Les députés européens devraient vraisemblablement entériner, le 14 janvier prochain, le compromis en seconde lecture trouvé par les négociateurs des trois institutions (Conseil, Commission, Parlement) le 18 décembre dernier relatif à la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et à l’utilisation durable des pesticides. Les principaux groupes politiques – le centre droit (PPE), le centre (ALDE), et le centre gauche (PSE) –, réunis à Bruxelles durant la semaine du 5 janvier ont indiqué leur intention de voter en faveur du texte, à l’exception toutefois des députés britanniques, irlandais et polonais.
Les organisations professionnelles agricoles de l’UE regrettent toujours le manque d’évaluation de l’impact de la future législation européenne sur les produits phytopharmaceutiques sur leur secteur. Mais elles ne devraient pas être en mesure de mobiliser suffisamment de députés pour bloquer l’adoption définitive, le 14 janvier, de la nouvelle règlementation. Une majorité d’élus européens semble, en effet, en faveur du compromis (53 pour, 25 contre, au sein du groupe le plus important, le PPE). De leur côté, les représentants permanents des Etats membres (Coreper), à l’exception du Royaume-Uni, de l’Irlande et de la Hongrie, ont indiqué récemment leur intention de soutenir le texte, une fois qu’il aura été validé par l’hémicycle.
505 substances en circulation
Les députés disposent, depuis quelques semaines, d’une étude réalisée par l’agence suédoise sur les produits chimiques (KEM) jugée « sérieuse », et qui prévoit la disparition de 22 molécules, dont certaines sont très courantes, sur les 505 en circulation actuellement. Il s’agit de huit herbicides (Amitrole, Ioxynil, Glufosinate, Linuron, Molinate, Pendimethalin, Tepraloxydim, Tralkoxydim), de onze fongicides (Carbendazim, Dinocap, Epoxiconazole, Flumioxazin, Flusilazole, Iprodion, Mancozeb, Maneb, Metconazole, Quinoxyfen, Tebuconazole), de trois insecticides (Bifenthrin, Lufenuron, Thiacloprid) et d’une autre substance, le Flurprimidol.
Etudes contestées par l’industrie
Ces produits sont considérés comme toxiques pour la reproduction, cancérigènes, mutagènes ou susceptibles de provoquer des troubles endocriniens. Toutefois, si les professionnels prouvent qu’ils ne disposent pas d’alternative pour protéger leurs cultures, ces molécules pourront obtenir des dérogations d’une durée de cinq ans, renouvelable, et donc les garder à disposition.
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Néanmoins, l’industrie chimique conteste fortement cette étude. Elle relève, par exemple, que certaines substances mentionnées comme étant très toxiques sont utilisées dans le secteur pharmaceutique et couramment administrées à des humains. De plus, souligne-t-elle, il est impossible de dire quelles substances seront retirées du marché sur la base de la nouvelle législation, avant qu’elles n’aient été évaluées sérieusement par l’Autorité européenne pour la sécurité des aliments (EFSA).
Le Roundup mis en cause
Par ailleurs, un universitaire français, Gilles-Eric Séralini, a publié une étude dans laquelle il indique que le premier désherbant vendu au monde, à base de Glyphosate, le Roundup, serait dangereux pour la santé humaine, même à des doses infinitésimales. « Nous avons travaillé sur des cellules de nouveaux-nés avec des doses de produits 100 000 fois inférieures à celles avec lesquelles le jardinier lambda est en contact. Les Roundup programment la mort des cellules en quelques heures », indique-t-il. Monsanto France a immédiatement dénoncé une volonté de « dénigrer » de la part de ce scientifique et le « détournement systématique de l’usage normal du produit ».