Engrais: Bruxelles propose plusieurs pistes pour juguler l’envolée des prix
Pour garantir l’accessibilité des engrais dans le contexte de la guerre en Ukraine, la Commission européenne appelle les États membres à garantir l'accès continu au gaz naturel pour les producteurs d'engrais en cas de rationnement, au moyen de leurs plans d'urgence nationaux. Une piste incluse dans une première version de sa stratégie sur les engrais attendue le 9 novembre, à laquelle Agra Europe a eu accès le 30 octobre. Bruxelles encourage les Vingt-sept à utiliser le cadre temporaire de crise modifié sur les aides d'État (lire ci-dessous) afin de soutenir les agriculteurs et les producteurs d'engrais, en s'appuyant entre autres sur les prélèvements exceptionnels et de solidarité ou les fonds de cohésion et de relance. La Commission examinera aussi avec les États membres de nouvelles mesures de soutien exceptionnelles financées par la réserve de crise agricole. Par ailleurs, l’exécutif européen veillera également à ce que les plans stratégiques de la Pac incitent les agriculteurs à utiliser les engrais de manière plus efficace en recourant notamment aux plans de gestion des nutriments, à l'agriculture de précision, à l'agriculture biologique, ou encore à l'utilisation de légumineuses dans les rotations. Enfin, la Commission encouragera des mesures visant à assurer l'autonomie stratégique en matière d'engrais, telles qu’un meilleur accès aux engrais organiques et aux nutriments provenant de flux de déchets recyclés ou encore le soutien à la conversion de l'industrie européenne des engrais azotés à l'ammoniac vert.
Céréales ukrainiennes: pas de navire en mer Noire le 2 novembre après la suspension russe
Le Centre de coordination conjointe (JCC), chargé de l'accord international sur les exportations de céréales ukrainiennes en mer Noire, a annoncé le 1er novembre la suspension de tous les mouvements de cargos le lendemain. Avant cette annonce, trois cargos chargés de céréales avaient quitté les ports ukrainiens le 1er novembre, et une douzaine la veille. Lors d'un entretien téléphonique avec M. Erdogan le 1er novembre, Vladimir Poutine a jugé «nécessaire» d'obtenir de Kiev des «garanties réelles du strict respect des accords d'Istanbul, notamment que le corridor humanitaire ne sera pas utilisé à des fins militaires», a indiqué le Kremlin dans un communiqué. Lors d’une conférence de presse la veille, le président russe avait accusé Kiev d'avoir utilisé le couloir céréalier pour l'attaque qu'il lui impute et qui a justifié son retrait de l'accord. Moscou avait aussi mis en garde contre la poursuite «risquée» et même «dangereuse» de la navigation en Mer Noire sans son accord. Les incertitudes qui pèsent maintenant sur l'avenir de cet engagement ont provoqué un rebond des prix sur les marchés internationaux, la tonne de blé dépassant les 354 € sur Euronext en séance le 31 octobre. Dans ce contexte tendu, l’ONU et la Turquie se sont engagées à tenter tant bien que mal de prolonger l'accord au-delà du 19 novembre, date de son expiration.
Bassines: interdiction de manifester prolongée, les opposants quittent les lieux
La préfecture des Deux-Sèvres a prolongé jusqu'au 2 novembre l'interdiction de manifester autour de Sainte-Soline, où doit reprendre le chantier d'une retenue agricole contestée, théâtre d'une manifestation et d'affrontements le 29 octobre (voir l'Agrafil du 31 octobre). Après un rassemblement de plusieurs milliers de personnes le week-end dernier, quelque 300 opposants occupaient encore, le 31 octobre au matin, un champ prêté dans les environs par un agriculteur opposé à ce projet dédié à l'irrigation, d'après l'AFP. Mais des chapiteaux installés pour la manifestation ont été démontés dans la journée de lundi sur ce terrain, où il ne restait plus dans la soirée qu'une cinquantaine de personnes selon la préfecture, ainsi que deux tours de guet en bois édifiées la veille par des manifestants. Selon le mouvement des Soulèvements de la Terre, membre du collectif «Bassines, non merci», organisateur du rassemblement, des opposants comptent retourner sur le chantier mercredi 2 novembre matin, où les travaux doivent reprendre. Dimanche soir, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait annoncé le maintien de «plus de 1000 gendarmes» dans la zone, «autant qu'il faudra», pour empêcher «qu'aucune ZAD ne s'installe».
