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Alcool : l’Inserm enterre le « french paradox »

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L’idée selon laquelle la consommation d’alcool à faible dose aurait des conséquences positives sur la santé est erronée, a tranché l’Inserm dans les conclusions d’une récente expertise collective. « Toute consommation d’alcool est nuisible pour la santé », conclut l’institut de recherche médical, qui recommande un durcissement de l’encadrement du secteur, visant les prix, le commerce, la publicité, et le lobbying.

Sollicité par le ministère de la Santé, l’Inserm a publié le 4 juin les résultats d’une expertise collective sur les effets de l’alcool, dans laquelle il affirme que « toute consommation d’alcool est nuisible pour la santé et qu’il n’y a pas d’effet protecteur, contrairement à ce qui a été mis en avant pendant longtemps ». Les études mettant en avant un « french paradox » souffraient de « problèmes méthodologiques », notamment dans « la définition du groupe témoin et le caractère déclaratif des consommations d’alcool ». « Il faut arrêter de dire que c’est bon pour le cœur », lance à propos du vin rouge Mickaël Naassila, chercheur Inserm du Groupe de recherche sur l’alcool et les pharmacodépendances à Amiens, interrogé par l’AFP.

En conséquence, conclut l’organisme de recherche médicale, « le niveau de consommation d’alcool pour lequel le risque de dommages est minimal est donc de zéro verre standard par semaine ». Il rappelle au passage que la consommation « même faible d’alcool » est par exemple associée à un risque augmenté de cancer du sein. Et qu’elle est la deuxième cause de mortalité évitable en France (après le tabac).

Moins de pub, plus de taxe

Les chercheurs font par ailleurs plusieurs recommandations, qui visent globalement une baisse de la consommation d’alcool, en se basant sur les expériences réussies de politiques publiques dans des pays étrangers. Ils partent du constat « que le prix de l’alcool, sa disponibilité ou encore les normes relatives à sa consommation, sont associés à des perceptions positives et donc incitent à boire ».

La mesure la plus marquante est « l’augmentation du prix des boissons alcoolisées grâce à un système de taxation adéquat (en fixant un prix minimum par unité ou gramme d’alcool) », comme cela a été fait en Écosse et au Pays de Galles. « Le niveau de taxation devant être assez élevé pour éviter les effets de reports sur d’autres boissons (moins alcoolisées mais consommées en plus grande quantité) », précise l'institut.

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L’Inserm propose aussi de durcir la loi Evin de 1991, « considérablement affaiblie » ces dernières années, en interdisant la publicité sur internet et dans l’espace public. Ils suggèrent également de « réduire la disponibilité de l’alcool » (via les plages horaires de vente et le nombre de commerces ou de licences), et de « rappeler les repères de consommation à risque faible » (pas plus de deux verres par jour et pas tous les jours), ainsi que « la plus grande vulnérabilité biologique des femmes vis-à-vis de l’alcool ». Les experts déplorent par ailleurs que « les moyens alloués » pour lutter contre ce fardeau ne soient pas « à la hauteur des enjeux ».

Lutter contre « les stratégies d’influence »

Enfin, l’Inserm recommande d’encadrer davantage le lobbying des filières alcool. L’organisme de recherche médicale considère en effet qu’il a été « montré dans la littérature que les stratégies d’influence et de lobbying de l’industrie de l’alcool sont efficaces pour faire évoluer les lois dans un sens défavorable à la santé publique ». Les chercheurs proposent de lui imposer un « principe de transparence des relations d’influence » similaire à celui mis en place pour l’industrie du tabac dans le cadre de la loi de Modernisation du système de santé de 2016.

Les chercheurs recommandent ainsi deux mesures : d’abord mettre en place une déclaration annuelle « de l’ensemble des dépenses liées aux activités directes d’influence et de lobbying (contacts formels et informels avec les membres du Parlement, du Sénat ou du gouvernement) de la filière alcool (producteurs, représentants de la filière) ». Et ensuite « exiger des informations et la transparence des actions de lobbying " indirectes " », telles que « le financement et les programmes de recherche et d’enseignement d’écoles et d’universités », ou les « actions de prévention mises en place par la filière alcool », ainsi que « la présence et la participation de la filière alcool à des commissions et groupes de travail et d’experts publics ».

« Il faut arrêter de dire que c’est bon pour le cœur »

Un « système de taxation adéquat », comme cela a été fait en Écosse et au Pays de Galles