Le début de l’année 2017 a été marqué par de nombreuses surprises politiques qui vont rebattre les cartes sur les marchés mondiaux de la viande bovine. La France profitera peut-être de ces retournements dans ses marchés exports.
La politique et la viande bovine n’ont jamais été autant imbriquées que depuis ces derniers mois. C’est d’ailleurs ce que confirme Philippe Chotteau, chef du département économie à l’Institut de l’élevage (Idele), le 14 juin : « En 2017, plus que jamais, la politique s’impose sur les marchés mondiaux de la viande bovine ». Lors de la conférence, intitulée « les Marchés mondiaux du lait et de la viande bovine » organisée par l’Idele, il a effectué un bilan du début de l’année 2017 chargée en événements politiques : élection de Donald Trump, dénonciation du Trans-Pacific Partnership (Canada), arrêt des négociations concernant l’accord de libre-échange entre États-Unis et Europe. Il évoque aussi le scandale sanitaire mondial de la multinationale brésilienne JBS, l’un des leaders mondiaux de la viande, en mars, qui mêle le gouvernement et notamment le président brésilien, Michel Temer. « JBS aurait dénoncé 2 000 hommes politiques brésiliens », souligne-t-il. L’une des banques d’État du Brésil avait investi près de 2,30 M € pour le développement international de JBS. Aujourd’hui, l’entreprise qui emploie près de 130 000 salariés, met en vente ses filiales en Argentine, Paraguay, Uruguay.
Interdiction d’abattre les vaches sacrées
À l’autre bout de la planète, en Inde, politique et marché de la viande se mélangent aussi sur fond de religion. En Inde, l’Uttar Pradesh, État le plus peuplé d’Inde (220 millions d’habitants), a décidé de lutter ouvertement contre l’industrie de la viande bovine depuis mars. Le nouveau gouvernement dirigé par un religieux hindou radical, a lancé dès son arrivée au pouvoir une campagne au nom de la protection des vaches, animal sacré dans l’hindouisme. Il menace donc l’industrie de la viande bovine, tenue traditionnellement par la communauté musulmane. L’Inde devenu l’un des premiers exportateurs mondiaux de viande bovine se trouve donc amputé de sa principale source de viande bovine, essentiellement de buffle d’ailleurs. Indirectement, c’est la communauté musulmane qui semble visée par le nouveau gouvernement au travers de la fermeture des abattoirs. Les agriculteurs arrêtent également de livrer de peur des représailles. En février 2016, Le Monde diplomatique rapportait le cas de Musulmans battus à mort après avoir mangé de la viande bovine et des communautés chrétiennes menacées.
Israël ouvre ses frontières aux importations
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Autre surprise politique de 2017 : l’ouverture d’Israël aux importations de broutards français. Une volonté du gouvernement pour Itzhak Ben David, directeur général adjoint au commerce extérieur du ministère de l’Agriculture israélien, rencontré lors d’un voyage d’étude en Israël organisé par l’Association française des journalistes agricoles (AFJA). Il s’agit, selon lui, de « donner une valeur ajoutée aux produits israéliens ». Israël est importateur net pour 70 % de sa viande bovine, le marché n’est donc pas anodin. Il a permis de tenir les exportations de broutards français, notamment charolais. En juin, l’Idele écrivait (1) : « Les exportations vers les pays tiers sont dominées par le débouché israélien, avec de nouveaux envois en mai. Il est cependant encore difficile de connaître les résultats de l’engraissement des broutards français, notamment la proportion d’animaux commercialisés en casher (en lien avec l’état des poumons de l’animal) ». À noter que la population israélienne est de plus en plus sensible au bien-être animal et à l’abattage casher selon les rites religieux du pays.
(1) : Tendances – Lettre de conjoncture lait et viande de juin 2017 – Institut de l’élevage
Viande : JBS a annoncé un plan de cession d’actif de 1,6 milliard de dollars
Le leader mondial de la viande JBS a annoncé le 22 juin un plan de cession d’actifs estimé à 6 milliards de réals (1,6 milliard d’euros). « Le programme de désinvestissement vise à réduire la dette […] pour renforcer la structure financière de la compagnie », a indiqué le groupe dans un communiqué. Le plan prévoit notamment la cession de 19,2 % des parts de JBS dans l’entreprise brésilienne de produits laitiers Vigor SA. Le groupe a également l’intention de vendre sa participation dans la société américaine d’aliments pour bétail Five Rivers Cattle Feeding, l’entreprise nord-irlandaise de volaille Moy Park, ainsi que plusieurs fermes.