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Femmes et installation : un désert politique

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À l’exception des allocations de remplacement pour congé maternité, les pouvoirs publics n’ont pas de politiques visant à augmenter le nombre de femmes agricultrices. Toutefois l’Occitanie s’y intéresse. Et les syndicats, surtout les minoritaires, poussent le sujet dans le cadre de la concertation sur la future loi d’orientation et d’avenir (LOA).

Alors ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie avait organisé en 2021 une table ronde sur l’installation des femmes en agriculture, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. « Le défi du renouvellement des générations ne pourra se faire qu’en accompagnant les femmes », avait-il affirmé. Le jeune ministre s’était mis à l’écoute des participantes, avait montré de l’intérêt pour certaines idées comme celle d’un tutorat des candidats à l’installation par des agricultrices. Mais il n’en avait lui-même aucune. Et deux ans plus tard, le sujet n’a pas avancé. « L’installation couvre tellement d’enjeux… Aujourd’hui, la question des femmes passe sous les radars des politiques publiques », observe la doctorante en sociologie Cécile Gazo, autrice d’une thèse sur la multiplication des initiatives de soutien à l’installation en agriculture.

En pleine concertation autour de la loi d’orientation et d’avenir (LOA), ce sont les syndicats minoritaires qui apparaissent les plus à l’offensive sur la question. « Ce projet de pacte et loi d’orientation est nécessaire : la seule bonne volonté de quelques-uns ne suffit pas en matière d’installation des femmes », estime Laurence Marandola, secrétaire nationale de la Confédération paysanne. Une longue liste de revendications est dressée par le syndicat. La Conf’ propose d’agir dès la formation, en introduisant par exemple la non-mixité « là où les femmes n’osent pas », notamment dans la conduite du tracteur.

Puis au moment de l’installation, un meilleur accès aux aides est réclamé. Le syndicat propose de tenir compte du congé maternité dans le versement du solde de la DJA (Dotation jeune agriculteur), non plus d’appliquer le même délai de cinq ans pour tous les bénéficiaires. D’accorder aux agricultrices une majoration de cette aide. La Conf’ appelle à dénoncer les mauvaises pratiques des banques, des cédants. Pour faciliter l’accès au crédit, le syndicat veut la publication d’une liste d’organismes qui acceptent de se porter caution des femmes.

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L’Ile-de-France dit non, l’Occitanie réfléchit

La Coordination rurale a aussi une demande sur la DJA. Depuis des lustres, le syndicat désormais présidé par une éleveuse, Véronique Le Floc’h, souhaite un relèvement de l’âge d’accès à la dotation. Une mesure attendue par les femmes, qui s’installent plus souvent au-delà de 40 ans. La CR attend aussi une meilleure offre en garde d’enfant, service de remplacement.

Durant le Salon de l’agriculture, le sujet avait été porté par la FNSEA. « Le renouvellement ne pourra se faire qu’avec les femmes, par la mixité », avait déclaré Karen Serres, ex-présidente de la Commission nationale des agricultrices (CNA) au sein de la FNSEA, lors d’une table ronde. Dans les faits, le syndicalisme majoritaire porte moins de revendications. « S’il y a des préjugés sur les femmes, à nous de communiquer pour ouvrir davantage les exploitations », estime Jacqueline Cottier, de la Commission nationale des agricultrices (FNSEA). Un dossier lui tient à cœur : améliorer l’ergonomie, en concertation avec les constructeurs. Quant aux Jeunes agriculteurs, ils ne voient « pas l’intérêt » de mesures ciblées pour l’installation des femmes.

En attendant la LOA, certains syndicats travaillent l’échelon régional. Le 29 mars, la région Ile-de-France a examiné une proposition intitulée « Aider à la féminisation de l’agriculture » . À l’ordre du jour, une aide bonifiée de 10 000 € pour l’« installation des paysannes », dans l’esprit de ce que porte la Confédération paysanne. L’amendement s’est heurté au « refus de la majorité régionale et des groupes du centre et de l’extrême droite », déplore Annie Lahmer (pôle écologiste), sur son compte Twitter. La proposition pourrait trouver une oreille plus attentive dans une région dominée par la gauche. D’après nos informations, la région Occitanie étudie une mesure similaire.

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