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Pierre-Yves Tourlière (Timac Agro) : « Le potentiel redox, c’est la quatrième dimension de la fertilité des sols »

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Pierre-Yves Tourlière est responsable développement produits France chez Timac Agro Crédits : © Timac Agro

On parle souvent de l’importance du pH d’un sol, un peu moins de celui du potentiel d’oxydoréduction ou redox. Pourtant, c’est bien la combinaison de ces deux facteurs qui donne les meilleurs résultats en agriculture. Pierre-Yves Tourlière, responsable développement produits France chez Timac Agro (groupe Roullier) parle du potentiel redox comme de la quatrième dimension de la fertilité des sols, à côté de celles plus connues que sont la fertilité physique, la fertilité chimique et la fertilité biologique. Le groupe qui a développé et breveté une technologie innovante, poursuit les essais sur le terrain et en laboratoire et se déclare confiant sur ses perspectives de développement. 

Timac Agro est un spécialiste reconnu de la fertilisation. En quoi votre solution Energeo est-elle unique et innovante ? 

Notre solution brevetée et homologuée Energeo est la seule technologie actuellement sur le marché à combiner l’optimisation du pH et du potentiel d’oxydoréduction ou redox des sols. Le potentiel redox est un indicateur de la bonne ou de la mauvaise santé d'un sol ou d'une plante, et c’est en combinant ces deux facteurs qu’on obtient les meilleurs résultats. 

Pour vous donner une image, c’est un peu comme le poids d’un individu. Une donnée que tout le monde connait est son indice de masse corporelle (IMC, ndlr). Ne retenir que de son poids sans tenir compte de sa taille ne suffit pas pour juger de son état de santé, mais c’est bien en combinant ces deux indications pour arriver à l’IMC que l’on saura. 

D’où notre idée de départ au sein de notre laboratoire chez Timac Agro, d’essayer de maitriser les réactions redox au niveau du sol par l’intermédiaire de différentes solutions techniques et produits pour apporter du bénéfice aux plantes.   

 

Rappelez-nous ce qu’est le potentiel d'oxydoréduction ou de redox ?

Depuis toujours, les mécanismes d’oxydoréduction gouvernent le vivant, depuis le sol jusqu’aux plantes et aux animaux, en passant par l’homme. Et même si l’on parle plus couramment d’anti-oxydant au sens cosmétique ou alimentaire que pour la fertilisation des sols, on sait que résister à l’oxydation est plutôt quelque chose de positif, donc qu’il faut en tenir compte.

Pour autant, si les agriculteurs connaissent l’importance du pH des sols, dont ils savent corriger les déséquilibres, ils parlent moins des échanges électroniques qui existent dans ce même sol. Le potentiel redox c’est en fait la quatrième dimension de la fertilité des sols, à côté de celles plus connues que sont la fertilité physique, la fertilité chimique et la fertilité biologique et sur lequel le pH a une forte incidence. Le redox est beaucoup plus compliqué à mesurer que le pH d’un sol, ce qui peut expliquer qu’on laisse généralement cet indicateur de côté.

De la même manière qu’il existe un pH idéal pour les sols entre 6 et 8, le potentiel redox optimum se situe aux alentours de 400 millivolts. Un niveau instable, qui ne cesse de fluctuer lorsqu’il pleut beaucoup ou que le sol est très travaillé par l’agriculteur par exemple.

 

A quoi sert de mesurer le potentiel redox d’un sol ? 

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Il sert à mesurer son état d’oxydation ou de réduction et ainsi d’éviter de trop grandes fluctuations électriques. En agriculture, un sol pauvre en oxygène va engendrer une forte émission d’un gaz très nocif pour le réchauffement climatique, le N2O. En relatif, le rejet de ce gaz par le sol est faible, mais son pouvoir réchauffant est près de 300 fois celui du CO2. Pour comparaison, le méthane rejeté par les vaches tourne autour de 25 fois. Et inversement, dans les cas d’hyper oxydation, le sol va réduire la disponibilité de certains éléments, tel que le phosphore, le manganèse ou encore le fer, ce qu’il faudra corriger pour améliorer la fertilité des sols. 

Et ces déséquilibres des sols ont évidemment un impact sur la croissance, le rendement et la qualité des plantes. Un environnement redox stressant va perturber le cycle du carbone des plantes, qui auront tendance à exsuder plus de carbone dans le sol pour corriger un excès d’oxydation et inversement.

 

Comment travaillez-vous avec les agriculteurs ?

Nous avons produit une cartographie des sols en France, où il apparaît que la principale problématique porte sur l’hyper oxydation des sols. Notre but est de trouver le moyen de réduire cet état d’oxydation et derrière de savoir comment le mesurer pour le limiter. Il existe des moyens naturels connus, notamment liés à la matière organique des sols. La consommation par les microorganismes de l’oxygène en excès dans le sol va notamment participer à limiter cet état d’oxydation. Encore faut-il que la matière organique ne soit pas trop stable. Et au final, un produit seul ne suffit pas, il faut l’associer à de bonnes pratiques agricoles, notamment grâce au couvert végétal.

 

Où en sont les développements autour de votre gamme Energeo ?

Nous entrons dans la deuxième campagne de commercialisation de la gamme qui a démarré en 2021 et nous allons, en 2023/2024, continuer les positionnements de suivis d’essais en augmentant nos observations sur la notion de santé des plantes. Lors d’essais en laboratoire, nous avons ainsi pu mesurer des effets antibiotiques permettant de limiter le développement d’agents pathogènes (bactéries/champignons). Nous avons également en 2023 fait ce genre d’observation sur des vignes ayant reçu de l’Energeo. Il semble donc qu’un certain type de flore s’est développé sur ces sols, jusqu’à produire naturellement des effets de type antibiotiques contre des pathogènes. Ceci nous rend très optimistes sur la poursuite de nos recherches sur l’oxydoréduction et ses effets santé pour les plantes. 

Au-delà de la poursuite des mesures de redox sur les plantes, nous allons tester des sondes pour mesurer le redox au sol, répondant ainsi à une demande des agriculteurs sur le terrain. 

Et nous comptons aussi cibler plus particulièrement les viticulteurs et les maraichers, deux typologies d’agriculteurs chez qui la sensibilité au redox est très prégnante. Les viticulteurs savent que derrière le potentiel d’oxydation de leur vin se cache la santé de leurs vignes et donc des sols. Quant aux maraichers, dont les produits sont consommés sans transformation, ils ont tout intérêt à ce que leurs tomates ou leurs carottes soient riches en antioxydants pour plaire aux consommateurs.