo center agricole» sur le campus Hectar

Créé par Audrey Bourolleau avec le soutien de Xavier Niel, le campus de formation et d'accélération de start-up agricoles Hectar vient de conclure un partenariat avec la filiale française du cabinet de conseil américain McKinsey, ont appris nos confrères des Echos le 26 octobre. Le leader mondial du conseil vient d’ouvrir un «demo center agricole» sur le campus, précise Julien Revellat, directeur associé chez McKinsey à Agra Presse: «Nous y accueillons des entreprises de l’agroalimentaire, des investisseurs et assureurs dans le secteur agroalimentaire plus global». La visite d'une «trentaine d’entreprises» est prévue «d’ici les prochaines semaines». Concrètement, McKinsey proposera un «simulateur d’agriculture régénérative», «un atelier, une véritable approche immersive qui s’adresse à tous les acteurs du secteur agroalimentaire en réflexion et recherche de solutions sur la transition agricole et l’impact carbone en particulier». Le programme propose des scénarios de transition vers «l'agriculture régénératrice» et «l’impact environnemental des choix effectués (carbone, biodiversité, eau), économique (investissements, rendements, valeur ajoutée) et aussi humain (compétences, modèles économiques)». Selon les Echos, une première version serait disponible pour le blé, et une déclinaison serait en cours «pour le lait et les légumes».

Nouvelles technologies: cinq nouveaux «signaux faibles» pour l'agriculture (rapport)

Dans son troisième rapport annuel sur les innovations émergentes publié fin août, le centre de recherche de la Commission européenne (JRC) a identifié cinq nouveaux «signaux faibles» pour l'agriculture: l'agrivoltaïsme (voir notre dossier en 2020), qui fait l'objet de nombreuses expérimentations en France, et devrait être encadré dans le projet de loi sur l'Accélération des énergies renouvelables (AER); les nouvelles techniques de gazéification de biomasse par «boucles chimiques» (chemical looping); l'usage des nanotechnologies en agriculture (voir nos articles en 2017 et 2018), pour élaborer des engrais, pesticides ou des capteurs en champs; l'usage des nanotechnologies pour les fertilisants, qui est identifié comme une nouvelle technologie à part entière; et enfin l'usage de plasma dans le traitement des semences pour améliorer la germination. Dans son premier rapport (voir notre article) paru en 2019, le JRC avait identifié quatorze «innovations de rupture», dont l’agriculture verticale robotisée, la photosynthèse artificielle, l’impression 3D des aliments ou encore les capteurs biodégradables. La seconde édition du rapport ne contenait pas de travail particulier sur l'agriculture.

Miel: la production rebondit en 2022, à 30 000 tonnes (Interapi)

Après une récolte 2021 catastrophique, la production de miel rebondit en 2022, à 30 572 t (+54% en un an), retrouvant presque son niveau de 2020, indique Interapi (interprofession apicole) dans un communiqué le 26 octobre. «Environ un tiers du miel» est produit en apiculture biologique, apprend-on aussi dans l’enquête menée auprès des apiculteurs français en partenariat avec les ADA (associations de développement apicole) et l’Itsap (institut technique). Dans le détail, «les miellées les plus produites sont celles de printemps, qui a été très favorable à la production»: acacia (4931 t), colza (3786 t) et fleurs de printemps (3783 t). Ce n’est pas le cas pour celles de sapin (485 t) et de tilleul (660 t). L’été, en revanche, a été «très défavorable» pour toute la France en raison de la sécheresse et des canicules. L’estimation d’Interapi est beaucoup plus favorable que celle de l’Unaf, qui table sur une récolte «entre 12 000 t et 14 000 t». Point commun entre les deux prévisions: la «très forte disparité de production entre les régions», selon Interapi. Globalement, le sud de la France (Corse, Paca, Occitanie) a «connu des conditions climatiques défavorables», tandis que la Bourgogne-Franche-Comté, les Hauts-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes ont «enregistré les plus importantes hausses».

Gestion de l'eau : la CR estime que le gouvernement entretient la «confusion»

Dans une lettre ouverte envoyée le 25 octobre au ministre de l’Intérieur et au ministre de l’Agriculture, Bernard Lannes, président de la Coordination rurale (CR) estime que le gouvernement entretient la «confusion» concernant sa position sur les politiques de gestion de l’eau. La CR fait notamment référence à l’article «Origine et gestion de la sécheresse» publié par le ministère de la Transition écologique sur son site internet le 5 août, qui a fait «naître la confusion sur les quantités d’eau utilisées en agriculture », participant ainsi «à la mise en accusation de l’agriculture». Aussi la CR demande au gouvernement de prendre question plus clairement sur le «droit d’irriguer dans les années à venir» en France» et de mettre en place «des mesures nécessaires de protection du site de Sainte-Soline», dans les Deux-Sèvres. Une manifestation y était prévue le week-end du 29 et 30 octobre - finalement interdite par la préfecture - à l’appel d’opposants au chantier de construction d’une réserve d’eau de substitution pour l’irrigation agricole, parmi lesquels la Confédération paysanne, Bassines Non Merci ou encore Soulèvements de la Terre. Ces derniers dénoncent «les effets délétères des bassines et du pompage accru dans les nappes – y compris en hiver – sur des réseaux hydrologiques extrêmement fragilisés et sur les milieux naturels qui en dépendent». De son côté, la CR estime que «l’indépendance alimentaire de la France ne se fera pas sans eau, quoi qu’en pensent [ses] accusateurs».

