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Thomas Laurent (Micropep) : « Il n’y a pas que l’efficacité intrinsèque de la molécule qui compte, mais aussi la façon de la produire »

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Thomas Laurent PDG et fondateur de Micropep Crédits : © Micropep

Micropep, leader mondial de la technologie des micropeptides à destination de l'agriculture, a annoncé en juillet 2024 la finalisation d’une levée de fonds de 27 M€ menée par le fonds Ecotechnologies 2 (1) géré pour le compte de l'Etat par Bpifrance dans le cadre de France 2030, et par le fonds suisse Zebra Impact Ventures (2), avec le soutien des investisseurs historiques (Sofinnova Partners, Supernova Invest, Fall Line Capital, FMC Ventures, et IRDI Capital Investissement). Thomas Laurent, PDG et fondateur de la start-up détaille les prochaines échéances de Micropep qui grâce à ces nouvelles ressources, compte financer les études réglementaires pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché de son premier fongicide sur trois continents, tout en poursuivant l’élargissement de son portefeuille d’ingrédients et de ses partenariats.

Pouvez-vous nous rappeler ce que sont exactement les micropeptides ? et quels sont leurs avantages par rapport aux produits existants ? 

Les micropeptides sont de petites molécules de la famille des protéines, qui sont construites à la base d’acides aminés et plus il y en a, plus elles sont structurées. C’est-à-dire qu’au-delà de 50, on parle plutôt de protéines. Les micropeptides, qui entrent dans la tranche la plus basse, sont constitués de 5 à 20 acides aminés. 

L’univers des micropeptides est très vaste, ils peuvent être utilisés en pharmacie, en cosmétique et certains ont un impact sur les plantes, domaine sur lequel nous nous sommes spécialisés chez Micropep. On travaille sur les peptides qui ont une activité fongicide ou herbicide en remplacement des pesticides chimiques.

L’intérêt d’utiliser ces micropeptides intervient à plusieurs niveaux, notamment sur l’environnement, sachant que chez Micropep, nous n’utilisons que des acides aminés naturels, ce qui permet à l’écosystème de les dégrader. Compte tenu des nouvelles règlementations, les agriculteurs se retrouvent aujourd’hui avec une boite à outil réduite et il y a un vrai besoin dans l’industrie de trouver de nouvelles molécules plus saines et tout aussi efficaces. 

Micropep a déposé plus de 80 brevets qui couvrent différents éléments, de la production jusqu’à des familles de peptides sur certaines cibles. 

Micropep vient d’annoncer une levée de fonds de 27 M€. Comment s’est déroulée l’opération et à quoi la société va-t-elle utiliser ces fonds ?

Nous avons commencé le processus de levée de fonds en octobre 2023, dans un environnement plus compliqué que par le passé.  Une de nos chances est d’être assez international avec notre siège social en France et une filiale aux Etats-Unis depuis 2022. Paradoxalement, alors que nous imaginions lever plus facilement des fonds aux États-Unis, ce tour de table a été mené par le fonds suisse Zebra Impact Ventures et Bpifrance, ce qui témoigne d’une certaine résilience de notre secteur en Europe. Nous sommes fiers et très contents d’avoir réalisé cette opération et notamment d’avoir touché des fonds à impact qui collent avec l’ADN de la société. 

Cette levée de fonds va nous permettre de financer toutes les études réglementaires de notre première molécule biofongicide. Celui-ci a un spectre large, mais on travaille principalement sur la rouille asiatique du soja assez problématique en Amérique Latine et également sur le mildiou de la vigne et de la pomme de terre. 

On envisage de déposer des dossiers d’autorisations de mise sur le marché (AMM, ndlr) simultanément sur trois territoires géographiques, l’Amérique Latine, les États-Unis et l’Europe à l’horizon 2026. On estime qu’il faudra entre 18 et 24 mois en Amérique Latine, autour de 24 mois aux Etats-Unis et de 48 mois en Europe pour obtenir les autorisations. 

Et ce financement va aussi nous permettre d’élargir nos partenariats et notre portefeuille d’ingrédients actifs de micropeptides sur la plateforme Krisalix. 