Aides d’État: Bruxelles prolonge le cadre temporaire de crise jusqu’à décembre 2023
Pour faire face aux conséquences de l’envolée des prix de l’énergie dans le contexte de la guerre en Ukraine, la Commission européenne a décidé le 28 octobre de prolonger d’un an, jusqu’au 31 décembre 2023, le cadre temporaire de crise sur les aides d’État. Cette révision «donne aux États membres plus de souplesse pour mettre en place des régimes de soutien adaptés, en continuant à encourager la transition écologique, tout en maintenant des garde-fous pour que les aides restent ciblées et proportionnées», a assuré la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager. Le soutien des États pourra désormais atteindre jusqu'à 250 000 € (montant brut) par entreprise exerçant dans le domaine de la production primaire de produits agricoles. L’aide pourra être octroyée sous forme de subventions directes, d’avantages fiscaux et d’avantages en matière de paiements, ou sous d’autres formes (telles que des avances remboursables, des garanties, des prêts et des fonds propres), à condition que la valeur nominale totale de ces mesures n’excède pas le plafond global de 250 000 € par entreprise, précise Bruxelles. Avant d’ajouter que ces aides dans le secteur agricole ne sont pas fixées sur la base du prix ou de la quantité des produits mis sur le marché. Lors du Conseil agriculture du 26 septembre, les ministres de l’Agriculture de l’UE avaient, pratiquement à l’unanimité, appelé l’exécutif européen à prolonger d’un an le cadre temporaire de crise sur les aides d’État.
Ours: le Conseil d’État invalide les tirs d’effarouchement dans les Pyrénées
Le Conseil d’État a invalidé, le 31 octobre, la possibilité de recourir à des tirs non létaux pour effrayer les ours bruns des Pyrénées, rapportent nos confrères de l’AFP. La plus haute juridiction administrative estime que cette méthode n’est pas suffisamment encadrée pour les femelles gestantes et leurs oursons. Elle annule par conséquent l’article 4 de l’arrêté du 31 mai 2021 permettant la mise en place de mesures d’effarouchement de l’ours brun dans le massif à titre expérimental, afin de «prévenir les dommages aux troupeaux». Les dispositions «ne permettent pas de s'assurer» que «les dérogations susceptibles d'être accordées sur ce fondement par le préfet ne portent pas atteinte au maintien des populations concernées dans leur aire de répartition naturelle et ne compromettent pas l'amélioration de l'état de l'espèce», estime le Conseil d’État dans sa décision. La justice avait été saisie par plusieurs associations de défense des animaux pour faire annuler l’arrêté. Les requérants mettaient en avant le «principe de précaution», expliquant que les conséquences de ces tirs étaient insuffisamment documentés, notamment sur les femelles gestantes ou accompagnées de leurs oursons. Depuis le début de l’expérimentation des tirs d’effarouchement en 2019, plusieurs arrêtés ont été invalidés par la justice.
