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Agriodor avance sur ses solutions de remplacement des néonicotinoïdes

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Ené Leppik (CTO) et Camille Delpoux (COO), toutes deux cofondatrices d'Agriodor. Crédits : © Agriodor

Pionnière dans la fabrication de solutions de biocontrôle uniques et brevetées à partir de l’analyse de kairomones et d'allomones produites par les plantes, Agriodor vient d’annoncer une levée de fonds de 5 millions d’euros pour financer son développement. La société travaille à une alternative aux néonicotinoïdes interdits en Europe, pour lutter contre le puceron de la betterave sucrière, vecteur de la jaunisse.

Agriodor a annoncé le 26 avril 2023 avoir bouclé une levée de fonds de 5 millions d’euros, auprès de Capagro, Cap Horn, BNP Paribas Développement, SWEN Capital Partners et Breizh Up. La start-up, une « spin-off » de l’INRAE de Versailles, a été fondée en 2019 par Ené Leppik PhD, (CTO), rejointe ensuite par Alain Thibault (CEO) et Camille Delpoux (COO). Ces fonds vont lui permettre de déployer commercialement ses solutions de biocontrôle unique et brevetée. « Agriodor travaille à partir de l’analyse de kairomones (substance attractive, ndlr) et des allomones (substance répulsive, ndlr), ces molécules produites par les plantes et utilisées par l’insecte pour se reproduire, se nourrir …, pour produire des mélanges ou blends, qui seront ensuite utilisés contre les insectes ravageurs, explique Camille Delpoux. Notre savoir-faire repose sur l’analyse des odeurs produites par les plantes et perçues par les insectes. Il s'agit ensuite de travailler sur les bons dosages des molécules choisies dans la formulation des blends, en lien avec leur diffusion. Nous travaillons donc avec des plantes, mais aussi avec des insectes, notamment via des labyrinthes de choix olfactifs, indispensables pour savoir si telle ou telle molécule est perçue comme répulsive ou attractive ».

Après avoir fait la preuve du concept de sa technologie sur la bruche de la féverole et des lentilles, pour lequel elle a déposé deux brevets, « Agriodor a décidé de se lancer sur la construction d’un portefeuille plus ambitieux pour lutter contre les familles d’insectes ravageurs des grandes cultures, pour lesquels nous prévoyons de déposer quatre brevets supplémentaires », indique la dirigeante.

La société est ainsi impliquée depuis 2021 dans le projet du PNRI (plan national de recherche et innovation) mené par l’ITB (institut technique de la betterave français) et l’INRAE visant à trouver des alternatives aux néonicotinoïdes pour lutter contre le puceron de la betterave sucrière vecteur de la jaunisse, interdits en Europe et sans réelles alternatives efficaces. « Nous travaillons sur une formulation mécanisable de notre solution qui agit sur le puceron à la fois comme un répulsif et comme un perturbateur, via des granules qui pourront être épandues par les agriculteurs », précise Camille Delpoux. Outre la mise au point de mélanges efficaces, Agriodor doit aussi trouver le moyen de les diffuser sur la durée et dans les bonnes quantités.  C'est pourquoi « nous travaillons avec des industriels sur les formulations des matrices afin d'obtenir une diffusion et une efficacité optimale ».

 

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Une première mondiale

Le remplacement des néonicotinoïdes est un projet structurant pour l’avenir d’Agriodor. « Fin 2023, date à laquelle se termine le PNRI, nous aurons des prototypes bien avancés qui devraient nous conduire à nos objectifs de déploiements commerciaux de cette solution en 2025. Et comme nous ciblons des problématiques urgentes, nous espérons obtenir une dérogation d’autorisation de mise sur le marché (AMM) dès 2025 », explique Camille Delpoux. Une dérogation qui pourrait notamment faire écho au sein de la filière betteravière. En attendant, Agriodor prévoit en parallèle d'utiliser une partie des fonds levés aux financements de ces demandes d’AMM, un processus long et couteux.

Et Agriodor ne manque pas de projets. « Les problématiques du colza sont les mêmes que pour la betterave. Avec ces deux projets, Agriodor sera la première société au monde à développer un produit répulsif à base d’allomones à l’échelle des grandes cultures et mécanisable, poursuit Camille Delpoux. Maintenant que nous maîtrisons l’expertise de nos deux piliers, à savoir dupliquer des odeurs et trouver les applications pour les déployer, nous allons pouvoir élargir nos cibles et nos marchés. Nos projets sont aujourd’hui ciblés en Europe, mais le champ des possibles de nos solutions est mondial ».

Autre élément à souligner, « Agriodor compte une équipe avec 5 nationalités et plus de 50% de femmes, à commencer par ces deux dirigeantes opérationnelles, ce qui est assez rare dans l’agriculture, un milieu assez masculin », termine ainsi Camille Delpoux.