Les ventes d’antibiotiques ont chuté en 2022 avec l’entrée en vigueur d’un règlement européen restreignant fortement les usages en médecine vétérinaire. L’exposition des volailles, des porcs et des lapins a fortement reculé.
Les porcs, les volailles et les lapins ont consommé beaucoup moins d’antibiotiques en 2022, révèle un rapport de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) publié le 17 novembre. Les ventes d’antibiotiques à destination des animaux de compagnie et d’élevage ont reculé de 26 % entre 2021 et 2022. Cette baisse est en très grande partie liée à la chute des ventes d’aliments contenant des antibiotiques qui sont distribués aux animaux d’élevage (-82 % en un an). L’entrée en vigueur d’une nouvelle réglementation européenne en janvier 2022 a limité drastiquement les usages de ces médicaments. Il est désormais interdit de distribuer des aliments contenant des antimicrobiens (dont des antibiotiques) pour prévenir l’apparition de maladies dans les élevages. Tous les usages en prophylaxie (prévention) et en métaphylaxie, c’est-à-dire sur des animaux sains ayant été en contact avec des animaux malades, sont désormais fortement restreints. L’exposition des animaux aux antibiotiques, un indicateur plus fiable que celui des ventes, est elle aussi en baisse (-9 % en un an). Les reculs sont importants pour les volailles (-12 %), les porcs (-21 %) et les lapins (-35 %). Ces trois filières figurent parmi les quatre premiers utilisateurs d’aliments contenant des antibiotiques, avec les ovins, d’après un autre rapport de l’Anses portant sur les ventes de ces aliments. En revanche, l’exposition des bovins est stable (+1 %), les antibiotiques étant souvent utilisés pour soigner les mammites des vaches laitières (infection de la mamelle).
Antimicrobiens et antiparasitaires, nouvelles cibles
Cette nouvelle baisse s’inscrit dans le cadre d’une stratégie de réduction des usages d’antibiotiques en médecine vétérinaire formalisée par les pouvoirs publics dans les plans « Ecoantibio » dont la troisième mouture a été dévoilée le 18 novembre dans la foulée de la publication du rapport de l’Anses. Le ministère de l’Agriculture a lancé Ecoantibio 3, un plan qui, « à la demande des filières », s’élargit aux antimicrobiens et antiparasitaires. Et d’expliquer que « les éleveurs craignent une baisse d’efficacité de l’arsenal thérapeutique notamment antiparasitaire ». En cause, « une émergence des cas de résistance ». Ecoantibio 3 promeut l’« usage raisonné des antimicrobiens et des antiparasitaires, en mettant l’accent sur la prévention des maladies nécessitant un recours aux antimicrobiens et aux antiparasitaires et l’optimisation des pratiques de prescription, en particulier à l’échelle individuelle », selon un communiqué.
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Dressant un bilan du plan lancé en 2011, le ministère souligne les « bons résultats obtenus » en matière de santé animale. « Selon les données publiées par l’Anses, entre 2011 et 2022, l’exposition des animaux aux antibiotiques en France a diminué de 52 % et l’exposition des animaux à certains antibiotiques vétérinaires critiques pour la santé humaine, comme les céphalosporines de 3e et 4e générations, a baissé de plus de 90 %. » Le nouveau plan vise à « maintenir les niveaux actuels d’exposition des animaux d’élevage aux antibiotiques », selon le communiqué.
L’exposition des animaux aux antibiotiques a reculé de 52 % depuis 2011. Dans le détail, cela représente une baisse de 22,6 % pour les bovins, 67,1 % pour les porcs, 71,8 % pour les volailles et 64 % pour les lapins. « Nous sommes certainement arrivés à un palier. Il y aura encore des diminutions chez certaines espèces et des hausses ponctuelles chez d’autres, en lien avec des événements climatiques [les conditions météorologiques peuvent, par exemple, influer sur les mammites]. Mais, nous n’aurons plus de diminution importante comme nous en avons connu », prédit le directeur de l’Anses Franck Fourès.