Influenza aviaire: un premier cas en élevage dans les Côtes-d’Armor
La préfecture des Côtes-d’Armor a confirmé le 27 octobre un foyer d’influenza aviaire hautement pathogène dans un élevage de dindes à Mérillac, à mi-chemin entre Rennes et Saint-Brieuc. Il s’agit du premier cas en élevage dans les Côtes-d’Armor. La préfecture a instauré une zone de protection (3 km) et de surveillance (10 km) autour du foyer; les mouvements d’animaux y sont interdits et la mise à l’abri des volailles y est obligatoire. La Bretagne, première région avicole française, compte aussi des cas en élevage en Ille-et-Vilaine (3) et dans le Morbihan (3). Au niveau national, le dernier bilan du ministère de l’Agriculture faisait état de 41 cas en élevages au 28 octobre. Plus des deux tiers des foyers se trouvent dans les Pays de la Loire et en Bretagne, deux régions où les pouvoirs publics ont décrété la mise à l’abri des volailles. Au printemps, lors de la deuxième vague d’influenza aviaire de l’épisode 2021-2022, six cas en élevages avaient été observés en Bretagne, alors que les Pays de la Loire avaient été ravagés par la maladie. L’instauration d’un pare-feu (abattage préventif des canards) avait empêché la diffusion de l’épizootie entre les deux régions.
Influenza aviaire: l’Angleterre met ses volailles à l’abri à partir du 7 novembre
Face à la multiplication des foyers d’influenza aviaire, le gouvernement britannique mettra en place, à partir du 7 novembre, des «mesures de confinement obligatoire pour toutes les volailles et tous les oiseaux captifs» dans l’ensemble de l’Angleterre, annonce le département de l’Environnement, de l’alimentation et des affaires rurales (Defra) dans un communiqué le 31 octobre. Les pouvoirs publics étendent à l’ensemble de l’Angleterre les mesures de claustration «déjà en place dans les zones sensibles du Suffolk, du Norfolk et de certaines parties de l’Essex». Une mesure qui intervient à la suite de l’augmentation du niveau de risque national d’influenza aviaire en faune sauvage à «très élevé», rappelle le communiqué. «Le confinement seul ne suffira pas à protéger les oiseaux», prévient toutefois le Defra, appelant tous les détenteurs à respecter les mesures de biosécurité renforcées mises en place le 17 octobre. «Nous voyons une augmentation rapide du nombre de cas dans les élevages commerciaux et dans les basses-cours à travers l’Angleterre», constate Christine Middlemiss, la chef des services vétérinaires (CVO) du Royaume-Uni, citée dans le communiqué. Le pays compte 70 foyers depuis début octobre (et plus de 200 cas confirmés depuis octobre 2021), ce qui fait de l’épizootie en cours «la plus importante» de son histoire.
Influenza aviaire: la surveillance élargie aux élevages à partir de 250 volailles (JO)
Un arrêté paru au Journal officiel le 29 octobre élargit la surveillance liée à l’influenza aviaire (avec déclaration obligatoire en cas de suspicion) aux élevages de 250 volailles, contre 1000 précédemment. Le texte modifie également les «critères d’alerte» qui «font immédiatement l’objet d’une déclaration au vétérinaire sanitaire». Les trois nouveaux critères sont: une «multiplication par trois de la mortalité quotidienne normale»; une «baisse de la consommation quotidienne d’eau ou d’aliment de plus de 25%»; et enfin «toute chute de ponte de plus de 15% sur une journée ou de plus de 5% par jour pendant trois jours consécutifs». Par ailleurs, en cas de risque «modéré», cet arrêté étend aux ZRD («zones à risque de diffusion», bassins d’élevage les plus denses) les mesures de biosécurité renforcées déjà appliquées dans les ZRP («zones à risque particulier», zones humides propices aux oiseaux migrateurs). Parmi ces mesures figure notamment l’obligation de mise à l’abri des volailles. Enfin, le texte permet le transport et le lâcher des gibiers à plumes (après analyse clinique et dépistage sérologique) en cas de risque «modéré» ou «élevé», alors qu’ils étaient auparavant interdits.
