Alors que les ministres de la santé du G7 insistaient une nouvelle fois sur l’importance de la lutte contre l’antibiorésistance, l’OMS a publié de nouvelles recommandations sur l’utilisation des antibiotiques dans l’élevage, immédiatement critiquées tant par le département américain de l’agriculture que par l’industrie européenne de la santé animale.
Les ministres de la santé du G7, réunis les 5 et 6 novembre à Milan, ont salué le travail mené par les chefs vétérinaires de leurs pays (Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Royaume-Uni, États-Unis) sur la résistance aux antimicrobiens afin de « documenter une nouvelle approche sur les définitions de l’utilisation thérapeutique, responsable et prudente des antimicrobiens chez les animaux ». Le lendemain, à Genève, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié de nouvelles lignes directrices prônant « une réduction globale de l’utilisation de toutes les classes d’antibiotiques importants pour la médecine humaine chez les animaux de rente » et « une restriction complète de l’utilisation de ces médicaments en tant que promoteurs de croissance et à titre préventif en l’absence de diagnostic ». Une initiative sévèrement critiquée par le département américain de l’agriculture (USDA) et l’industrie européenne de la santé animale (AnimalhealthEurope).
La communication de fin juin dernier de la Commission de Bruxelles sur un Plan d’action européen fondé sur le principe “Une seule santé pour combattre la résistance aux antimicrobiens” fera l’objet le 13 novembre à Strasbourg d’un échange de vues entre le commissaire à la santé Vytenis Andriukaitis et les membres de la commission de l’agriculture du Parlement européen (1).
Restrictions
« Les animaux sains ne devront recevoir d’antibiotiques que pour prévenir une maladie diagnostiquée chez d’autres animaux du même troupeau, du même élevage ou de la même population dans le cas des poissons », estime l’OMS. Selon elle, l’utilisation excessive ou inadaptée d’antibiotiques chez l’homme et l’animal contribue à l’amplification de la menace émanant de la résistance aux antibiotiques. Un phénomène qui pourrait causer 10 millions de décès par an d’ici à 2050. Selon une étude publiée le 7 novembre dans la revue The Lancet, la restriction de l’utilisation d’antibiotiques chez les animaux destinés à l’alimentation humaine permet une réduction de la présence de bactéries résistantes chez ces animaux allant jusqu’à 39 %.
Pour remplacer les antibiotiques dans la prévention des maladies chez l’animal, l’OMS propose d’améliorer l’hygiène et l’utilisation des vaccins et de modifier les pratiques d’hébergement et d’élevage.
Par ailleurs, l’agence demande que les antibiotiques administrés aux animaux malades soient sélectionnés parmi ceux qu’elle recense comme les « moins importants » pour la santé humaine. Depuis 2005, elle publie une liste d’antibiotiques d’importance critique pour la médecine humaine, afin d’encourager une utilisation prudente de ces médicaments pour préserver leur efficacité.
« Pas en ligne avec la politique américaine »
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Les nouvelles recommandations de l’OMS « ne sont pas en ligne avec la politique américaine et ne s’appuient pas sur des données scientifiques solides. Elles confondent à tort la prévention des maladies avec la promotion de la croissance chez les animaux », a commenté le 7 novembre la directrice scientifique par intérim de l’USDA, Chavonda Jacobs-Young. « L’OMS avait demandé initialement que les normes pour l’utilisation des antibiotiques à la ferme soient actualisées par le biais d’un processus du Codex transparent, consensuel, basé sur la science. Or, avant que se tienne la première réunion du Codex, l’OMS a publié ces lignes directrices qui, selon les termes qui y sont utilisés, sont fondées sur des preuves de faible qualité et, dans certains cas, de très faible qualité », a-t-elle expliqué.
Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) « autorise l’utilisation de médicaments antimicrobiens dans le traitement, le contrôle et la prévention des maladies chez les animaux destinés à la production d’aliments sous la supervision professionnelle de vétérinaires agréés », a poursuivi la directrice scientifique du département américain de l’agriculture. « Alors que les lignes directrices de l’OMS reconnaissent le rôle des vétérinaires, elles imposeraient aussi des contraintes inutiles et irréalistes sur leur jugement professionnel ».
Les besoins des animaux « largement ignorés »
À Bruxelles, l’association européenne de l’industrie de la santé s’est déclarée « déçue de voir un manque d’appréciation de l’approche Une seule santé dans les nouvelles lignes directrices de l’OMS sur l’utilisation des antimocrobiens médicalement importants chez les animaux destinés à l’alimentation humaine ».
Celles-ci « ignorent largement les besoins des animaux en termes de santé et de bien-être, et l’impact plus large d’animaux en bonne santé en termes de sécurité alimentaire, de transmission des maladies et d’agriculture durable », a commenté la secrétaire générale d’AnimalhealthEurope, Roxane Feller.
Selon l’industrie de l’UE, une des recommandations de l’OMS pourrait en fait être interprétée comme un appel à l’interdiction de l’utilisation des céphalosporines (3e, 4e et 5e générations), macrolides, polymyxines et quinolones chez les animaux d’élevage. Ce qui est, souligne-t-elle, en contradiction avec la liste de l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale) qui classe les macrolides, les 3e et 4e générations de céphalosporines et la seconde génération de quinolones comme antibiotiques importants pour la médecine vétérinaire.
(1) Voir n° 3602 du 03/07/17