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Accord États-Unis/Chine : Pékin tente de respecter ses engagements d’achat de produits agricoles

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Washington s’est félicité dans un communiqué publié le 24 mars, des avancées concrètes dans la mise en œuvre des mesures relatives à l’agriculture stipulées dans la phase 1 de l’accord commercial sino-américain signé le 15 janvier, malgré la survenance de l’épidémie de coronavirus. Conformément à ses engagements d’acheter pour au moins 12,5 Mrds $ supplémentaires de produits agricoles en 2020, Pékin a passé sa première grosse commande de produits agricoles et a aussi confirmé son engagement d’importer en plus grand nombre des produits avicoles mais aussi de la viande de bœuf et de porc en provenance des États-Unis.

Dans un contexte inédit engendré par la rapide propagation de l’épidémie de coronavirus à l’échelle mondiale qui a retardé l’officialisation de certaines échéances commerciales, les départements américains à l’agriculture (USDA) et au commerce (USTR) ont tout de même annoncé le 24 mars des progrès dans la mise en œuvre des dispositions relatives à l’agriculture figurant dans la première phase de l’accord économique et commercial entre les États-Unis et la Chine, signé à Washington le 15 janvier dernier (1).

Pékin qui promet d’acheter au moins 12,5 milliards $ supplémentaires de produits agricoles américains en 2020 et au moins 19,5 milliards $ en 2021 par rapport aux 24 milliards de dollars de 2017, vient comme l’a indiqué l’USDA le 22 mars, de passer sa première grosse commande de produits agricoles. Selon le système recensant au quotidien les ventes à l’étranger les plus importantes, des courtiers chinois ont acheté 756 000 tonnes de maïs, 340 000 tonnes de blé dur rouge d’hiver et 110 000 tonnes de soja. L’USDA rapporte même que « les importateurs chinois ont effectué leur plus gros achat de blé américain depuis que Trump a lancé sa guerre commerciale au début de 2018 ». L’industrie du blé précise de son côté que « la vente, pour livraison au cours de la campagne 2020-21, pourrait valoir jusqu’à 85 millions $ sur la base des prix actuels du marché ». En termes de prévision, l’USDA s’attend à ce que la Chine importe 4 millions de tonnes de blé de tous les fournisseurs au cours de la campagne 2019-20, qui se termine le 31 mai. Cela représenterait une augmentation conséquente par rapport aux 3,15 millions de tonnes enregistrées au cours de la campagne de 2018-2019. L’ensemble de ces engagements avaient été jusqu’alors retardés par la survenance de l’épidémie de coronavirus et par le fait que les Chinois se tournent plutôt vers le Brésil et l’Argentine à cette période de l’année. Par ailleurs, selon le rapport hebdomadaire de l’USDA sur les ventes à l’étranger publié le 19 mars, la Chine était la semaine dernière l’acheteur le plus important de porc et de sorgho produits aux États-Unis, et le deuxième acheteur de coton américain.

Sécuriser le commerce des produits avicoles

Autre signe qui montre des avancées majeures dans la mise en œuvre dudit accord, la récente signature survenue le 23 mars, de l’accord de régionalisation avec la Chine pour un commerce sécurisé des produits avicoles. Celui-ci a pour principal but de permettre la poursuite des échanges de produits avicoles à partir de régions non touchées du pays si les États-Unis détectent à l’avenir des cas d’influenza aviaire hautement pathogène ou de maladie de Newcastle virulente. En contrepartie, les États-Unis acceptent de mettre en œuvre la régionalisation pour les produits avicoles chinois une fois que la Chine aura officiellement reconnu les zones franches. Les deux pays conviennent également de ne pas s’imposer mutuellement de restrictions commerciales en cas de découverte de grippe aviaire faiblement pathogène. L’accord de régionalisation détaille également les nombreuses mesures que les États-Unis et la Chine doivent prendre si l’influenza aviaire hautement pathogène est détecté chez les volailles. Celles-ci comprennent le contrôle de la zone, la notification à l’autre pays, la suspension des importations et des exportations, l’abattage et la désinfection, la surveillance de la situation et la reprise des importations et des exportations. Par ailleurs, la suspension peut être levée s’il n’y a pas de nouveaux cas pendant les trois mois suivant le règlement du dernier cas. Grâce à cet accord de régionalisation, « les exportations américaines de volailles pourraient dépasser le milliard de dollars par an », précise l’USDA dans son communiqué du 24 mars.

Booster les exportations de bœufs et de porcs américains

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Conformément à l’accord phase 1, la Chine a élargi sa liste interne de produits américains à base de bœuf et de porc éligibles pour entrer dans ses ports, y compris les produits transformés à base de viande. Sur la liste de la viande bovine et des produits à base de viande bovine, la Chine a supprimé toute référence aux restrictions d’âge, conformément à son annonce du 24 février qui a levé conditionnellement les restrictions sur la viande bovine et les produits à base de viande bovine provenant de bovins âgés de 30 mois et plus. De plus, elle a notifié aux États-Unis les limites maximales de résidus proposées pour trois hormones couramment utilisées dans la production de bœuf américain. En 2019, la Chine a importé pour 8,4 Mrds $ de produits à base de bœuf. Pour la première fois depuis 2003, les producteurs de bœuf américains auront aussi accès à la quasi-totalité des produits bovins en Chine.

Quant aux producteurs américains de porc, ils pourront, eux aussi, élargir les types de produits porcins expédiés en Chine. Par ailleurs, Pékin a publié une liste mise à jour de 938 établissements américains de production de viande bovine et porcine pouvant exporter vers la Chine, précise l’USDA.

La mise à jour par Pékin de sa liste d’installations américaines éligibles pour l’exportation de drêches de distillerie sèches et son annonce pour une procédure simplifiée pour l’enregistrement des nouveaux produits alimentaires américains destinés à l’exportation, sont parmi les autres engagements respectés par la Chine dans le cadre de l’accord commercial dit de phase 1. Enfin, l’USDA précise aussi que depuis l’entrée en vigueur le 2 mars du nouveau processus d’exclusion tarifaire de la Chine, de nombreux importateurs bénéficient déjà d’un allégement tarifaire pour les achats de produits alimentaires et agricoles américains.

Dans son communiqué du 24 mars, le secrétaire à l’Agriculture américain, Sonny Perdue déclare que « ces mesures montrent que la Chine est sur la bonne voie pour mettre en œuvre l’accord de la première phase », ajoutant que « nous continuerons à travailler avec la Chine pour assurer la pleine mise en œuvre de ses engagements et nous nous réjouissons de voir d’autres améliorations et progrès au fur et à mesure que nous poursuivrons nos discussions bilatérales ».

(1) Voir n° 3733 du 16/03/2020