Depuis le mois d’avril, les cours de la viande ovine ont progressé vers des niveaux très élevés, expliqués à la fois par une demande élevée depuis le premier confinement et une offre réduite, notamment due au Brexit et à la peste porcine africaine. Dans les prochains mois, selon l’Idele, une réduction de la demande, ou une hausse de l’offre britannique, pourraient cependant les entraîner à la baisse.
Agreste, malgré sa prudence habituelle, n’hésite pas à l’écrire dans sa dernière note de conjoncture : les cours ovins sont « historiquement élevés » depuis début septembre, avec l’envolée de la cotation au-delà de la barre psychologique des sept euros. « Normalement, à cette période, la cotation se situe entre 6,20 € et 6,25 € », confirme Cassandre Matras, responsable de projets Ovins au sein du département Économie de l’Idele.
C’est justement à ce niveau que se situait le kilo équivalent carcasse au moment de Pâques. Mais depuis, il n’a fait qu’augmenter, porté par une demande sans cesse renouvelée. Le déconfinement en mai, suivi de la réouverture des restaurants, de la fin du ramadan, puis d’Aïd-el-Kébir durant l’été, ont tous successivement contribué à maintenir l’appétit des consommateurs pour la viande ovine.
Autant d’événements festifs qui ont amorti l’effondrement redouté par les professionnels : malgré des fêtes de Pâques sous le signe du confinement, la consommation française n’a reculé « que » de 5,8 % par rapport à 2019 entre janvier et août selon Agreste.
Des importations en berne
Depuis la fin de l’été, la demande est redescendue, mais « la cotation a continué de croître parce que l’offre dans son ensemble est en retrait », poursuit Cassandre Matras. Or, plus de moitié de la consommation française, rappelle-t-elle, est importée. Et de ce côté-là, l’offre n’a pas été au rendez-vous en 2020. Au total, d’après les estimations d’Agreste, les importations auraient ainsi baissé de 12 % par rapport à 2019 en cumul sur huit mois depuis janvier.
« Cette baisse est en grande partie liée aux incertitudes concernant le Brexit. En 2019, les éleveurs britanniques ont abattu et exporté massivement par peur d’une augmentation des tarifs douaniers après le 31 octobre 2019 et cette année ils ont peu d’agneaux », explique Cassandre Matras. Si les importations en provenance du Royaume-Uni ont baissé de 14 % par rapport à 2019 entre janvier et août, elles ont également chuté de 25 % en provenance d’Espagne, et de 30 % en provenance de Nouvelle-Zélande, indique Agreste. « Depuis plusieurs saisons, la Nouvelle-Zélande se détourne de l’Europe pour aller vers le marché chinois, très demandeur en raison de la peste porcine africaine », souligne Cassandre Matras.
Une offre intérieure en retrait
Si des incertitudes demeurent, notamment quant au contenu des traités commerciaux à venir, une chose est certaine : certains pays ont déjà su tirer leur épingle de ces jeux à trois bandes. « Depuis le début de l’année, on est à +11 % des importations ovines en France en provenance de l’Irlande. C’est le seul pays qui a réussi à augmenter ses envois vers la France, malgré la baisse globale des importations », analyse Cassandre Matras.
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Dans ce contexte d’importations plus faibles, l’offre intérieure s’est, elle aussi, faite timide. Agreste le confirme : les abattages d’agneaux en septembre 2020 ont été observés en repli de 5,8 % en nombre de têtes et de 6,4 % en téc – tonnes équivalent carcasse sur un an, avec au total une baisse de 0,8 % tant en têtes qu’en poids sur l’année.
Pour l’heure, les éléments manquent cependant pour expliquer cette diminution de la production hexagonale. « Est-ce que c’est lié à la à la sécheresse, ou autre chose ? On le saura un peu plus tard, avec les résultats au niveau des exploitations », prévoit Cassandre Matras. Les conditions de l’été 2020, prévoit-elle, ne devraient en tout pas non plus favoriser les mises à la reproduction pour la prochaine saison.
La consommation intérieure à suivre
Comment se terminera cette année inhabituelle ? « La cotation a atteint des niveaux extrêmement élevés, et on ne peut pas garantir qu’elle poursuivra sa hausse. À l’inverse, pour que les prix diminuent, il faudrait soit que le marché s’alourdisse fortement, soit que la consommation diminue », estime Cassandre Matras.
Le premier scénario semble peu probable : les négociations autour du Brexit demeurent tendues, et la Chine ne devrait pas avoir résolu la crise de la peste porcine avant quelques années au moins, durée pendant laquelle elle continuera d’absorber l’agneau néozélandais en l’absence de nouvelle crise politique ou sanitaire. « Cette année, je pense qu’on restera sur une tendance avec des importations basses », prévoit Cassandre Matras.
Les turbulences économiques à venir en France pourraient en revanche jouer fortement sur la demande intérieure. « Est-ce que le nouveau confinement, en interdisant les rassemblements familiaux, pourrait jouer en défaveur de l’agneau ? Est-ce que la récession pourra pousser les Français vers des viandes comparativement plus abordables ? », s’interroge Cassandre Matras.
Baisse des importations en grande partie liée au Brexit
Manque d'éléments pour expliquer cette diminution de la production hexagonale