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Denis David (Cérience) : « Vitiguard est le seul projet en vigne qui combine la génétique et les biosolutions »

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Denis David (Cérience) le cinquième en partant de la gauche avec les autres membres du projet Vitiguard. Crédits : © Vitiguard

Le projet Vitiguard doté d’un budget de 3,3 M€ sur cinq ans, financé par l’État dans le cadre de France 2030, et opéré par Bpifrance vient d’être lancé. Ce projet collaboratif vise à accélérer la transition agroécologique du vignoble, grâce à la combinaison de la sélection variétale et des solutions de biocontrôle avec une efficacité renforcée. Vitiguard est porté par l’entreprise Cérience, Inrae, l’IFV et le pépiniériste Mercier. Denis David, directeur général adjoint en charge de la recherche et développement chez Cérience explique à Agra Innovation le rôle de chacun des partenaires et les différentes étapes de l’itinéraire technique innovant que les partenaires comptent mettre au point.

Cérience est plutôt un spécialiste des traitements sur grandes cultures, comment le groupe s’est-il retrouvé à la tête du projet Vitiguard ? 

Nous sommes venus à la vigne par notre présence sur les couverts végétaux, l’entretien des sols et l’enherbement, autour de notre spécialité sur l’adjuvantation de la pulvérisation. Cérience compte parmi les leaders sur le marché des adjuvants depuis une vingtaine d’années. 

Aujourd’hui, nous sommes précurseurs sur le développement de stimulateurs de défense naturelle pour la vigne, avec l’homologation en France en 2015 de la solution de biocontrôle Messager, que nous avons développé à partir d’une molécule découverte par une université belge. Il s’agit d’un stimulateur de défense contre le mildiou et l’oïdium de la vigne. Ce produit n’a pas d’effet direct sur les pathogènes, mais va stimuler les mécanismes de défense de la vigne, pour qu’elle lutte naturellement et plus fortement contre ces deux pathogènes. Nous avons également développé un deuxième stimulateur de défense naturelle contre le mildiou avec une mode d’action un peu différent du nom de Belvine, homologué sur le marché français depuis 2022. 

Nos deux stimulateurs de défense fonctionnent correctement aujourd’hui, mais ne satisfont pas à la protection totale contre le mildiou et l’oïdium parce que la plante, même avec des défenses plus actives, peut se faire dépasser par la maladie. Ceci oblige à compléter avec une demi-dose ou un quart de dose d’un fongicide chimique, ce qui est un non-sens, mais il n’existe pas d’autre choix.

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Et comment comptez-vous changer les choses avec le projet Vitiguard ?

Notre vision est que dans la production de vin de manière agroécologique ou utilisant de moins de pesticides et d’intrants non renouvelables, il est important de jouer sur plusieurs paramètres de culture. C’est la combinaison de nouvelles solutions et de nouvelles pratiques qui permettent de rendre la vigne moins dépendante de l’utilisation des fongicides de synthèse. 

Sur la base de nos deux stimulateurs de défense, qui sont le point d’entrée du projet Vitiguard, nous allons jouer sur des modes d’actions complémentaires et/ou synergiques avec d’autres actifs naturels, et nous allons appliquer sur des cépages de vigne tolérants, pour faire en sorte que ces combinaisons de solutions soient plus robustes en termes d’efficacité.

En combinant les variétés résistantes et le renforcement de l’immunité, nous allons créer des conditions plus difficiles au développement de pathogènes.

Nous avons découvert que les variétés de vignes ne réagissaient pas de la même façon aux stimulateurs de défense. Il existe des variétés qui expriment beaucoup plus fortement leur défense que d’autres, avec les mêmes produits. C’est génétique, et c’est un des volets du projet, qui prévoit de réaliser une sorte de screening des variétés, pour identifier des gènes d’intérêt sur cette expression de défense.

Le projet prévoit également le développement d’un adjuvant naturel compatibilisant, pour faciliter l’association de biosolutions dans le pulvérisateur. C’est une des briques importantes dans le cadre de Vitiguard, parce qu’il existe des solutions qui ne sont pas compatibles et qui dans certains cas ne pourraient être mélangées. C’est grâce à l’expertise adjuvant de Cérience qu’une équipe en interne travaille sur ce volet. 

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Il existe aujourd’hui plusieurs projets autour de la réduction des pesticides sur la vigne. En quoi Vitiguard est-il innovant ?

Il existe en effet beaucoup de sociétés qui travaillent chacune de leur côté, soit sur des biosolutions, soit sur de nouvelles variétés. Le projet Vitiguard est le seul à ma connaissance qui combine les deux approches que nous allons déployer, à la fois sur la génétique avec des variétés de vignes plus résistantes et sur les biosolutions en actionnant plusieurs modes d’action.

Chez Cérience, notre expérience sur la stimulation de défense des plantes nous a appris énormément de choses, notamment au travers de discussions avec des chercheurs qui travaillent sur tous ces mécanismes de défense et je vous assure que si vous combinez le bon éliciteur avec la variété dotée des bons gènes, l’effet peut être très puissant. 

La vision que nous avons au sein du projet Vitiguard vise à développer un itinéraire technique innovant qui permettrait de s’affranchir quasiment totalement ou majoritairement de l’utilisation des fongicides de synthèse. L’approche avec Vitiguard est totalement disruptive.

Quels sera le rôle de chacun des partenaires ?

Ce qui nous animait à l’origine de ce projet, c’était de rassembler des expertises très complémentaires. C’est un projet collaboratif unique qui rassemble deux acteurs privés qui sont déjà sur le marché avec le pépiniériste Mercier sur des variétés résistantes et Cérience pour ses stimulateurs de défense. Inrae de son côté apporte son expertise fondamentale à la fois dans le fonctionnement des biosolutions, mais aussi dans la caractérisation génétique de la vigne. Et l’IFV apportera son expertise dans l’évaluation des SDP et des cépages résistants, la caractérisation de la réponse variétale, et dans la démonstration de l’itinéraire combinatoire innovant.

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Avez-vous fixé une date de retour de résultats ? 

C’est un projet sur un temps long. Nous nous sommes fixés des objectifs concrets à dix ans avec 400 000 ha déployés sur vigne pour les stimulateurs des défenses des plantes combinés, deux à quatre variétés résistantes au mildiou et/ou oïdium inscrites.

D’ici-là, nous avons prévu un point d’étape avec les premiers résultats fin 2026. En 2028-2029, il est prévu de tester des solutions combinées en plein champs sur des variétés de cépages connus et sur des variétés résistantes. 

La durée de 5 ans fixée dans le cadre de ce projet peut paraitre courte pour un tel projet, mais l’idée est que l’itinéraire technique innovant que nous allons mettre au point puisse être déployé à terme. Il faudrait que demain, il existe une offre de variétés de cépages résistants, couplée à un programme de biosolutions, que le vigneron pourra mettre en œuvre pour soigner sa vigne sans produit de synthèse.