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Abolir les mentions semi-génériques, demande forte des AOC

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Parlant au nom des appellations viticoles françaises (Cnaoc) et européennes (Efow) lors d'une audition à la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale le 23 mars, Pascal Bobillier-Monnot, directeur de la Cnaoc, a souhaité que la Commission se montre « offensive », dans la négociation de l’accord TTIP, pour faire disparaître les 17 mentions semi-génériques viticoles utilisées aux États-Unis.

L’abolition de la pratique des mentions semi-génériques, ces dénominations qui, sur le sol américain, mixent des noms de terroirs viticoles européens tels « champagne », « chablis », « burgundy », « porto », à des identifiants locaux tels « Californian », est une demande forte des AOC viticoles. Pascal Bobillier-Monnot, directeur de la Confédération nationale des appellations de vins et eaux de vie (Cnaoc), a été auditionné par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, en même temps que ses homologues du Cnaol, le Conseil national des appellations d'origine laitières (Cnaol). Thème de cette audition : les conséquences du Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP) sur les appellations d'origine protégée (AOP).

L’attractivité de l’image européenne chez les consommateurs américains

Les détenteurs d'AOP plaident pour accord ambitieux

Un accord « vin » entre l’UE et les États-Unis avait été conclu en 2005, prévoyant l'abandon de la pratique de ces semi-génériques, qui induisent en erreur les consommateurs américains, de plus en plus demandeurs de produits européens. Mais Washington n’a pas pris l’initiative de le transcrire dans la législation américaine, a rappelé Pascal Bobillier-Monnot.
Ce dernier a fourni aux députés présents à l’audition des données chiffrées qui illustrent l’engouement des consommateurs américains pour l’image européenne. Les trois-quarts des vins mousseux produits et consommés aux États-Unis sont vendus avec une présentation « champagne », à un prix d’environ 10 dollars la bouteille. À côté, les bouteilles de « vrai » champagne coûtent 30 dollars. On voit donc à la fois l’attractivité du champagne mais aussi la pression de la concurrence qui s’exerce sur l’appellation française. 

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Vins et fromages : un fort potentiel de marché aux États-Unis

Contrairement à plusieurs députés qui se demandaient si l’agriculture ne devrait pas être exclue de l’accord transatlantique, l’orateur a plaidé « pour un accord ambitieux », car un réel potentiel de marché existe aux États-Unis pour le vin et les spiritueux. Pour les fromages aussi. Ce sont plus de 372 000 tonnes de fromages français qui ont été exportées aux États-Unis dont plus de 11 000 tonnes en AOP, a ajouté Claude Vermot-Desroches, président de l’appellation du comté. L’exportation de roquefort vers le marché américain a augmenté de 15% ces dix dernières années. Claude Vermot-Desroches a mentionné une  « tendance très forte à vouloir s’accaparer l’image des AOP sous prétexte que leur identification est un nom générique. Avec un nom comme “Parmesan”, le consommateur américain pense qu’il achète un produit italien ».
La Cnaoc demande qu’après l’accord transatlantique, les 17 mentions semi-génériques viticoles utilisées aux États-Unis ne soient utilisées que par leurs titulaires légitimes.
AOP viticoles et laitières, réunies lors de cette audition parlementaire, ont la même position, en faveur d'un accord ambitieux : « Un accord a minima ne nous intéresse pas », a conclu Patrick Chassard, producteur de fromage saint-nectaire fermier et vice-président du Cnaol.

Point de vigilance : les mentions traditionnelles ne sont pas protégées

Pascal Bobillier-Monnot a signalé un « point de vigilance » : les « mentions traditionnelles » (« château », « clos », « domaine ») ne sont pas protégées. Or, en Europe elles correspondent à une obligation que 100% du raisin soit produit et vinifié à la propriété. Outre-Atlantique les raisins peuvent venir de n'importe où. La Commission se montre justement « silencieuse » sur ce dossier des mentions traditionnelles, « ce qui n’est pas neutre », l’exécutif européen étant tenté de lâcher du lest dans la négociation sur des points moins essentiels que celui des semi-génériques, selon le directeur de la Cnaoc.