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Philippe Guerret (M2i Group) : « Il ne sert à rien d’opposer solutions conventionnelles et de biocontrôle. »

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Philippe Guerret, à gauche, et Johann Fournil, à droite. Crédits : © M2i Group

Fondé en 2012, le groupe français M2i Life Sciences est un spécialiste du biocontrôle animal et végétal grâce aux phéromones, dont il est le premier producteur européen. Présent dans plus de 60 pays et employant 200 personnes, il détient une quarantaine de brevets pour sa technologie. Philippe Guerret, président et cofondateur de M2i avec son frère Olivier, et Johann Fournil, directeur de la communication et du marketing, nous en disent plus sur les dernières innovations du groupe et ses projets. 

Vous avez récemment lancé le Lobesia Pro Clip pour lutter contre l’eudemis de la vigne (Lobesia botrana), une innovation primée par le Prix Spécial du jury aux Trophées de l’innovation du vin de Provence le 20 mai dernier. Pourquoi ciblez-vous en particulier la viticulture ? 

Johann Fournil : D’abord, la consommation de phytosanitaires en viticulture est relativement importante, au regard de sa surface agricole. Donc il y avait un besoin de conversion important vers une agriculture plus raisonnée. Ensuite, l’utilisation de la phéromone était déjà bien implantée en viticulture. Notre Lobesia Pro Clip est une agrafe de palissage en matériau biosourcé et biodégradable qui contient également de la phéromone. Ce produit 2-en-1 sert à la fois pour tendre les fils de palissage et diffuser des phéromones pour lutter contre l’eudémis de la vigne. C’est l’une de nos grosses innovations récentes. 

Philippe Guerret : Historiquement, nous avons commencé par les cultures de spécialité, le maraîchage, la vigne et l’arboriculture, pour lesquels nous avons une gamme de produits assez large. La stratégie était d’ensuite aller vers les grandes cultures, ce qu’on fait maintenant depuis 3 à 4 ans. Pour le Lobesia Pro Clip, notre technologie élimine totalement le recours aux microplastiques dans la nourriture et dans les champs. Je pense que le défi de l’agriculture de demain ne sera pas forcément l’agriculture bio, mais la gestion de l’absence de résidus. 

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Quelles sont les autres innovations de M2i Group en biocontrôle végétal ? 

J. F. : Nous avons aussi développé un produit en betterave, Bene Pro Spray, au cours d’un programme du PNRI entre 2021 et 2023, en coopération avec le CNRS. C’est un produit contre le puceron vert du pêcher (Myzus persicae), pour aider la filière à réduire les usages phytosanitaires et faire face à l’arrêt programmé des néonicotinoïdes. Notre solution innovante consiste à attirer sur la parcelle de betterave des insectes auxiliaires prédateurs des pucerons. Cette solution va venir en complément des solutions existantes bio ou conventionnelles, pour en améliorer la performance et obtenir des taux de protection supérieurs à 80% d’efficacité. Elle est déployée en France et dans des pays limitrophes depuis cette année. L’extension de ce produit en vergers et en serres est planifiée pour l’an prochain. 

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Vous êtes aussi présents dans le secteur du biocontrôle animal. En ce moment, vous menez des tests sur des colliers pour repousser les loups. Pouvez-vous en dire plus sur cette innovation ? 

J. F. : C’est le fruit d’un travail mené entre 2022 et 2024 avec la fondation Ceva Wildlife Research Fund du groupe libournais Ceva, puis avec des chercheurs italo-suisses de la société Studia Alpino. Le loup est un animal territorial qui marque son territoire pour dissuader les autres loups d’y pénétrer. L’idée est de s’en servir pour le dissuader d’attaquer les troupeaux. Nous avons mis au point un tube diffuseur contenant le gel phéromonal à fixer sur le collier des animaux à protéger, ovins ou caprins. Après des premiers essais en Grèce en 2024, nous avons lancé des essais à plus grande échelle dans les Pyrénées en partenariat avec le département des Pyrénées Atlantiques, avec plus d’un millier de bêtes équipées. C’est un programme de deux ans avec trois campagnes d’essai, la première a été lancée en mai jusqu’en septembre. 

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La solution est très prometteuse, nous avons observé une diminution des attaques de 80 à 90% lors de nos essais précédents. Nous espérons commencer à commercialiser la solution en 2027. Le but est d’avoir un système de protection relativement abordable pour les éleveurs, autour d’une dizaine d’euros par animal pour 4 à 6 mois de protection. 

Quelles tendances voyez-vous émerger sur le marché du biocontrôle ? 

J. F. : On voit émerger des techniques combinatoires, du biocontrôle par phéromones avec des solutions conventionnelles ou d’autres produits de biocontrôle. Une autre tendance porte sur l’ouverture et le développement de l’usage des phéromones en grandes cultures. Déjà très répandue en vergers ou en vigne, M2i innove désormais avec des solutions en grandes cultures, déjà homologuées dans certains pays d’Afrique en maïs. Elles vont l’être aussi bientôt en Amérique du Sud et nous avons aussi des programmes en Asie sur le riz. 

Nous allons aussi continuer l’extension de nos programmes loups et betteraves. Il y a aussi beaucoup de travail en laboratoire sur de nouveaux projets, nous sommes sur un rythme de trois à quatre inventions par an depuis notre création. 

P. G. : Il ne sert à rien d’opposer solutions conventionnelles et de biocontrôle. Il faut les associer plutôt que les opposer pour offrir des solutions efficaces et économiquement viables pour les agriculteurs. En douze ans, on a réussi à construire quelque chose d’assez unique en termes d’innovation et d’efficacité.

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En juillet dernier, l’allemand Bayer a étendu la distribution exclusive vers l’Asie-Pacifique, l’Amérique Latine et les États-Unis de votre gamme Press, un gel aux phéromones pour la protection des cultures et des vignes Que représente l’export dans votre activité et est-ce là que vous voyez vos prochains leviers de croissance ? 

P. G. : Nous sommes présents dans plus de 60 pays. Nous étions déjà présents en Asie, où nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur des réseaux en direct ou en semi-direct. On ne travaille pas qu’avec Bayer à l’export, nous avons aussi des partenariats avec d’autres groupes comme Syngenta. 

J. F. : Nous nous sommes toujours orientés vers une croissance globale. L’export représente aujourd’hui l’essentiel de notre activité, de 70 à 75%. Le biocontrôle et les usages agricoles raisonnés croissent dans le monde entier. De plus, le changement climatique joue sur notre activité car il accélère le processus d’internationalisation des ravageurs. Il est donc indispensable de s’attaquer à tous les types d’insectes sur tous les types de cultures. Nous prévoyons d’entrer en Indonésie, au Cambodge, en Malaisie, ainsi que toute l’Amérique du Sud d’ici 2026-2027.