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Alexandros Pantalis (Phagos) : « Nous allons déployer nos traitements à base de phages à usage vétérinaire sur le terrain ».

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Alexandros Pantalis a cofondé Phagos avec le Dr Adèle James en 2021. Crédits : © Phagos

La société Phagos, qui a développé un procédé unique de phagothérapie pour lutter contre les maladies bactériennes, a annoncé une levée de fonds de 25 M€, le 8 octobre 2025. Ce financement de série A était mené par CapAgro, Hoxton et CapHorn (co-leads), aux côtés de Demeter, Acurio Ventures, Citizen Capital, Entrepreneurs First, Founders Capital et Station F. Cofondée en 2021 par Alexandros Pantalis et Adèle James, la société propose la première alternative personnalisée aux antibiotiques en santé animale. Phagos vient de recevoir l’autorisation de l’Agence Nationale du médicament vétérinaire pour commercialiser ses solutions en France. Une autorisation qui valide la plateforme brevetée de Phagos et qui marque un tournant dans la lutte contre les infections bactériennes. À terme, Phagos a pour objectif d'appliquer ses solutions de phagothérapie en santé humaine. Alexandros Pantalis détaille pour Agra Innovation les prochains objectifs de développement de la société. 

Comment la société Phagos en est-elle arrivée à développer ses traitements à base de phages ? 

Les phages ou bactériophages ne sont pas nouveaux, puisqu’ils étaient déjà utilisés au siècle dernier, avant de se faire supplanter par les antibiotiques, en raison de la difficulté à les industrialiser avec les outils de l’époque. Il se trouve qu’aujourd’hui, le phénomène de résistance aux antibiotiques pose un réel problème. Les maladies bactériennes représentent déjà la 2ᵉ cause de mortalité mondiale chez l’humain et l’une des principales causes de décès chez les animaux. La phagothérapie apporte donc une vraie solution alternative. 

Phagos a développé sa propre technologie pour amener cette science ancestrale dans le XXIème siècle. Et ceci non seulement en optimisant les processus de microbiologie grâce aux outils d’aujourd’hui, mais aussi en utilisant l’IA qui nous permet de mieux sélectionner les candidats bactériophages pour les faire correspondre aux bactéries existantes.

C’est tout l’enjeu de notre innovation en IA brevetée. Là où les essais prenaient plusieurs mois, nous arrivons grâce à notre technologie de caractérisation d’un phage, à un résultat en quelques minutes et parfois même quelques secondes. 

Ce qui fait qu’aujourd’hui, en deux mois seulement, nous sommes capables de mettre à disposition un nouveau médicament vétérinaire, sous forme liquide à diluer dans de l’eau, qui n’existait pas avant. Et nous espérons réduire ce délai. 

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Les solutions vétérinaires de Phagos s’adressent à quels types d’élevages ? Et en quoi sont-elles personnalisées ?

Nous nous focalisons là où nous avons le plus d’impact, c’est-à-dire là où il y a le plus de volumes, sur les élevages de porcs, de volailles pondeuses et de chair, et de vaches laitière et à viande, et nous travaillons sur les bactéries principales rencontrées en élevage animal. Actuellement, notre laboratoire de production, qui tient sur une centaine de m2, est suffisant pour traiter des dizaines de millions d’animaux, voire plus, tous les mois et nous ne sommes pas au maximum de nos capacités.

Chaque phage est efficace contre un certain nombre de souches, parfois une, parfois plusieurs. Et comme chaque souche bactérienne est propre à chaque élevage, nous devons trouver les bons phages adaptés contre les souches d’un élevage en particulier.

C’est en cela que notre solution est personnalisée et qu’elle doit le rester, parce que les souches peuvent elles aussi évoluer dans le temps. Ce qui reviendrait à rencontrer à terme le même problème de résistance qu’avec les antibiotiques. Pour éviter ça, nous sommes convaincus chez Phagos qu’il faut des médicaments en évolution pour lutter efficacement contre des maladies qui elles aussi évoluent. 

Nos modèles d’IA sont à la pointe, objectivement, pour lire et analyser les génomes des bactéries et des bactériophages et tirer des conclusions sur les interactions entre tel phage et telle bactérie, et même qualifier à quelle point l’interaction va être forte. Et si Phagos a vaincu le frein technologique, nous avons également passé un cap réglementaire majeur pour le développement de la phagothérapie. 

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Phagos annonce en effet être autorisé à commercialiser en France des médicaments vétérinaires sur-mesure à base de phages. En quoi cette avancée réglementaire marque-t-elle un tournant dans la lutte contre les infections bactériennes ?

C’est exact, nous venons de recevoir l’autorisation de l’Agence Nationale du médicament vétérinaire pour commercialiser nos solutions en France. Et à notre connaissance, il s’agit d’une première mondiale, aucun pays n’ayant réglementé les phages de cette manière-là. 

Il s’agit d’une autorisation de notre plateforme, c’est-à-dire que n’importe quel phage qui en sort, en ayant donc respecté toutes les étapes de préparation et d’analyses pour garantir l’efficacité et l’innocuité, est validé. Jusqu’à maintenant, et c’était un des freins majeurs au développement de la phagothérapie, il fallait demander une nouvelle autorisation pour chaque thérapie ciblée pour chaque ferme d’élevage. 

Avec cette autorisation, les élevages pourront utiliser notre solution de façon routinière comme un régulateur bactérien tout à fait naturel, plutôt qu’antibiotique. 

Quel sont vos prochaines échéances ? 

Nous mettons tout en place pour passer à l’échelle dans les prochains mois. L’un de nos prochains objectifs est de déployer ces traitements à usage vétérinaire sur le terrain. C’est une étape assez significative pour nous, qui demande de renforcer nos équipes, mais aussi d’améliorer notre R&D et nos process.

Plus nous travaillons sur des élevages, plus nous pourrons récupérer de bactériophages et de données, plus cela permettra d’enrichir et d’entrainer nos modèles et ainsi d’anticiper les traitements. L’idée à terme étant de prévenir plutôt que de guérir. Nous souhaitons inscrire notre solution à base de bactériophages sur le long terme.

Et nous voulons aussi renforcer nos équipes pour accélérer notre déploiement en Europe, en Asie, et dans les Amériques. Nous sommes déjà présents en Asie où nous avons commencé à commercialiser nos solutions via un distributeur et nous développons l’Amérique Latine en parallèle. Il est intéressant pour Phagos de démontrer que ses solutions ont une efficacité et une innocuité dans d’autres géographies. Et ces données viendront appuyer nos demandes d’autorisation de commercialisation auprès de régulateurs dans d’autres pays.

Vous annoncez prévoir de vous attaquer à la santé humaine. À quel horizon ? 

Aujourd’hui, nous sommes focalisés sur notre réussite en santé animale, tout en gardant pour objectif d’appliquer toutes les connaissances que nous avons développées à toutes les formes de santé, chez l’homme, les plantes, mais effectivement la santé humaine reste très prioritaire. 

Si nous poursuivons à ce rythme, nous aurons récupéré tellement de données et d’entités biologiques que nous pourrions arriver sur le marché de la santé humaine d’ici 5 ans. 

Toute la raison d’être de Phagos est d’avoir un impact positif, notamment lorsqu’on parle de vie humaines sauvées, c’est ce vers quoi nous devons aller le plus vite possible.