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Jérémy Decerle, eurodéputé « Il faudrait faire de l’agriculture un secteur stratégique, mais nous faisons l’inverse »

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De retour au Parlement européen depuis le mois de septembre, l’eurodéputé centriste Jérémy Decerle déplore le manque de vision de la Commission européenne sur les questions agricoles. Mais il veut croire qu’il est encore possible d’inverser la tendance, que ce soit sur les accords de libre-échange ou la réforme de la Pac.

Vous êtes de retour depuis quelques mois au Parlement européen, qu’est-ce qui a changé depuis votre départ en 2024 ?

Je suis frappé par le manque de vision de la Commission européenne sur les questions agricoles. Elle avait pourtant assez bien répondu aux grosses mobilisations d’agriculteurs en 2024 avec des mesures de simplification (certes insuffisantes) et le lancement d’un dialogue stratégique censé proposer un plan à long terme pour le secteur. Mais, depuis, la Commission européenne a présenté une réforme de la Pac totalement indépendante de ces réflexions en proposant moins d’argent, toujours plus de contraintes et une mise en concurrence accrue avec des importations ne respectant pas nos normes. On ne peut pourtant pas signer le Green deal d’une main et le Mercosur de l’autre. Il faudrait faire de l’agriculture un secteur stratégique, à l'exemple de nos concurrents. Mais nous faisons l’inverse et dans dix ans nous risquons de nous retrouver dans la situation de l’industrie européenne.

La Commission européenne multiplie la conclusion d’accords commerciaux depuis le début de l’année. Vous vous opposez depuis longtemps à l’accord signé avec le Mercosur, que vous inspire cette nouvelle accélération ?

Je crois que le récent vote du Parlement européen en faveur de la saisine de la Cour de justice de l’UE sur la légalité de l’accord avec le Mercosur est le signe d’une remise en cause de la politique commerciale de l’UE. Au fond, ce ne sont pas les quotas qui comptent le plus, mais le respect des normes de production. Pour ce qui est de l’Australie, les tonnages ne sont pas alarmants si on les compare avec ceux du Mercosur. Le problème, c’est le caractère cumulatif des accords, l’absence de réciprocité et l’opacité autour des normes de production en Australie. Celles-ci sont plus fiables que pour les pays du Mercosur, c’est indéniable, mais ça ne signifie pas pour autant qu’elles sont alignées sur celles des producteurs européens.

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Et sur la Pac, vous êtes rapporteur fictif sur l’OCM, que faut-il selon vous faire pour améliorer la proposition ?

Entre la fusion des fonds dans un pot commun et la remise en question de l’architecture de la Pac, chaque État membre va pouvoir choisir ce qu’il veut en matière d’outils et de sommes allouées. C’est une destruction de la Pac avec le risque de voir émerger 27 politiques divergentes. Au Conseil, la majorité des ministres de l’Agriculture s’oppose aux propositions. À la commission de l’Agriculture du Parlement, c’est la même chose. Et pourtant, nous allons quand même travailler sur cette base. Je suis assez surpris de cette situation. Selon moi, mieux vaudrait repartir de zéro. Mais nous allons quand même essayer d’inverser la tendance en faisant des contre-propositions. Notre rapporteur, Norbert Lins (PPE, Allemagne) prévoit apporter des modifications sérieuses notamment sur le caractère commun et le maintien des deux piliers.

Propos recueillis par Antonin Garnier