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Nicolas Ferrière (Carbonapp) : « Le monde agri-agro a une forte appétence pour soutenir des projets de contribution carbone intra-filières »

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Nicolas Ferrière, co-fondateur et directeur opérationnel de Carbonapp Crédits : © Carbonapp

En qualité de développeur de projet de contribution carbone, Carbonapp accompagne tous types d’exploitations agricoles et forestières dans le financement de leur projet via la contribution carbone. La start-up est née en 2020, dans le sillage du Label bas-carbone, le dispositif franco-français de la contribution carbone volontaire porté par l’État. Pour répondre aux demandes de certains de ses clients financeurs, Carbonapp développe en France des standards de contribution carbone internationaux dans des thématiques qui ne sont pas couvertes aujourd’hui par le Label bas-carbone. La société est en cours de levée de fonds pour conforter son leadership de spécialiste multisectoriel et multistandard. Nicolas Ferrière, co-fondateur et directeur opérationnel de Carbonapp fait le point sur l’activité et détaille les prochaines échéances.

Comment est né Carbonapp ?

Carbonapp est né en 2020, l’année de l’essor du Label bas-carbone, le dispositif franco-français de la contribution carbone volontaire, porté par l’Etat, via le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. En effet, avant 2020, quand une société française voulait faire de la contribution carbone volontaire, elle était obligée d'utiliser des dispositifs internationaux et donc de soutenir des projets situés en grande partie dans des pays en voie de développement. Ce dispositif français a donc permis de relocaliser cette contribution carbone sur le territoire ; la métropole et plus récemment les Dom-Tom. 

En tant que développeur de projet de contribution carbone, nous accompagnons tous types d’exploitations agricoles et forestières dans le financement de leur projet via la contribution carbone. Prenons l’exemple d’un producteur de pommes-poires qui viens nous voir parce qu’il veut agrandir son verger. Ce projet de contribution carbone volontaire peut par exemple intéresser un producteur de jus de fruits qui veut agir volontairement en faveur du climat, en aidant financièrement des exploitants agricoles à développer leurs vergers et donc à stocker davantage de carbone pour lutter contre le changement climatique. 

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Le financeur doit-il avoir un lien avec le projet qu’il finance ? 

Pas du tout, l’objectif de la contribution carbone vise justement à déconnecter les projets des financements. Il n’y a donc pas d’obligation, mais il se trouve effectivement que le monde agri-agro a une forte appétence pour soutenir des projets de contribution carbone intra-filières. D’ailleurs, certains groupes viennent nous voir en nous disant : je travaille avec telle coopérative dans telle région, pourriez-vous me trouver un projet de contribution carbone chez un de mes fournisseurs. Dans la filière agri-agro, de telles démarches font du sens, parce qu’elles permettent de travailler collectivement à réduire l’empreinte carbone sur toute la chaine de valeur. 

 

Quelles sont les ambitions de Carbonapp ? 

En tant que spécialiste, si ce n’est le spécialiste multisectoriel et multistandard de la contribution carbone, nous avons pour ambition de conforter notre leadership. Nous souhaitons devenir un développeur tout terrain pour aider nos financeurs à construire leur portefeuille de projets en France et à l’international.

Nous cherchons à lever 1 million d’euros environ et sommes en cours en discussion avec plusieurs organisations. Le processus avance bien et nous espérons boucler l’opération en tout début d’année 2024. 

 

Multisectoriel et multistandard ? Expliquez-nous.

Multisectoriel en développant des projets de tout type mais aussi multistandard en proposant une palette de standards de compensation carbone plus large à utiliserGrâce à notre expertise, nous pouvons déjà appréhender des projets à financer avec d’autres dispositifs de contribution carbone internationaux, c’est ce qui fait notre singularité. 

Aujourd’hui en France, avec le Label bas-carbone, 99,99 % des projets concerne le vivant, c’est-à-dire l’agriculture, l’élevage et la forêt. Or certains acteurs veulent financer des projets d’un autre type. La forêt peut parfois être un peu loin de l’univers d’un opérateur télécom par exemple, qui voudrait aider sa filière. Nous travaillons déjà à rendre éligibles des projets de reconditionnement d’équipements électriques et électroniques auprès du Label bas-carbone par exemple.

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Et pour répondre à une demande de certains de nos financeurs, Carbonapp est ainsi à l’origine du développement en France de tous les projets du standard privé finlandais Puro. Il s’agit d’un standard de contribution carbone avec un registre très international et dans des thématiques qui ne sont pas couvertes aujourd’hui par le Label bas-carbone, ce qui nous permet de compléter nos offres. 

 

Concrètement quel est le rôle de Carbonapp ? 

Notre rôle est d’accompagner le porteur du projet en l’aidant à monter son dossier et à le faire entrer dans le dispositif de la contribution carbone volontaire du gouvernement, grâce à l’obtention du Label bas-carbone. Carbonapp gère toute la partie administrative et fait le lien avec les différentes parties prenantes et nous sommes accompagnés par des spécialistes, notamment un pépiniériste qui connait le terrain et fera des préconisations sur la densité d’arbres, mais aussi sur les essences à privilégier. 

Notre rôle comporte aussi un aspect plus scientifique pour tout ce qui touche aux calculs des tonnes équivalent carbone qui vont être valorisées financièrement avec le projet, c’est là qu’est notre savoir-faire. L’unité de mesure de la contribution carbone, c’est la tonne équivalent CO2, c’est le véhicule financier qui nous permet de faire le lien entre le projet et le financeur. Pour reprendre notre exemple, notre producteur de jus de fruits pourra dire : j’ai investi 10 000 euros dans un projet de plantation d’un ou deux hectares d’arbres fruitiers et selon le Label bas-carbone, ce projet va permettre de stocker 200 tonnes équivalent carbone. 

 

Ces performances extra-financières ne sont-elles pas amenées à se développer ? 

Oui et c’est quelque chose que nous mettons en avant dans notre communication. En adoptant la stratégie nationale bas carbone (SNBC), la France a pris un engagement de neutralité carbone nette d’ici à 2050. Si cet engagement est inscrit dans la loi, il n’est pas encore devenu une contrainte pour les entreprises, mais il est probable qu’il le devienne. 

Actuellement, dès lors qu’une société a financé un projet bas carbone, elle peut le revendiquer dans sa comptabilité extra-financière. La performance développement durable est parfois imposée par ses investisseurs, c’est le cas notamment des foncières immobilières qui veulent avoir ce type d’indicateurs en face d’un rendement immobilier. 

 

Comment vos clients récupèrent-ils ces données ?

Notre plateforme digitale permet aux financeurs de consulter et de récupérer tous les éléments administratifs ou juridiques, relatifs à leur projet et d’éditer leur reporting RSE. Nous venons d’ajouter une nouvelle fonctionnalité blockchain, développée avec notre partenaire CrystalChain, qui apporte une sécurisation supplémentaire en rendant chaque dossier de contribution carbone infalsifiable. Ceci permet également d’avoir une traçabilité plus fine à la tonne équivalent carbone générée chaque année, qui est une donnée importante pour les financeurs. Cette traçabilité n’existe pas aujourd’hui dans le Label bas-carbone à la différence d’autres standards internationaux, Carbonapp est le premier à l’apporter. Avec cette fonctionnalité blockchain, les financeurs internationaux pourront mieux appréhender le standard Label bas-carbone dans leurs habitudes.