Agrafil du 4 février 2022

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Utilisation des phytos: au lieu d'une directive, Bruxelles veut un règlement contraignant

Selon un premier projet de texte qui commence à circuler dans les services de la Commission européenne, la direction générale de la Santé souhaite transformer la directive européenne sur l’utilisation durable des pesticides en un règlement, afin d’uniformiser son application dans l’UE. «Laisser la transposition des règles détaillées aux États membres dans le cadre d’une directive n’a pas fonctionné», souligne Bruxelles, estimant désormais nécessaire de mettre en place une action uniforme au niveau de l’UE. Cette révision - qui devrait être présentée le 23 mars - prévoit que les objectifs de réduction de 50% de l’utilisation et du risque des pesticides deviennent juridiquement contraignants au niveau de l’UE, et que les États membres fixent leurs propres objectifs de réduction dans des plans nationaux. Ces objectifs nationaux seraient eux aussi juridiquement contraignants et soumis à des rapports réguliers. Les utilisateurs professionnels devraient tenir des registres électroniques sur l’utilisation des pesticides et sur la lutte intégrée contre les ravageurs pour contribuer à réduire leur utilisation. Les services de la Commission admettent que ces dispositions pourraient entraîner une réduction des rendements, une hausse des coûts de production, mais aussi des prix des denrées alimentaires pour les consommateurs, «ce qui pourrait conduire à une hausse des importations en provenance de pays tiers où la réglementation sur l’utilisation des pesticides est moins stricte». Mais ils précisent aussi qu’une application plus cohérente et uniforme des règles réduira les déséquilibres entre les utilisateurs de l’UE qui appliquent les règles actuelles à des degrés divers.

Négociations commerciales: Système U «n’exclut pas» de saisir le médiateur

Dans une interview accordée à la chaîne BFM Business le 2 février, le p.-d.g. de Système U Dominique Schelcher a déclaré qu’il «n’exclut pas de saisir le médiateur des relations commerciales dans les prochains jours» pour parvenir à trouver un accord avec ses fournisseurs, dans les cas «les plus compliqués». Il reproche à «80%» des industriels d’avoir fait le choix de recourir à un tiers de confiance, parmi les trois options proposées par la loi Egalim 2 pour vérifier que la part de la matière première agricole dans le prix total du produit fini est bien conforme à ce qui a été déclaré par l’industriel. «Cela leur permet de ne pas présenter le détail [du coût] de leur matière première agricole, qui sera certifié plus tard par un tiers de confiance, alors que le plus simple aurait été de jouer franc jeu, regrette-t-il. L’option de la transparence totale aurait été bien plus simple.» À moins d’un mois de la clôture des négociations commerciales, les discussions entre industriels et distributeurs patinent. D’après Dominique Schelcher, Système U bénéficie des «efforts» que le groupe a déployé auprès des PME, avec lesquelles il est «un peu plus facile» de parvenir à un accord. «C’est un peu plus compliqué avec les grandes entreprises», même si des contrats ont été conclus avec «certaines» d'entre elles, explique le p.-d.g.

Eau: le vote des Sdage compatible avec les décisions du Varenne agricole (ministère)

L’adoption des Sdage (schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux) n’est pas remise en cause par les décisions du Varenne agricole, a indiqué le 3 février à Agra Presse l’entourage de la secrétaire d’État Bérangère Abba (Transition écologique). Le 1er février, Sébastien Windsor, président de l’APCA (chambres d’agriculture), avait appelé l’État à suspendre leur vote. En cause, la décision du gouvernement de compléter le décret de juin 2021 pour permettre aux préfets coordonnateurs de bassin de déterminer un volume prélevable hors étiage. Le nouveau texte, attendu «sous deux ou trois mois», donnera la capacité aux préfets d’autoriser par arrêté ces volumes prélevables en hiver, sur la base des évaluations par bassin, précise le ministère. Après avoir été négociés âprement entre profession agricole et associations dans chacun des comités de bassin, puis soumis à consultation, les Sdage 2022-27 sont désormais prêts à être votés, et la plupart des bassins devraient les valider d’ici début mars.

