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Nicolas Sordet (Afyren) : « La décarbonation de l’agroalimentaire et de la cosmétique offre de grandes opportunités aux molécules issues de la biomasse »

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Nicolas Sordet, directeur général et fondateur d'Afyren Crédits : © Afyren

 Pour remplacer les molécules pétro-sourcées dont veulent se passer les industriels de l’agroalimentaire, de la cosmétique, des arômes et de la chimie fine, Afyren propose sa méthode exclusive de fermentation des coproduits des sucreries. En valorisant cette biomasse, Afyren est d’ores et déjà capable de produire 7 molécules très souvent utilisées par les industriels, permettant au passage de verdir leur activité. Une première usine est en cours de démarrage dans l’Est de la France, et d’ici 2025, un deuxième site de production devrait voir le jour en Thaïlande pour servir l’Asie. Et les projets ne manquent pas à son directeur général et fondateur Nicolas Sordet pour valoriser d’autres biomasses, produire de nouvelles molécules alternatives, locales et durables, tout en réfléchissant à un troisième site de production en Amérique du Nord.

Pourquoi mettre sur le marché de nouvelles molécules biosourcées, alors que des équivalents issus de la chimie pétrolière existent déjà et sont facilement accessibles ?

Les industries vivent un grand tournant actuellement : pour se conformer à de nouvelles obligations règlementaires, améliorer leur bilan carbone, fabriquer des produits plus respectueux de l’environnement ou bien encore s’approvisionner près de chez eux, elles sont à la recherche d’ingrédients produits localement, à partir de matières premières locales et fabriqués selon des procédés à faible impact environnemental. Cette décarbonation en marche de l’agroalimentaire, de la cosmétique, des arômes et parfums et de la chimie fine offre de grandes opportunités aux molécules issues de la biomasse. C’est pourquoi nous avons eu l’idée de fabriquer des molécules, des acides carboxyliques, à partir de biomasse locale et grâce à la fermentation biomimétique. Et cela en remplacement des molécules pétro-sourcées qui sont actuellement présentes sur le marché.

Comment êtes-vous parvenu à fabriquer ces molécules à partir d’une ressource renouvelable ?

Nous avons connu une période de recherche et développement depuis 2012, année de création d’Afyren. Ces années ont été consacrées à la mise au point d’un procédé exclusif de fermentation biomimétique afin d’extraire les molécules, que nous avons ensuite fait passer du stade du laboratoire à l’échelle industrielle. Nous sommes partis d’une ressource présente en France et en quantité suffisante pour notre industrie : les coproduits de la betterave sucrière en sortie de sucrerie. Notre procédé est très vertueux d’un point de vue environnemental car il ne consomme pas d’eau et les coproduits de l’usine sont valorisés comme engrais.

Nous sommes propriétaires d’une dizaine de brevets qui protègent nos procédés de fabrication, et nous continuons ce travail afin de pouvoir déposer de nouveaux brevets à l’avenir. Et nous pouvons rapidement mettre sur le marché ces molécules car des équivalents pétro-sourcées existent déjà, ce qui n’en font pas de nouveaux aliments au sens de la législation européenne sur les novel food.

Quelles sont exactement ces nouvelles molécules et quels sont leurs débouchés ?

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Nous avons mis au point aujourd’hui 7 molécules différentes qui sont utilisées par plusieurs industries. Il s’agit par exemple des acides organiques naturels Flavyren pour le marché des arômes et des parfums, que nous proposons déjà aux Etats-Unis grâce à un partenariat avec le distributeur Excellentia. Autre débouché : le biocontrôle. Ainsi, Afyren va approvisionner le fabricant Cearitis en acides biosourcés pour sa solution Push & Pull alternative aux produit phytosanitaires de synthèse et destinée à lutter contre la mouche du fruit. Mais il existe une très grande quantité de molécules pour lesquelles nous pourrions proposer des alternatives biosourcées.

Quelles sont vos pistes de recherche pour le futur ?

Nous poursuivons de façon très soutenue nos recherches pour adapter notre procédé de fermentation biomimétique à l’aide de micro-organismes naturels à d’autres supports comme des coproduits de la première transformation agricole, ou même des déchets organiques. Notre premier site industriel Afyren Neoxy en Moselle est capable de traiter des résidus des sucreries betteravières, tandis que l’usine que nous prévoyons de construire en Thaïlande traitera des résidus de la canne à sucre. Nos recherches nous mènent aussi vers la mise au point d’autres molécules que celles que nous maîtrisons déjà, ce qui nous ouvrira un marché très important et à l’échelle mondiale.

Comment produisez-vous vos molécules ?

Nous disposons déjà d’une usine à Carling Saint Avold en Moselle, construite en mars 2022, et dont la capacité atteindra 16 000 tonnes d’acides carboxyliques en 2024. Cette usine a mobilisé un budget de plus de 80 millions d’euros, grâce au concours du fonds SPI de BPI France à hauteur de 49%. En outre, nous venons de signer fin janvier 2023 un protocole d’accord avec le groupe sucrier thaïlandais Mitr Phol en vue de construire près de Bangkok une usine d’acides organiques biosourcés, qui devrait entrer en production en 2025. Ce site aura une capacité de 28 000 tonnes d’acides, soit deux fois plus que le site français. Et nous avons le projet d’installer notre troisième usine en Amérique du Nord d’ici 2027, ce qui nous permettra d’atteindre à cette échéance une capacité annuelle de plus de 70 000 tonnes d’acides.