Vous dites que Krisalix permet de découvrir de nouveaux principes actifs à base de micropeptides beaucoup plus rapidement et efficacement que les méthodes traditionnelles. Comment fonctionne cette plateforme ?

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Notre idée de départ chez Micropep a été de nous dire que pour réussir dans le domaine des micropeptides, il n’y a pas seulement l’efficacité intrinsèque de la molécule qui compte, mais aussi la façon de la produire et donc des coûts de production. D’où l’importance d’intégrer et de connecter tous ces éléments. Krisalix combine ainsi des approches d'intelligence artificielle et de machine learning pour la conception de nouveaux micropeptides avec une suite de bioessais pour tester leur efficacité, jusqu’à la production.

Notre système de production technologique permet d’avoir une vision très claire sur le coût qui doit être compatible avec le budget actuel des agriculteurs et aussi avec notre modèle économique de partenariats. Pour pouvoir vendre notre ingrédient à un partenaire qui pourra lui-même le formuler et vendre un produit packagé à un agriculteur, il est indispensable d’avoir des prix compétitifs sur le marché pour permettre à chacun de s’y retrouver. 

Et cette interconnexion permet de voir s’il n’existe pas des modèles ou des règles qui font que certains peptides pour tel ou tel raison se dégradent plus vite que d’autres ou sont plus compliqués à produire, ceci afin de trouver plus facilement ceux qui cochent les meilleurs critères. Ceci nous permet de ne plus perdre de temps sur des molécules certes actives, mais que nous n’arriverons pas à produire à des coûts intéressants.

Vous avez pour ambition de travailler main dans la main avec des partenaires sélectionnés à différentes étapes du cycle de développement des produits et dans différentes géographies. Quelles formes pourraient prendre ces partenariats ? Et en existe-t-il déjà ?

Nous avons développé plusieurs niveaux de partenariats. Soit au début d’un programme de R&D, comme celui signé avec l’agrochimiste FMC Corporation en 2022, pour développer des solutions biologiques pour lutter contre les mauvaises herbes résistantes aux herbicides. Dans ce cas-là, nous travaillons main dans la main sur notre plateforme pour l’identification, la production et la formulation de ces molécules. Nous travaillons également sur des partenariats de codéveloppement, après avoir identifié des peptides bien spécifiques qu’on a validé aux champs et nous cherchons ensuite des partenaires pour la mise en produit à partir de nos ingrédients. Et enfin, nous travaillons aussi avec des partenaires de distribution sur des formulations qu’on développe de notre côté. 

La stratégie de Micropep vise à démontrer ce qu’on peut faire avec notre technologie au moins sur une molécule qu’on pousse au niveau réglementaire, tout en continuant en parallèle à investir dans notre pipeline pour démontrer que nous pouvons trouver des molécules sur d’autres problématiques et d’autres cultures pour étoffer notre catalogue. 

Micropep vient de remporter le prix « Innovation de l’année en agriculture de précision » dans le cadre de l’AgTech Breakthrough Awards 2024. Vous avez un commentaire ?

C’est une belle reconnaissance qui met en avant tout le chemin parcouru par la société depuis sa fondation en 2016. Partie de zéro à Toulouse, la société compte aujourd’hui un peu plus de 50 personnes, sur deux continents. Je pense que nous avons acquis une position assez forte dans cet univers des peptides pour la protection des plantes et que la stratégie poursuivie par Micropep porte ses fruits. 

(1) Souscrit à hauteur de 300 millions d'euros par l'Etat dans le cadre de France 2030, et géré par Bpifrance Investissement, le fonds Ecotechnologies 2 investit des tickets de 2 à 10 M€, en recherchant exclusivement un co-investissement pari passu avec des acteurs privés dans une logique d'investisseur avisé. Il cible des opérations en fonds propres et quasi-fonds propres pour des prises de participation minoritaires dans des PME innovantes. 

(2) Zebra Impact Ventures s'est associé à Mirabaud Asset Management, la branche de gestion d'actifs de la banque familiale suisse, pour mettre en place la stratégie d'investissement « Regenerative Growth » qui finance l'innovation nécessaire pour construire les systèmes alimentaires durables et régénératifs dont le monde a besoin.