Egalim 2: FNSEA et JA appellent à l’action dans plusieurs départements ce vendredi

Pour peser dans les négociations commerciales et faire appliquer la loi Egalim 2, les fédérations départementales de la FNSEA et des JA appellent à la mobilisation dans plusieurs départements, ce vendredi 4 février, afin de mettre «sous surveillance» les acteurs de la grande distribution. La FDSEA et les JA du Lot prévoient, par exemple, une opération de blocage des grandes surfaces, de relevé des prix et de contrôle des origines des produits en rayon. «Des alertes sur des prix aux consommateurs extrêmement bas du litre de lait, de la baguette, de la côte de porc, de la volaille, du steak haché etc. remontent de tous les départements, dénoncent dans un communiqué les deux syndicats en Meurthe-et-Moselle. Ces pratiques sont tout simplement inacceptables!» Ils organisent, ce vendredi, une première manifestation «d’avertissement» à la grande distribution. Depuis deux semaines, dans tout le territoire, des opérations de «surveillance des prix et des origines» sont menées par le syndicalisme majoritaire dans les enseignes de la grande distribution, relayées sous le hashtag #TransparenceGMS sur les réseaux sociaux.

Organisations de producteurs: trois AOP de l'Ouest veulent plus de moyens de la Pac

Dans un communiqué du 3 février, trois associations d'organisations de producteurs (AOP) de l'Ouest – Cerafel (fruits et légumes), AOP Porc Grand Ouest et Poplait – appellent les pouvoirs publics à leur «donner les moyens effectifs (…) d’agir pour garantir la solidité et la durabilité de la production agricole». Dans sa proposition de déclinaison de la future Pac, le plan stratégique national (PSN), la France prévoit de flécher 0,5% du premier pilier vers les programmes opérationnels. Or, comme le rappellent les trois associations, l'UE «offrait la possibilité aux États membres d’allouer 3% de l’enveloppe des aides directes» à ces aides à l'investissement réservées à la production organisée. Et de déplorer un «décalage entre l’ambition politique affirmée de structuration des filières et la réalité juridique». «Les interprofessions souhaitent s’imposer en France comme l’unique échelon de stratégie et d’action pour les productions agricoles», estiment les trois AOP. Cité dans le communiqué, le président de Cerafel, Marc Kerangueven, juge au contraire que «les OPs et AOPs sont le meilleur mode d’organisation pour répondre aux préoccupations des consommateurs et aux nouveaux défis agricoles, tout en assurant une plus juste rémunération des producteurs».

Chanvre: le groupe écologiste au Sénat propose un plan de relance de la production

Lors d’un débat sur le chanvre, qui s’est tenu le 3 février au Sénat à la demande du groupe Écologiste - Solidarité et territoires, le sénateur Daniel Salmon (Ille-et-Vilaine), membre de ce groupe, a proposé quatre mesures «pour rattraper notre retard sur nos voisins européens». L'élu suggère d'assurer un accompagnement financier des agriculteurs qui lancent un projet de chanvrière, et de donner un débouché à la protéine de chanvre en l’intégrant dans le plan protéines du gouvernement (aux côtés des légumineuses). Autre mesure proposée: édicter des normes précises de construction permettant d’utiliser le béton de chanvre dans le bâtiment. Enfin, le sénateur Salmon souhaite consacrer un budget spécifique au chanvre textile, considéré comme un des outils de réindustrialisation de la France, «face au chanvre chinois, non écologique, qui pourrait envahir le marché au détriment de la production française». Cette série de propositions fait suite à de nombreuses questions de sénateurs de tous bords posées à Brigitte Bourguignon, ministre déléguée chargée de l'Autonomie, ceux-ci s’étonnant que l’importation soit privilégiée par rapport à la production locale. «Votre gouvernement est dans l’ambiguïté: soutenir la filière et en même temps stopper son essor», lui a notamment lancé Gilbert-Luc Devinaz (PS, Rhône).

Compensation écologique: les méthodes françaises d'évaluation trop incomplètes (étude)

Dans le cadre de la séquence «Éviter, réduire, compenser» (ERC), qui fixe les procédures d’évaluation environnementale pour les grands projets d’aménagement, «la compensation écologique en milieu agricole doit pouvoir compenser les atteintes à la nature ordinaire», estiment des chercheurs de l’Inrae dans une note de synthèse publiée en janvier 2022. Comme ils le rappellent, la plupart des évaluations environnementales considèrent que les «effets notables» des projets sur la biodiversité concernent uniquement les espèces et milieux remarquables. Or cette logique, dénoncent les auteurs sur la base d'une synthèse bibliographique, «apparaît non conforme avec l’approche systémique de l’étude d’impact qui prévaut dans les textes de droit international». Pour eux, les projets d’aménagements devraient donc également compenser les atteintes aux cycles des nutriments, au stockage de carbone, ou aux services de pollinisation rendus par les écosystèmes agricoles, y compris conventionnels. Autant de financements qui devraient, d’après le rapport, plutôt financer des projets collectifs restaurant «la structure du paysage». Autre recommandation: «articuler compensation écologique et compensation collective agricole dans une perspective de transition agroécologique».

