Après une année 2019 marquée par une progression de sa rentabilité et l’intégration des entreprises acquises précédemment, Agrial se prépare à une année compliquée par la crise du Covid-19. La coopérative a décalé certains investissements, notamment en croissance externe, et doit affronter des surcoûts industriels et logistiques.
Alors que l’année commençait plutôt bien pour la branche agroalimentaire de la coopérative caennaise Agrial, la crise du Covid-19 a mis un coup d’arrêt à cette évolution. « Les ventes agroalimentaires ont reculé de 7 % pendant la période du confinement, progressant en GMS mais reculant très fortement en restauration », a détaillé Ludovic Spiers, directeur général d’Agrial à l’occasion de la présentation des résultats 2019 et des perspectives pour 2020, le 1er juillet. Pour faire face à la hausse de la demande en grandes surfaces lors du confinement (+7 % de chiffre d’affaires en France, +5 % à l’étranger), la coopérative a simplifié et recentrée son offre. Tandis qu’elle constatait un fort recul de 35 % de ses ventes pour la restauration. Les ventes à l’export ont été aussi en retrait de 10 % à cause du confinement et des difficultés du transport. Les conséquences concernent aussi la rentabilité : l’EBE a ainsi reculé de 20 % entre mars et juin, en lien avec les surcoûts et les baisses de productivité des outils industriels.
Certaines filières ont plus souffert que d’autres. Le cidre a accumulé des stocks qui ne pourront pas être écoulés, à cause de la fermeture de la restauration au printemps. L’impact est important pour Agrial qui évalue à 100 000 hl le volume de jus de fruit qu’il voudrait pouvoir détruire (sur un stock à l’échelle nationale de 200 000 hl) afin de démarrer la prochaine campagne de façon plus sereine.
Plan d’économie pour passer la crise
Face à cette situation, un plan d’économie a été mis en place, incluant notamment la réduction de charges fixes. « Nous avons décidé de diminuer les investissements de 25 à 30 % par rapport à ce qui était prévu, et de les reportant à 2021, pour ne pas handicaper les résultats de l’exercice 2020 », explique Arnaud Degoulet, le président d’Agrial. Les embauches ont aussi été réduites cette année. Les investissements maintenus sont ceux concernant les équipements industriels internes, dont les 40 millions d’euros annoncés récemment pour la reconstruction du site de fromage de Luçon détruit par un incendie en 2019. Et une nouvelle tour de séchage va être construite sur le site d’Herbignac en remplacement de l’équipement actuel devenu obsolète. La croissance externe, très dynamique les années précédentes, s’est ralentie. « À cause du Covid-19 cette année, nous avons été surtout mobilisés sur le court terme et avons mis de côté la croissance externe », explique Ludovic Spiers. « Mais l’année n’est pas terminée… », a ajouté le président Degoulet.
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Soucieuse de préserver les équipes, la direction a souligné qu’il n’y avait pas de restructuration prévue, ni même de fermeture de site programmée. « La solidité d’Agrial nous permet de passer la crise, même si on est affecté », a souligné Ludovic Spiers.
Les ventes passent la barre des 6 milliards d’euros
En 2019, Agrial a connu une hausse de son chiffre d’affaires de 4,3 % à 6,1 milliards d’euros. La croissance organique est ressortie à 2,4 %, grâce au développement des marques qui représentent désormais un tiers des ventes de la branche agroalimentaire (et 79 % du chiffre d’affaires total). La croissance externe s’élève quant à elle à 1,9 % « grâce notamment à l’intégration réussie du cidrier britannique Aston Manor et du fromager allemand Rotkäppchen, acquis en 2018 », indique la coopérative. La rentabilité s’est redressée avec un EBE à 226 millions d’euros (contre 212 millions d’euros en 2018) et la dette a un peu reculé à 794 millions d’euros (contre 815 millions d’euros en 2018).
Les conditions météo et de marché ont été favorables pour plusieurs filières, comme les légumes et fruits frais qui ont dégagé « une bonne performance en 2019 » : une meilleure qualité des salades 4e gamme et des cours favorables pour les pommes de terre et les carottes. L’année dernière, Agrial a lancé ses premiers produits sans résidus de pesticides pour les légumes frais (marque Priméale Gourmet) et la salade (Florette). La branche lait a aussi bénéficié de cours du lait qui se sont redressés, et le lait a trouvé un nouveau moyen de valorisation à travers la marque de laitages bio Les 300 & Bio. Les viandes ont pu profiter du développement de la boucherie et de la charcuterie premium, un créneau sur lequel Agrial se renforce ces dernières années. Fin 2019, la coopérative a acquis deux charcutiers spécialistes des produits cuits, La Bresse et Sibert (Agra Alimentation du 26 septembre 2019). En revanche, les boissons connaissent une rentabilité en retrait en France et aux États-Unis, contrebalancée par l’intégration d’Aston Manor au Royaume-Uni qui a représenté un débouché pour les pomiculteurs coopérateurs.