Si la tendance actuelle se poursuit, la consommation mondiale d’antibiotiques dans les élevages pourrait augmenter de 30 % d’ici 2040. Un résultat issu d’une récente étude qui réévalue à la hausse les volumes consommés et projetés.
En se basant sur une nouvelle méthodologie, une étude parue dans Nature Communications le 1er avril réévalue à la hausse la consommation mondiale des antibiotiques utilisés pour l’élevage, ainsi que les prévisions d’évolution d’ici 2040. Les chercheurs y estiment que les élevages ont utilisé plus de 110 000 t d’antibiotiques en 2019, contre 99 000 t selon une étude précédente, ou encore 89 000 t selon les estimations de l’Omsa (Organisation mondiale de la santé animale). Issus de la FAO et de plusieurs universités (Suisse, Belgique, États-Unis), les auteurs ont développé la méthode LBC (pour « Livestock Biomass Conversion »), basée sur des données plus fines en matière notamment de poids vif des animaux. Ils ont ainsi pu mieux « refléter les différences » entre espèces animales, matières premières, cycles de production et systèmes d‘élevage. Les auteurs ont également utilisé un jeu de données internes de la FAO.
En prolongeant la tendance actuelle, l’étude prévoit une hausse de 29,5 % d’ici 2040 (à 143 000 t), en raison de la croissance attendue de la consommation mondiale de produits animaux. Tout en soulignant que, en fonction des politiques de réduction des antibiotiques (huit scénarios étudiés), ce chiffre pourrait évoluer dans une fourchette de + 14 % à -57 %.
Porcs et bovins premiers consommateurs
En termes d’espèces, les premiers consommateurs sont les porcs, avec environ un tiers des volumes mondiaux en 2019, suivis par les bovins (30 %), les moutons (13 %), les chèvres (8 %) et enfin les volailles (4 %). Quant à l’aquaculture (10 % des volumes en 2019), elle devrait « connaître une croissance rapide de l’usage des antibiotiques », dépassant les moutons et atteignant 15 % du total d’ici 2040.
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Autre enseignement de l’étude : en 2019, les élevages européens utilisaient en moyenne 56 mg/kg vif d’antibiotiques par an, quand ceux d’Amérique du nord et du sud en consommaient presque le double (101 mg/kg). Différence majeure entre les deux continents : outre-Atlantique, les élevages utilisent des antibiotiques comme facteur de croissance, alors que cette pratique est interdite dans l’UE depuis 2006. Le fossé entre le Vieux continent et les pays d’Asie et du Pacifique est encore plus frappant : les élevages y consomment quatre fois plus d’antibiotiques (215 mg/kg) qu’en Europe, ce qui peut s’expliquer par l’importance des filières porcines et avicoles, très consommatrices.
En volume, l’Asie consomme plus de 66 000 t d’antibiotiques pour son élevage (60 % du total mondial), l’Amérique du sud 23 000 t, l’Amérique du nord 8 200 t, l’Europe 7 500 t et l’Afrique 5 800 t (soit 39 mg/kg). Si la tendance actuelle se poursuit, ces écarts devraient encore se creuser d’ici 2040, avec une forte croissance des volumes consommés attendue en Asie et Afrique (+ 41 %), ainsi qu’en Amérique du sud (+ 20 %). L’Europe et l’Amérique du nord verraient, elles, leur consommation reculer, de -1 % et -3 % respectivement.
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En préambule de leur étude, les chercheurs rappellent que 47 pays ont signé le manifeste de Muscat (Sultanat d’Oman) en novembre 2022, s’engageant à réduire la consommation d’antibiotiques de 30 à 50 % d’ici 2030. La France a lancé son premier plan dédié en 2011 (Ecoantibio), renouvelé deux fois. Depuis, l’exposition des animaux d’élevage a été quasiment divisée par deux dans l’Hexagone (-48 % entre 2011 et 2023). Mais cet indicateur est reparti à la hausse dans le dernier suivi annuel publié par l’Anses (agence sanitaire) en novembre 2024, laissant supposer qu’un palier a été atteint.