Sirops: les industriels appellent les distributeurs à répercuter la hausse des coûts

Le syndicat français des sirops (SFS) tire la sonnette d’alarme face à «l’explosion des prix des matières premières» dans un communiqué le 2 février. Il appelle «chacun à jouer son rôle» et notamment le secteur de la distribution, tout en affirmant que «la hausse de prix pour le consommateur devrait rester limitée». «Solidaires des producteurs agricoles qui fournissent aux sirops la matière première de leur saveur, les fabricants français de sirop souhaitent que cette solidarité soit une valeur également partagée avec leurs distributeurs», déclare le SFS. «Il est aujourd’hui vital pour les fabricants de pouvoir répercuter la part d’augmentation de ces coûts qu’ils ne peuvent plus assumer seuls». D’après le syndicat, qui représente 17 entreprises (90% des sirops consommés en France), le coût des contenants a augmenté de 15 à 50% en un an, selon les matériaux (verre, PET, acier ou aluminium). Le coût des fruits - utilisés principalement sous forme de jus concentré - a augmenté de «53%» pour la pêche, «jusqu’à 134%» pour le cassis, et «de 176%» pour l’assemblage de fruits grenadine. Enfin, le prix du sucre, qui représente «65 à 90% du coût des matières premières utilisées pour fabriquer un sirop», a fortement augmenté en 2021.

Bovins viande: l'AOP (association d'OP) d'Elvéa officiellement reconnue (JO)

L'association d'organisations de producteurs d'Elvéa est officiellement reconnue en tant qu'AOP, d'après un arrêté paru au Journal officiel le 3 février. Ce statut ouvre certaines dérogations au droit de la concurrence, ainsi que la possibilité d'émarger aux programmes opérationnels de la Pac (aides à l'investissement). Baptisée ElvéAOP, l'association regroupe 24 organisations de producteurs (OP) de toute la France. L'objectif affiché lors de l'annonce de sa création était de regrouper 15 000 éleveurs pour un million d'animaux vendus par an, soit 20% de la production française. Après la reconnaissance officielle, la prochaine étape pour ElvéAOP sera d'«élaborer des accords-cadres» pour «tous les labels et toutes les races». «Notre objectif prioritaire, c’est d’obtenir un prix», indiquait le président d'Elvéa, Philippe Auger, dans un entretien à Agra Presse en septembre 2021. Elvéa est un réseau d'OP créé par la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA) en 1989.

PPAM: LSDH lance la construction d’une serre aéroponique pour produire dès l’été

Le groupe Laiterie Saint-Denis-de-l’Hôtel (LSDH, spécialisé dans la production et le conditionnement de lait, boissons, salades 4e gamme et crudités) a lancé «il y a quelques jours» la construction d’une serre aéroponique «de près de 7000 m2», proche de son site historique dans le Loiret, a annoncé le directeur du pôle végétal Dominique Duprat en conférence de presse le 3 février. L’aéroponie consiste à vaporiser sur les plantes les quantités d’eau et de nutriments strictement nécessaires à leur développement. La nouvelle serre pourra produire «près de 70 tonnes d’herbes aromatiques par an» cultivées «sans pesticides», qui seront commercialisées sous la marque Les Crudettes appartenant à LSDH. «On sera opérationnel au cours de l’été, ce qui permettra d’être au plus tard à la rentrée dans les magasins partenaires», a précisé Dominique Duprat. Il a ajouté que la serre sera chauffée grâce à l’énergie provenant de la laiterie, et que l’eau de pluie sera récupérée pour arroser les végétaux. Ce projet est le fruit de six ans d’expérimentation avec l’entreprise suisse Clean Greens, et représente environ 10 M€ d’investissements, a indiqué le p.-d.g. de LSDH Emmanuel Vasseneix.

