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Céréales Alerte sur la flambée des prix alimentaires dans le monde

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La Russie a assuré qu’elle ne mettrait pas en place d’embargo sur ses exportations de céréales malgré la sécheresse qui touche ses cultures. Les cours des matières premières agricoles continuent malgré tout de flamber. La Banque mondiale, la FAO, le PAM et le FIDA appellent les États à agir rapidement pour éviter une crise alimentaire.

Dans le contexte actuel de flambée des cours des matières premières agricoles, les décisions de la Russie, touchée par une sécheresse qui a endommagé une partie de sa récolte de céréales, sont particulièrement scrutées. Afin de rassurer les marchés, Moscou a réaffirmé, le 31 août, qu’elle ne comptait pas limiter ses exportations. La Russie, troisième exportateur mondial de céréales, a confirmé que sa production atteindrait 75 millions de tonnes (contre une récolte d’environ 92 Mt en 2011) dont 40 à 42 Mt de blé et que ses exportations se situeraient entre 10 et 14 Mt. Le vice-premier ministre, Arkadi Dvorkovitch, a précisé que son gouvernement ne souhaitait pas imposer d’embargo sur les exportations de céréales : « Tant que je serai chargé de ce secteur, je serai contre toute limitation des exportations de céréales. On ne prévoit pas de telles mesures dans les prochaines années ». En 2010, année où le pays avait été frappé par une sécheresse et une canicule sans précédent, la Russie avait mis en place un embargo sur ses exportations qui avait contribué à une envolée des prix mondiaux.
 
La Banque mondiale tire la sonnette d’alarme
Cette annonce n’a pas pour autant détendu les marchés mondiaux. Ce qui constitue une « menace pour la santé et le bien-être » de millions de personnes, s’est alarmé le 30 août le président de la Banque mondiale (BM), Jim Yong Kim. « Les prix alimentaires ont encore augmenté brutalement et menacent la santé et le bien-être de millions de personnes », a déclaré dans un communiqué le président de la BM, assurant que l’Afrique et le Moyen-Orient étaient « particulièrement vulnérables ». Entre juin et juillet, les prix mondiaux du maïs et des graines de soja ont respectivement bondi de 25% et 17%, se hissant à des niveaux « sans précédent », a indiqué la Banque mondiale. Sur cette période, les prix alimentaires dans leur ensemble ont augmenté de 10% et devraient « rester élevés et volatils sur le long terme », s’inquiète l’institution qui se dit « prête » à augmenter son programme d’assistance à l’agriculture, auquel elle consacre plus de 9 milliards de dollars en 2012. Selon l’organisation non-gouvernementale Oxfam, ces données « devraient réveiller les gouvernements et leur faire prendre conscience qu’une action sur la volatilité des prix alimentaires est requise d’urgence », a indiqué dans un communiqué Colin Roche, un porte-parole de l’ONG.
 
Un symptôme, pas la maladie
C’est également ce qu’appellent de leurs vœux la FAO (organisation pour l’alimentation et l’agriculture), le PAM (Programme alimentaire mondial) et le FIDA (Fonds international pour le développement agricole). Dans un texte commun, publié le 4 septembre, les trois agences de l’ONU en charge des questions alimentaires lancent un appel à lutter de manière « rapide et coordonnée » contre les causes profondes de la hausse des prix alimentaires et de la faim dans le monde. Les directeurs des trois institutions craignent de « voir se reproduire la crise alimentaire de 2007-2008 ». « Il nous faut agir sans délai pour éviter que ces chocs de prix n’aboutissent à une catastrophe affligeant des dizaines de millions de personnes au cours des prochains mois », préviennent-ils. « Les prix alimentaires élevés sont un symptôme, et non la maladie (…). Notre vulnérabilité tient au simple fait que, dans une bonne année, la production céréalière mondiale suffit à peine à satisfaire les demandes croissantes de nourriture, d’alimentation animale et de combustible », constatent les agences de l’ONU. Selon elles, le moyen d’action « le plus évident est de promouvoir la production vivrière durable dans les pays pauvres importateurs de nourriture qui détiennent souvent un énorme potentiel d’accroissement de la production ». Autre proposition : augmenter les investissements « dans l’agriculture et la protection sociale ». Enfin, les directeurs de la FAO, du PAM et du FIDA réitèrent leur demande d’ajuster « les mandats de production de biocarburants lorsque les marchés mondiaux sont sous pression et que les disponibilités vivrières sont menacées ».

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