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CANADA/PRODUITS LAITIERS Agropur dans la consolidation mondiale du secteur laitier

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Le traité de libre échange UE/Canada, ne manque pas d'inquiéter Agropur, première coopérative laitière canadienne. Mais elle a déjà commencé son internationalisation et fortement renforcé ses activités aux Etats-Unis avec le rachat de Davisco cette année. Objectif : peser dans la compétition mondiale sur le marché des produits laitiers.

LE traité de libre échange UE/Canada ouvrira les frontières canadiennes à 17 700 tonnes supplémentaires de fromage importé d'Europe. « Ce fromage va entrer au Canada mais, avec notre structure de coûts, nous ne pourrons jamais exporter en Europe, où le lait est payé moins cher », commentait Serge Riendeau, président d'Agropur, en marge du Sommet international de coopératives en octobre à Québec. Autant dire que la coopérative, acteur majeur du secteur laitier canadien, suivra de près la mise en œuvre de cet accord, dont il est au demeurant difficile de prévoir les effets sur le marché canadien.

Au-delà de cet enjeu sur son marché intérieur, Agropur doit, comme les autres groupes laitiers, se positionner dans un marché mondial en pleine mutation. « En 2014, nous ferons environ 5,8 milliards de dollars canadiens de chiffre d'affaires (4,1 milliards d'euros), explique Serge Riendeau. Mais nous sommes en compétition avec des groupes qui pèsent plus de 20 milliards de dollars. Il faut que nous ayons la taille critique nécessaire pour compter parmi les deux ou trois principaux fournisseurs de nos clients. »

COURSE À LA TAILLE, AU CANADA ET AUX ETATS-UNIS

Ces deux dernières années, Agropur a donc multiplié les opérations de croissance externe (neuf au total) et quasiment doublé son chiffre d'affaires (3,6 milliards de dollars canadiens en 2012). Parmi les opérations, deux fusions avec des coopératives canadiennes (Farmers Co-operative Dairy en 2013, Dairy Town en 2014), mais aussi une acquisition très importante aux Etats-Unis avec la reprise de Davisco cette année. Cette entreprise spécialisée dans la fabrication de fromage et d'ingrédients laitiers réalise plus de 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires (800 millions d'euros) et vient doubler les activités américaines d'Agropur.

Ces dernières ont été développées, à coup d'acquisitions, depuis 2008. Elles constituent aujourd'hui un deuxième marché domestique pour Agropur, et comptent pour environ 40 % de sa production et de ses ventes. Si Agropur travaille encore essentiellement en B2B sur ce marché, les développements futurs pourraient passer par les produits de grande consommation. Au Canada, où elle transforme 30 % du lait produit, la coopérative fait partie des leaders du segment. Profitant d'un marché encore très protégé, le groupe finance ses développements par des emprunts bancaires et l'entrée d'investisseurs institutionnels au capital, sans que ces derniers deviennent actionnaires.

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IÖGO OU COMMENT REMPLACER LA FRANCHISE YOPLAIT

Outre les fromages de spécialités, dont il est le leader avec 10 000 tonnes par an, le groupe coopératif est présent sur l'ensemble des produits laitiers. Il a relevé un défi important dans le yaourt il y a deux ans. Pour pallier la fin du contrat de franchise avec Yoplait, Aliments Ultima (co-entreprise détenue avec la coopérative Agrifoods) lance la marque iögo. Avec une part de marché de 14 % au Québec et 10 % au Canada en 2013, le lancement, soutenu par plus de 100 millions de dollars canadiens d'investissement (71 millions d'euros) est réussi. « Mais il faut passer à l'étape suivante et gagner à nouveau des parts de marché », estime Serge Riendeau (1).

Agropur compte 3 450 membres, avec des exploitations allant de 60 à 1 200 vaches. En 2013, le groupe comptait 36 usines et 7 500 employés. Sa production totale de fromage équivaut à 30 % de la consommation canadienne.

(1) Aliments Ultima fabrique encore les yaourts Yoplait, mais en sous-traitance, selon un nouvel accord conclu en 2012 pour six ans.