Méthanisation: un prétraitement à la chaux gonflerait la production de biogaz (Inrae)

L’Inrae a annoncé le 2 février avoir mis au point un procédé avec GRDF pour augmenter la production de biogaz par un prétraitement à la chaux des cultures intermédiaires multi-services environnementaux (Cimse) à forte teneur en matière sèche. Leurs résultats ont été publiés le même jour dans Bioresource technology. Les Cimse sont majoritairement composées de parois végétales dont les constituants, comme les lignocelluloses, sont difficiles à dégrader, limitant l’accès aux composés que les microorganismes utilisent pour produire le méthane, explique l’Inrae dans un communiqué. La fonction des prétraitements est donc de casser les liens entre les lignines et ces composés pour améliorer le potentiel de production de méthane des Cimse. Les travaux ont été menés à petite échelle sur du seigle et du tournesol fournis par des agriculteurs de la région Occitanie. «Le prétraitement à la chaux s’est révélé efficace sur les échantillons à forte teneur en matière sèche et a permis d’augmenter de 15% leur potentiel de production de méthane, avec des résultats similaires sur le seigle et le tournesol», indique l’Inrae.

Betterave: après une «belle campagne», Cristal Union cherche des surfaces

Le groupe sucrier Cristal Union, après «une belle campagne betteravière», veut développer ses surfaces, a-t-il souligné dans un communiqué daté du 1er février. 2021 marque un «retour à la normale» avec 13 Mt de betteraves transformées, selon un communiqué. La production avait été ravagée par la jaunisse l’année précédente. Cristal Union affiche sur la dernière campagne un rendement de 89 t/ha à 16° en conventionnel, 51 t/ha en bio (un record depuis le lancement en 2017). Son prix moyen est «proche» de 29 €/t, mais «l’objectif à moyen terme est d’atteindre 30 €/t». «Nous cherchons à développer nos surfaces betteravières», déclare le nouveau d.g. Xavier Astolfi, cité dans le communiqué.

Suicide: Daniel Lenoir nommé coordinateur national de la feuille de route

Inspecteur général des affaires sociales au ministère de la Santé, Daniel Lenoir a été nommé coordinateur national de la feuille de route visant à prévenir le mal-être et les suicides d’agriculteurs. Il sera «placé auprès du ministre de l’Agriculture et de l’alimentation» pendant sa mission, qui durera un an, annonce un communiqué du gouvernement le 3 février. Cet ingénieur agronome de formation et ancien directeur général de la CCMSA (à la fin des années 1990) devra veiller «à la mise en œuvre rapide et effective» de l’ensemble des actions de la feuille de route dévoilée le 23 novembre. Il devra notamment superviser la création des comités de pilotage départementaux. Les modalités de ce niveau local de gouvernance sont détaillées dans une circulaire datée du 3 février, précise le communiqué. M. Lenoir devra informer «chaque trimestre» le gouvernement de l’avancée de son travail, et produire un «bilan» en fin d’année assorti éventuellement de «recommandations opérationnelles».

Agenda de la semaine agricole du 7 février

Lundi 7 février
Réunion informelle des ministres de l'Agriculture de l'UE: stockage du carbone (jusqu'au 8 février)
Conférence de presse d'Aldi sur la filière laitière
Conférence de presse des grands crus de bordeaux

Mardi 8 février
Conférence de presse de Sofiproteol (groupe Avril)
Les sénateurs examinent le PJL Gestion des risques en séance publique
Sénateurs et députés examinent la version du PJL Indépendants issue de la CMP
Bilan 2021 du commerce extérieur français, présenté par le ministre Franck Riester
Webinaire de l'OFB (biodiversité) sur les pollutions diffuses

Mercredi 9 février
Conférence de presse annuelle de l'UIPP (pesticides)
Conférence de presse du groupe Ascenza (pesticides)
Les députés de la commission des Affaires économiques auditionnent Agnès Pannier-Runacher (Industrie)

Jeudi 10 février
Audition à l'Opecst (office parlementaire scientifique) sur la gestion de l'eau
Table ronde d'Interbev, FNH et l'Institut Veblen sur le commerce international
Présentation de l'ouvrage Demeter 2022
Table ronde sur la «violence animaliste» (collectif les Z'Homnivores)
Conférence de presse d'Arterris (groupe coopératif)
Conférence de presse des œnologues de France

Vendredi 11 février
Conférence de presse de Timac Agro (intrants)

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Évènement: les Controverses de l’agriculture et de l’alimentation

Mardi 15 février (9h à 13h)
Présidentielle 2022: les engagements de candidats pour la ferme France.
Évènement organisé par le groupe Réussir Agra.
Inscriptions en ligne sur www.reussir.fr/events/controverses