Malgré un contexte économique difficile ces derniers mois, les mouvements de fusions et d’acquisitions se sont poursuivis en 2008 et, paradoxalement, davantage à partir du milieu d’année jusqu’en octobre, quand éclatait à plein la crise financière. Si l’année 2007 avait été marquée par de nombreuses opérations dans le secteur des produits laitiers et de la charcuterie , la restructuration de la filière bovine et porcine ainsi que l’entrée d’un groupe volailler brésilien en France auront été les faits marquants de cette année 2008. La palme de la plus importante acquisition, en terme de valorisation, revient à Pernod Ricard qui a mis 5,62 Mds EUR sur la table pour s’offrir la vodka Absolut. Pour la première fois, en revanche, le groupe Danone a été quasiment absent des opérations.
Le paysage bovin et porcin du Grand-Ouest a notablement été modifié au cours de cette année, laissant présager une année 2009 sous le signe de la restructuration du secteur de la charcuterie-salaisons, comme certains observateurs le laissent entendre.
La reprise du groupe coopératif Socopa par le groupe leader de la viande bovine, Bigard, aura marqué les esprits pour deux raisons : la première est que cette opération a proposé un nouveau modèle de rapprochement, longtemps tabou dans le secteur de la viande, entre les mondes coopératif et privé, la seconde est qu’elle crée un nouveau leader en viande bovine aux dimensions davantage européennes. Le secteur porcin n’est pas en reste. Tandis que Terrena, Unicopa et Pigalys mettaient en commun leurs activités dans la filière porcine, Arca et Cooperl donnaient naissance à Cooperl Arcatlantique et constituaient le nouveau leader de la filière française. Peu après, Terrena reprenait les activités d’abattage, de découpe et de commercialisation de viande porcine sous signe de qualité de Mayenne Viande.
La volaille brésilienne en Europe
Le secteur de la volaille a eu son lot de mouvements. Le groupe coopératif Terrena a également renforcé son pôle volailles et hissé sa marque Gastronome au rang de numéro un en reprenant les activités de volailles fraîches du groupe Unicopa. Ce dernier s’est, en plus, délesté de sa filiale spécialisée dans le poulet à l’exportation, Tilly Sabco, au profit de son directeur général Daniel Sauvaget. Le fait majeur pour la filière française fut, probablement, la reprise par le brésilien Marfrig des activités de Moy Park, notamment en France, rendant plus réel le spectre tant redouté de la concurrence brésilienne. Cette reprise marquait le premier pas des Brésiliens en France et leur second en Europe, après la reprise de la société italienne de viande Inalca par JBS-Friboi fin 2007.
La charcuterie en tête
Les nombreuses entreprises de la charcuterie-salaisons ont également poursuivi leur restructuration. En tête figurent la reprise des activités de Smithfield Europe par Campofrio, faisant passer le groupe Aoste sous pavillon américano-espagnol, la reprise de Maison Chevallier au groupe Soparind-Bongrain par Delpeyrat, qui devient ainsi le leader du jambon de Bayonne, l’entrée de Maïsadour dans le capital d’Excel Foie gras, la reprise par sa filiale de transformation de la société Muller auprès du groupe de Monique Piffaut (CCA), l’intégration de Tradi Charcuterie (ex-filiale d’Aoste) au sein du périmètre de Loste Grand Saloir. Dans le même temps, Stalaven étendait sa couverture géographique en acquérant deux fonds de commerce et en prenant deux participations dans les Gastronomes du Dauphiné et dans les 3 Gourmands. Enfin, plus à l’Est, Stoeffler est entré dans l’escarcelle de Pierre Schmidt après avoir été détenu par le fonds PAI Partners et par Bernard Stoeffler. Soulignons également l’ouverture vers l’Est de l’Europe de la société vendéenne Fleury Michon qui a pris 50% de la société slovène Proconi, spécialisée dans les plats cuisinés frais en GMS et en RHD.
Cap à l’est pour Lactalis et Bel
Deux groupes majeurs du secteur laitier ont poursuivi une stratégie d’acquisitions tout azimut vers l’Europe de l’Est. Lactalis a repris pas moins de quatre sociétés croate, polonaise, roumaine et suisse, tandis que les Fromageries Bel se sont offert le laitier tchèque Jaromericka.
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Le rachat des parts de 3i au sein de Senoble a permis à la famille fondatrice de reprendre les mains de la société spécialisée dans les desserts laitiers ultra-frais, après avoir acquis la société britannique Elisabeth the Chef. Dans le même temps, le secteur laitier français a observé avec inquiétude le rapprochement de deux coopératives néerlandaises, Campina et Royal Friesland Foods.
L’Europe de l’Est a également intéressé Champagne Maïs qui a repris le polonais Newcorn, Malteurop qui a pris pied en Russie avec l’acquisition de Belgorsolod après être devenu le numéro un du malt avec l’américain ADM Malting. Dans les produits de la mer, Meralliance a décidé d’acquérir la société polonaise Nord Torrente Fish afin de produire en propre son saumon fumé premier prix.
En 2008, les industriels étrangers semblent avoir été moins offensifs que par le passé vis-à-vis de leurs concurrents français. Hormis Moy Park, cité plus haut, le groupe de boulangerie industrielle Panavi est passé dans le giron du belge Vandemoortele, la marque Bénédicta est entrée dans l’escarcelle de l’américain Heinz, la société Soléou dans le périmètre de l’italien Carli et la société spécialisée dans le traiteur de la mer Fram Foods France a intégré le groupe islandais Bakkävor.
Vins et spiritueux : Pernod Ricard très actif
Enfin, dans le secteur des vins et spiritueux, le groupe Pernod Ricard s’est montré très actif. Le rachat de la société bordelaise Lillet a permis au groupe français d’ajouter à son portefeuille de marques un produit en forte croissance. Le numéro deux mondial s’est séparé de ses marques de brandies et de vins de Jerez à l’exception de la marque Domecq après avoir signé un accord avec le groupe espagnol Osborne. Enfin, et surtout, Pernod Ricard l’a emporté dans la course au rachat de la société suédois Vin & Spirit, avec la vodka Absolut pour 5,62 milliards d’euros dette incluse. Ce rachat fait du groupe français le leader mondial de la vodka haut de gamme. Le numéro un français du vin, Castel, a pour sa part renforcé sa présence en Gironde en reprenant le groupe Oenoalliance, spécialisé dans la vente de vins de Bordeaux et de Bergerac. Parallèlement, Castel s’est séparé de ses activités dans l’eau au profit du japonais Otsuka Beverage (Cristaline, St-Yorre).