Gestion de l’eau : le collectif Bassines Non Merci se défend de «stigmatiser les agriculteurs»

Le 26 octobre, le collectif Bassines Non Merci (BNM) a transmis à Agra presse une réaction à la lettre ouverte envoyée la veille par la Coordination rurale (CR) au ministre de l’Intérieur et au ministre de l’Agriculture (voir ci-dessus). Pour rappel, la CR estime que le ministère de la Transition écologique a participé «à la mise en accusation de l’agriculture», à travers un article publié le 5 août 2022. Sa prise de parole intervient alors que se tiendra la manifestation le week-end du 29 et 30 octobre – interdite depuis par la préfecture des Deux-Sèvres – à Sainte Soline à l’appel d’opposants au chantier de construction d’une réserve d’eau de substitution pour l’irrigation agricole, parmi lesquels BNM. Selon la Coordination rurale, l’action à venir présage de la «vandalisation» et de la «violence», là où les opposants évoquent une manifestation festive et familiale. «Loin de viser les irrigants en général, nous visons le système agro-industriel qui n’assure pas notre souveraineté alimentaire», soutient le collectif. Et d’ajouter que le mouvement n’a pas pour «objectif de stigmatiser les agriculteurs». Elle rappelle par ailleurs ne pas être «contre l'irrigation» mais considérer qu’il faut «réfléchir» aux cultures à qui «destiner l'eau devenue si précieuse».

Spiritueux : les fabricants appellent à « bloquer la spirale inflationniste »

Confrontée à une forte hausse de leurs coûts de production, la filière des spiritueux appelle à «bloquer la spirale inflationniste», a indiqué le 26 octobre la FFS (producteurs et distributeurs). «Il est urgent de bloquer la spirale inflationniste, de veiller à une meilleure prise en compte par nos clients de la hausse simultanée de nos coûts, et d’accompagner l’investissement industriel au service de la sobriété énergétique», déclare le président Jean-Pierre Cointreau, dans un communiqué. Selon la FFS, le prix des matières agricoles comme «celui du sucre ou de l’éthanol ont déjà doublé depuis le début de l’année», quand le verre affiche «jusqu’à +60%», et les coûts du transport et de l’énergie atteignent «des niveaux records». Des difficultés d’approvisionnement existent pour les matières humides (ingrédients, matières premières…) et sèches (bouteilles en verre, étiquettes…). «Les clients continuent cependant d’appliquer des pénalités logistiques et répercutent difficilement les hausses de coûts de production», déplore la fédération. Par ailleurs, la filière redoute des coupures d’énergie cet hiver «en particulier pour les productions saisonnières, dont la distillation ne peut être reportée à une période ultérieure».

Gel 2021: une seconde vague de prise en charge de cotisations ouverte jusqu’au 15 novembre

Les agriculteurs victimes du gel d’avril 2021 qui souhaitent bénéficier d’une prise en charge de cotisations sociales (PEC) au titre du régime des minimis agricoles doivent remplir un formulaire d’attestation sur l’honneur, annonce la MSA dans un communiqué le 26 octobre. Les intéressés doivent renvoyer ce formulaire «au plus tard le 15 novembre» à leur caisse locale de MSA. Une notice explicative a été mise en ligne pour aider au remplissage du document. Ce dispositif de PEC adossé au régime des minimis s’adresse aux agriculteurs qui n’ont pu bénéficier du dispositif initial de PEC gel approuvé par Bruxelles le 24 février («Aide d’Etat SA 100730»), comme l’explique une instruction du ministère de l’Agriculture datant du 8 août. Peuvent envoyer une attestation sur l’honneur les exploitants ayant été déclarés inéligibles au dispositif initial de PEC gel pour un, ou plusieurs des motifs suivants: le taux de perte de production dû au gel était «compris entre 20 et 30%»; le demandeur n’a pas été indemnisé par le régime des calamités, ou via un complément d’indemnisation pour les productions assurées, ou par un autre dispositif d’aide local.

Erratum sur le PTRA des camions de la filière betterave

Contrairement à ce qui a été indiqué par erreur dans la précédente édition d'Agrafil, le gouvernement a autorisé une seconde expérimentation pour faire rouler des véhicules de transport routier de betteraves «jusqu'à 48 tonnes» et non «de plus de 48 tonnes». Thierry Gokelaere est par ailleurs directeur et non président de l'interprofession de la betterave à sucre.