Au 27 février, la Coordination rurale n’est pas parvenue à remporter la présidence de la chambre dans trois départements où elle était arrivée en tête : Gironde, Lozère et Charente-Maritime. Dans les chambres qu‘elle détenait déjà, ses représentants, largement réélus, multiplient les coups de force.
La victoire a parfois un goût amer. La Coordination rurale est arrivée en tête dans 14 départements aux élections chambres du 31 janvier ; c’est pourtant un président FNSEA qui se retrouve aux manettes dans trois d’entre eux, en Gironde, en Lozère et en Charente-Maritime.
Dans le Bordelais, Jean-Samuel Eynard, viticulteur et président de la FDSEA, a été élu le 25 février à la tête de la chambre. Quelques jours plus tôt, la Coordination rurale avait remporté le scrutin avec 36,75 %, soit seulement six voix d’avance sur la liste FDSEA-JA (36,48 %). Avec ce score, la CR dispose de 12 sièges dans le collège 1 (chefs d’exploitation), contre trois pour la FDSEA et trois pour la Confédération paysanne. Mais le président proposé par le syndicat majoritaire a finalement été élu par 20 voix sur les 36 que compte l’assemblée plénière de la chambre, avec le soutien des autres collèges (salariés, organisations professionnelles, anciens exploitants, propriétaires, etc.). Des élus peu enclins à voter pour une CR qui affiche son hostilité envers les coopératives et qui promet des suppressions d’emplois dans les chambres.
« Mafia pure et dure »
Parmi ses membres agriculteurs, le bureau de la chambre de Gironde ne compte aucun élu de la CR, mais il comporte un membre de la Confédération paysanne, comme troisième secrétaire adjoint. Comme le rapporte Vitisphère, les 12 représentants de la CR ont quitté la session de la chambre « avec fracas », dénonçant une « mafia pure et dure », selon les mots de sa candidate Nelly Butignol. « La chambre sera ingérable », prédit cette viticultrice de l’Entre-deux-Mers. « La situation de l’agriculture est tellement dégradée que nous devons mettre de côté nos étiquettes syndicales pour œuvrer ensemble et pour tous », a déclaré de son côté le nouveau président après son élection. Vigneron sur 32 ha, Jean-Samuel Eynard est à la tête de la FDSEA de la Gironde depuis 2019 ; il a aussi présidé pendant neuf ans le syndicat des côtes-de-Bourg, rappelle un communiqué de la chambre.
La même mécanique a joué en Lozère : alors que la Coordination rurale avait remporté les élections à 12 voix près, c’est finalement Christine Valentin, tête de liste FNSEA/JA et présidente sortante, qui a été réélue lors de la session d’installation le 20 février, rapporte la presse régionale. « Après trois tours », les deux listes étaient toujours à égalité, précise Ici (ex-France Bleu). Et c’est finalement la règle de l’âge de la personne en tête de liste qui a prévalu : « Or, Christine Valentin, tête de liste FDSEA-JA est plus âgée que Christophe Velay, de la liste Coordination rurale. Elle est née en 1968, lui en 1974, soit six ans d’écart ».
Dans les Ardennes, en revanche, cette règle de l’âge a favorisé la CR. Dans ce département – remporté pour la première fois par la CR avec 48,97 % des voix –, c’est bien sa tête de liste Jean-Baptiste Bourin qui a été élu. À 43 ans, il est « plus âgé que Renaud Chatry, 36 ans », son concurrent FDSEA-JA, rapporte Ici. Dans une première déclaration publiée sur le site web de la chambre, ce céréalier sur 147 ha s’est voulu rassembleur : « Je veux être un président à l’écoute de tous les exploitants, en fédérant les acteurs du monde agricole sans chercher à opposer qui que ce soit ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
En Nouvelle-Aquitaine, la Coordination rurale a pâti de la fusion de deux chambres, opérée à l’occasion de la nouvelle mandature. Le 21 février, c’est donc Denis Mousseau, président de la FRSEA, qui a pris la tête de la chambre interdépartementale des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime. Dans cette région, la liste de la CR avait remporté le scrutin en Charente-Maritime, avec seulement neuf voix d’avance (40,88 %), mais perdu celui des Deux-Sèvres (37,75 %) face à la liste FNSEA/JA.
« Nous sommes arrivés en tête en Charente-Maritime et nous demandions au moins à avoir cinq ou six représentants au bureau » de la chambre interdépartementale (sur 18), revendique Philippe Germond, tête de liste Coordination rurale, cité par La Nouvelle République. Selon lui, « la FNSEA a refusé l’ouverture ». D’après le quotidien régional, la délégation de la CR a quitté la réunion. La présidence de la chambre territoriale de Charente-Maritime est, elle aussi, revenue à un représentant FNSEA, Cédric Tranquard. Pour constituer son bureau territorial, ce dernier devrait proposer sept sièges à la CR, comme l’a annoncé Denis Mousseau en conférence de presse. Alors que la CR est arrivée première dans 7 départements sur 12, l’étiquette du président de la chambre régionale de Nouvelle-Aquitaine reste incertaine.
« Pas gagné » en Dordogne
À l’heure où ces lignes sont écrites, plusieurs départements ayant basculé à la CR n’avaient pas encore élu leur bureau : Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Cher, Tarn et Gers notamment. Idem en Dordogne, où le candidat CR à la présidence, Rémi Dumaure, estime que « pour nous, ce n’est pas gagné », selon Sud-Ouest (article payant). « Je suis sûr d’avoir les voix pour avoir la majorité », affirme-t-il dans un article d’Ici. Tout en menaçant : « Je dirai à mes agriculteurs de se retirer du Crédit agricole, de certaines coopératives, de Groupama » si les représentants de ces collèges votent pour la FNSEA.
En Charente, également tombée fin janvier, la CR est parvenue à faire élire sa candidate à la présidence, Laëtitia Plumat-Perrocheau. Enfin, dans les trois chambres déjà détenues par la CR au mandat précédent, les « bonnets jaunes » ont logiquement conservé la présidence : Philippe Tabarin (Vienne) et Bertrand Vanteau (Haute-Vienne) ont ainsi été réélus.
En Lot-et-Garonne, Patrick Franken a largement été élu. Il succède au bouillant Serge Bousquet-Cassagne, empêché par la limite d’âge (65 ans) de prétendre à la présidence… mais tout de même présent au bureau. S’affichant en rassembleurs dans les départements nouvellement conquis, les représentants de la CR multiplient les coups de force dans leurs bastions historiques. Derniers exemples en date : en Haute-Vienne et en Lot-et-Garonne, les nouvelles équipes ont démarré leur mandat en exigeant le départ du directeur de la DDT.