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Marc Bolard (Nasekomo) : « Notre solution d’élevage d’insectes est automatisable à 95%. »

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Marc Bolard est cofondateur et président de Nasekomo. Crédits : © Nasekomo

Basée à Sofia en Bulgarie, la société Nasekomo est spécialisée dans la sélection et la production de souches de mouches soldat noires à haut rendement pour fournir les producteurs de protéines d’insectes. Forte de sa technologie unique de bioconversion alliant data et automatisation, l’entreprise se prépare à lancer ses premières usines franchisées. Marc Bolard, cofondateur et président de Nasekomo, fait le point sur les récentes annonces de la start-up sur sa productivité, sa technologie et la levée de fonds en cours.  

Le 19 septembre dernier, Nasekomo annonçait franchir une étape industrielle importante, en atteignant un taux de production d’œufs stable. En quoi est-ce important pour l’entreprise ? 

Nous avons atteint 25 grammes d’œufs de mouche soldat noire par m3 et par jour dans nos espaces de reproduction. C’est une étape essentielle sur laquelle on travaille depuis le premier jour de Nasekomo. Il faut noter que ce n’est pas un record isolé, mais une productivité moyenne quotidienne. Nous pouvons garantir cette productivité de notre outil à l’échelle industrielle. Cela nous permet d’ouvrir cette offre au marché et de commencer à aller vers des clients qui ont des projets de bioconversion ou de reproduction industrielle en leur offrant une technologie prouvée. 

Par ailleurs, une amélioration de 10 à 20% par an de cette valeur-là est tout à fait envisageable, rien que grâce à l’amélioration génétique. Grâce à la génétique, nous avons déjà réduit le cycle de vie de la mouche soldat noire de 45 jours à 35 jours, en réduisant de 20% la durée du cycle. Aujourd’hui, on a réduit la durée de la bioconversion de 15 à 20%. Pour un même outil industriel, il est ainsi possible de faire tourner les lots beaucoup plus vite et amortir plus rapidement l’investissement. 

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Plus tôt cette année, votre plateforme d’élevage verticale avait atteint un indice de consommation (ou Feed conversion ratio, FCR) de 25%, soit 30% de plus que les installations traditionnelles. Que signifie ce chiffre ? 

Pour une filière d’élevage, le premier coût de production est la nourriture. Pour 100 kg d’aliments pour l’insecte, on va sortir 25 kg de larves fraîches à maturité, ce qui donne un taux de conversion de 25%. C’est à partir de là que l’industrie de l’insecte devient rentable. En dessous de 20%, c’est très compliqué. Certains projets n’arrivent pas à amortir l’investissement en nourriture parce que leurs taux de conversion ne sont pas à la hauteur. 

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Qu’est ce qui rend votre modèle plus efficace que celui de vos concurrents ? 

Nous avons développé une technologie qu’on appelle en interne Air B&B, pour Automated Insect Rearing Beds and Bots, c’est-à-dire un dispositif automatisé de croissance d’insectes à partir de lits et de robots. C’est une solution de type agriculture verticale dans laquelle nous élevons les insectes dans des lits superposés de 2 mètres de large. 

Nous avons aussi développé un robot pour s’occuper des insectes, c’est une technologie très agile et capable de s’adapter aux conditions de production du futur. De plus, avec l'Air B&B, les lits à différents stades de développement se chauffent ou se refroidissent entre eux. Nous n’avons pas d’unité de refroidissement et presque pas de chauffage, ce qui diminue les coûts de fonctionnement de notre installation. Tout cela fait que nous avons un dispositif très efficace. 

Aujourd’hui, l'Air B&B s’occupe de toutes les étapes de la bioconversion, depuis le neonate jusqu’à la larve fraîche. Il est capable de traiter entre 15 000 et 20 000 tonnes de biomasse, pour produire entre 3000 et 4000 tonnes de larves fraîches par an. Pour aller au-delà, il suffit de multiplier les lignes d’Air B&B les unes à côté des autres.

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Depuis vos débuts, votre objectif est de vous focaliser sur la sélection génétique et la reproduction des insectes pour votre futur réseau de franchisés. Quand ouvrira votre première franchise ? 

Il nous faut d’abord un partenaire industriel qui va produire l’Air B&B, car ce n’est pas notre domaine. Ce partenariat de production est une étape essentielle pour rassurer les futurs franchisés sur notre capacité à les livrer et les accompagner. 

Nous avons déjà des franchisés potentiels avec lesquels nous travaillons et qui sont en train de réaliser l’investissement dans les Air B&B. Les projets les plus avancés devraient démarrer autour de 2027. Notre déploiement à travers l'Europe reste un objectif clé, avec des projets en cours en Suède et en Espagne. Nous avons aussi des projets en Bulgarie et dans la région, en Roumanie et en Grèce. Nous voulons développer une centaine de projets dans les 10 prochaines années. 

Votre technologie comporte un important volet data auquel vos franchisés auront accès pour piloter leur installation. 

Notre Air B&B s’accompagne de quantités importantes de données, collectées notamment par notre robot. Grâce à l’optimisation continue de notre logiciel, les franchisés auront cette capacité à s’adapter en permanence à un processus complexe. L’idée derrière la franchise est la mutualisation de moyens et de solutions, dont la data. Les franchisés vont pouvoir participer à une communauté de données et avoir un retour sur investissement. Ce sont aussi des solutions qui vont au-delà de l’insecte, et qui concernent toute l’agriculture en milieu contrôlé. Notre partenariat avec Google pour traiter la donnée doit permettre à terme aux algorithmes d’IA de piloter le Air B&B. Nous avons une solution qui est automatisable à 95%. 

Aujourd’hui, nous pouvons dire au franchisé : avec notre génétique, notre Air B&B, notre logiciel et notre système de gestion de la data, vous arriverez à 25% et plus de FCR, et donc à la rentabilité. 

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Vous avez levé 8 M€ en janvier 2024. Parlez-nous de votre levée de fonds en préparation. 

C'est notamment pour accompagner notre première franchise. Nous voulons lever plusieurs dizaines de millions d’euros au cours d’une levée de fonds de série B, d’ici la mi-2026. 

Nous aimerions avoir des investisseurs intéressés dans le développement et le succès de la filière de l’insecte et par la conversion de biomasse, la consommation des insectes, ou la consommation du frass en fertilisant. Et nous ne nous limitons pas à des investisseurs européens, nous cherchons aussi en Asie, en Amérique du Nord et au Moyen-Orient.