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Grippe aviaire 14% des exportations avicoles françaises victimes d’embargos

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A la date du 2 mars, une grosse quarantaine de pays avaient annoncé la fermeture – totale ou partielle – de leurs frontières aux volailles françaises ou à leurs produits dérivés, suite à la découverte du virus H5N1 dans un élevage de l’Ain. Ces embargos concernent 14% des exportations de viandes de volaille de l’hexagone et 10% des volailles vivantes. Sur le terrain, quelque 319 communes sont actuellement sous surveillance, sur quatre départements.

«Les missions économiques de nos ambassades sont mobilisées pour expliquer la situation en France et la manière dont les pouvoirs publics agissent sur le terrain. On espère que cela permettra de limiter les craintes d’un certain nombre de nos partenaires commerciaux ». Ainsi s’exprimait-on le 2 mars au soir au ministère du Commerce extérieur, alors qu’une grosse quarantaine de pays Parmi ces pays, l’Afrique du Sud, l’Angola, l’Argentine, l’Australie, le Bengladesh, la Biélorussie, le Brésil, le Burkina Faso, le Canada, la Colombie, le Congo, la Corée du Sud, l’Egypte, les Emirats arabes unis, la Géorgie, la Guinée, la Guinée Bissau, Hong Kong, l’Inde, Israël, le Japon, la Jordanie, le Kenya, le Liban, la Libye, la Malaisie, le Maroc, Mayotte, le Mexique, Oman, Panama, le Pérou, la Russie, le Sénégal, la Serbie, Singapour, la Syrie, le Tchad, les Territoires palestiniens, la Thaïlande, le Vietnam et le Yémen. avait décidé de bloquer tout ou partie de leurs importations de produits avicoles français.

Des chiffrages à manier avec précaution

Ces embargos représentent 14% des exportations de viande de volailles françaises (33% sur pays tiers), et 10% des volailles vivantes exportées notamment à des fins génétiques (44% sur pays tiers). Quant au foie gras, 2% de l’exportation est touchée (14% sur pays tiers).

Le ministère du Commerce extérieur précise par ailleurs que, selon des sources professionnelles, les pays n’appliquant pas d’embargo ont réduit leurs commandes d’achats en produit avicoles français : la baisse enregistrée serait de -50% à -70% en ce qui concerne les pays tiers et de -30% pour les exportations vers l’Union européenne. « Ces chiffres sont à manier avec précaution », insiste le ministère.

A l’issue d’une réunion de travail organisée le 28 février avec le président de la Confédération française de l’aviculture, Eugène Schaeffer, la ministre du Commerce extérieur Christine Lagarde a « souhaité l’application du principe de régionalisation recommandé par l’Office international des épizooties (OIE), qui permet de limiter l’interdiction à une zone géographique restreinte autour du foyer d’infection ». Une option retenue par les Etats-Unis, le Canada et la Suisse qui ont limité leurs embargos à la zone touchée en France par la grippe aviaire. Les experts vétérinaires des Vingt-cinq, réunis le 1er mars à Bruxelles au sein du Comité permanent pour la chaîne alimentaire et la santé animale, ont souligné que cette régionalisation devrait inciter les partenaires commerciaux de la France à limiter leurs embargos à cette zone d’où les exportations ont été interdites.

Recul de la consommation

En France, les ventes de volailles dans la grande distribution ont baissé de 25% à 30% en volume entre dimanche 19 février et le lundi 27 février par rapport à la même période l’an dernier, selon la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD). Cette diminution est du même ordre que la semaine précédente. Aux dires de Jérôme Bédier, « les enseignes qui ont fait des promotions sur la volaille ont bien fonctionné ». Pour la première fois, la FCD a constaté, la semaine dernière, de manière diffuse un report de consommation vers d’autres viandes comme le lapin et le veau.

Les représentants de la filière estiment quant à eux leur manque à gagner depuis le début de la crise en novembre à 130 millions d’euros, dont 13,9 millions pour les éleveurs, 11,5 millions pour les accouveurs, 3,8 millions pour les fabricants d’aliments et 100 millions pour les abattoirs. La consommation de poulet dans le pays était fin février en baisse de 25 à 30% par rapport à la même période de l’an dernier.

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Premier exportateur de volailles de l’UE, la France compte plus de 30 000 élevages professionnels avec un chiffre d’affaires annuel pour l’ensemble de la filière avicole estimé à 6 milliards d’euros et quelque 65 000 emplois.

319 communes sous surveillance

Sur le terrain, pas moins de 319 communes étaient sous surveillance le 2 mars en France, autour de l’élevage de dindes contaminé par le H5N1 dans l’Ain, et autour des sites où avaient été trouvés les oiseaux sauvages infectés. Quatre départements sont concernés, principalement l’Ain, mais aussi des parties du Rhône, de l’Isère et de la Saône-et-Loire. La confirmation le 24 février, de la présence du virus dans un élevage industriel de 11 000 dindes à Versailleux (Ain) à proximité de la zone humide de la Dombes où plusieurs cas avaient déjà été constatés sur des cygnes et des canards, avait poussé le gouvernement a renforcer ses mesures de protection et de surveillance.

Dans l’exploitation concernée, au moins 400 animaux étaient morts du virus en quelques heures. Avant même les résultats d’analyse, tous les cadavres et les autres volatiles ont été détruits selon les procédures prévues, l’exploitation désinfectée et mise sous quarantaine, tandis que les périmètres de protection et de surveillance d’un rayon de 3 km et 7 km supplémentaires étaient mis en place. La contamination serait due à l’utilisation de paille entreposée à l’extérieur et souillée par des oiseaux infectés. Une campagne de vaccination de 2000 oiseaux sauvages était lancée dans cette zone le 1er mars. En revanche, une suspicion de grippe aviaire sur un élevage de dindonneaux du département du Pas de Calais n’a pas été confirmée.

Chirac appelle à la vigilance

Au plan politique, les 52 millions d’aides annoncés par Dominique de Villepin pour aider la filière avicole devaient être versés « en fin de semaine », a assuré le 1er mars le ministre de l’Agriculture Dominique Bussereau. Le même jour, en conseil des ministres, le président Jacques Chirac a appelé à une « vigilance totale, notamment pendant toute la période de remontée des oiseaux migrateurs ». Il a jugé « exemplaire la mobilisation de l’ensemble des acteurs ». Dominique de Villepin a par ailleurs annoncé qu’il participerait « ce mois-ci » à Paris à un exercice à l’échelle nationale concernant la grippe aviaire.

Par ailleurs, la Confédération paysanne a demandé que le gouvernement et l’Union européenne « répondent aux attentes des paysans les plus fragilisés» en leur accordant des aides «plus importantes » et en « stoppant les importations des pays tiers ».