Déforestation: après la victoire de Lula, la Norvège de nouveau prête à aider le Brésil
Au lendemain de la victoire de Luiz Inácio Lula da Silva à l’élection présidentielle brésilienne, la Norvège s’est déclarée prête à reprendre son aide financière pour la protection de la forêt amazonienne, suspendue sous la présidence de Jair Bolsonaro en raison de la politique d’extrême-droite de ce dernier. Le pays est le plus gros contributeur au Fonds de préservation de la forêt amazonienne qu’il a financé à hauteur de 1,2 Mrd de dollars depuis sa création en 2008. Ce fonds fonctionne selon le principe «argent contre forêts»: les aides annuelles versées au Brésil fluctuent en fonction des résultats obtenus dans la lutte contre la déforestation. Oslo et Berlin – deuxième plus gros contributeur – avaient gelé leurs versements en 2019 pour montrer leur désaccord avec la politique de Jair Bolsonaro. Pendant son mandat, la disparition de la forêt vierge, liée à des incendies et à de la déforestation volontaire, a augmenté de 75% par rapport à la décennie précédente. Élu à une courte majorité, Lula prendra ses fonctions en janvier. Il a donné des signaux positifs pendant sa campagne, assurant que son pays était «prêt à jouer à nouveau les premiers rôles dans la lutte contre le changement climatique». «Le Brésil et la planète ont besoin d'une Amazonie en vie», a-t-il martelé.
Sécheresse: dix-neuf nouvelles dérogations pour des produits labellisés
Fromages, haricots, viande d'agneau: 19 produits* sous label d’origine ou de qualité (AOP, IGP, Label rouge) ont obtenu des modifications temporaires de leurs cahiers des charges en raison des conséquences de la sécheresse sur la production, via des arrêtés successifs parus au Journal officiel les 28, 29 et 30 octobre. Pour les 15 produits laitiers sous AOP concernés (fromages et beurre), les dérogations portent sur l’alimentation des troupeaux: abaissement du minimum de jours de pâturage, relèvement du taux maximum d’apport de fourrages extérieurs à l’aire géographique, relèvement du taux maximum d’apport d’aliments complémentaires, etc. Des dispositions qui courent jusqu’au printemps 2023, période de mise à l'herbe des troupeaux. En viande, l’âge maximum d’abattage des agneaux Label rouge et des agneaux du Quercy (IGP) est relevé de 150 à 160 jours. Deux productions de haricots Label rouge sont concernées par les dérogations dans les Hauts-de-France: le lingot et le flageolet vert. Les arrêtés rallongent la date de durabilité minimale (DDM) de 18 à 24 mois après la récolte, ce qui permettra de compter sur la campagne de 2021 pour pallier le déficit de cette année.
*Abondance, beaufort, reblochon, fourme de Montbrison, laguiole, salers, beurre Charentes-Poitou, tome des Bauges, cantal, bleu d’Auvergne, bleu des Causses, brocciu corse, fourme d’Ambert, munster, rigotte de Condrieu, agneau Label rouge, agneau du Quercy, lingot, flageolet vert.
Presse agricole: Réussir lance la «première revue technique nationale» sur l’apiculture
Le groupe Réussir et le réseau ADA France (Associations de développement de l’apiculture) lancent le 2 novembre Réussir Apiculture, «la première revue technique apicole nationale dédiée aux apicultrices et apiculteurs professionnels», d’après un communiqué commun. La revue est «rédigée par des experts en apiculture, des ingénieurs apicoles et des apiculteurs professionnels, tous œuvrant au sein du grand réseau des ADA, d’ADA France et de l’Itsap (Institut de l’abeille)», précisent les partenaires. Elle est «développée et produite» avec le groupe Réussir (dont fait partie Agra). Réussir Apiculture propose des «informations techniques fiables intégrant les derniers travaux de recherche», tout en abordant les thématiques réglementaires, de «la qualité des produits de la ruche» ou encore de «l’économie de la filière». Autre promesse: un «éclairage sur les plantes mellifères» apporté à chaque numéro.