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Foodtech/stratégie Après les start-up françaises, Elior cible l’international

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Le groupe de restauration collective Elior a déjà investi ces derniers mois dans quatre start-up françaises : Food Me Up, Never Eat Alone, Pop Chef et la Belle Assiette. Il prévoit maintenant de prendre des participations minoritaires dans d’autres jeunes pousses en Europe et de s’intéresser au marché américain. Cette démarche s’inscrit dans le volet innovation du plan stratégique d’Elior pour les années 2016-2020.

L’appétit d’Elior pour la foodtech ne faiblit pas. À deux jours d’intervalle, mi-octobre, le groupe de restrauration collective a annoncé deux investissements dans des start up des françaises : La Belle Assiette et Pop Chef. Ceux-ci illustrent l’intérêt grandissant d’Elior Group (5,674 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2014/2015) pour les " pépites" proposant des solutions innovantes dans le domaine de l’alimentation et de la restauration, et font suite aux autres investissements réalisés cette année dans Food Me Up et Never Eat Alone. "Nous avons la conviction que les foodtechs peuvent améliorer l’expérience client et qu’elles vont rendre de nouveaux services à nos convives", explique Virginie Rabant, directrice de l’innovation d’Elior Group. "Il ne s’agit pas d’un effet de mode passager, mais d’une véritable démarche de long terme inscrite dans le plan stratégique d’Elior Group pour les années 2016-2020 et au-delà", poursuit Virgine Rabant. L’idée a d’ailleurs été impulsée au plus haut niveau de la hiérarchie, par le p.-d.g. Philippe Salle, et s’est concrétisée sous la forme d’une direction de l’innovation au sein d’Elior Group créée il y a un peu plus d’un an.

Les foodtechs sont un axe stratégique de développement

L’entreprise conduit plusieurs dizaines de projets dans le monde avec des start-up, à travers des collaborations qui ne sont pas toujours des investissements. "Mener un projet avec une start-up c’est nous permettre de mieux connaître l’entreprise et ses dirigeants", explique la directrice de l’innovation. C’est ce que fait actuellement l’entreprise en France avec quatre d’entre elles, Optimiam, Swaf, Dataiku et Wynd, sans être entrée au capital.

La collaboration peut déboucher sur un investissement, mais pas systématiquement. Pour les deux dernières prises de participations annoncées en octobre, "Elior Group est entré directement au capital de Pop Chef et de la Belle Assiette sans phase de collaboration préalable, car il s’agissait de nouveaux services en rupture avec nos activités classiques", souligne Virgine Rabant.

Soucieux de protéger au maximum la capacité créatrice des start-up, Elior se fixe pour ligne de conduite de ne pas acquérir la majorité du capital de l’entreprise. « On ne veut pas les bloquer dans leur développement, mais plutôt les accompagner, souligne Virginie Rabant, c’est pourquoi nous ne voulons pas dépasser 20 % du capital des jeunes pousses dans lesquelles nous investissons". La coopération est surtout opérationnelle. Dans le cas de la Belle Assiette for Business, le service pourrait être proposé aux clients d’Elior. Des synergies pourront aussi être trouvées avec certaines start-up pour des achats groupés.

Pop chef, un modèle 100% intégré

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Pop Chef a levé le 18 octobre 2 millions d’euros auprès de trois investisseurs : Elior Group (lead investor), Gilles Quéru et Marc Simoncini (fondateur du site Meetic). L’entreprise spécialisée dans la livraison de repas se développe sur un modèle tout intégré : « nous produisons les repas et les livrons nous-mêmes, à Paris et dans certaines communes limitrophes », précise Briac Lescure, co-fondateur de l’entreprise. Pop Chef s’appuie sur une organisation permettant de contrôler les coûts, sans avoir recours à des sous-traitants. Les repas sont élaborés dans une cuisine centrale en périphérie de Paris, où est réalisée une première transformation des denrées, les plats étant terminés au sein de dix petites cuisines dans Paris. « C’est la solution pour livrer très rapidement des plats chauds prêts à consommer sans avoir besoin de les réchauffer », précise Briac Lescure. Autre source de rentabilité : la concentration sur l’heure du déjeuner en semaine, en se focalisant sur des zones de bureaux où les livraisons peuvent être regroupées. Résultat : un ticket moyen à 10 euros, correspondant grosso modo à un ticket restaurant.

"L’apport de fonds annoncé en octobre va permettre d’embaucher et de déployer Pop Chef au-delà de la petite couronne. Nous réfléchissons à nous implanter en 2017 à Lyon, Bordeaux et Lille », explique Briac Lescure. Le développement international est à l’étude pour 2018, sous réserve d’une nouvelle levée de fonds. Selon les chiffres dévoilés par la direction de Pop Chef, l’entreprise a livré 100 000 commandes depuis janvier 2015. Elle réalise actuellement un chiffre d’affaires de 100 000 euros par mois, avec une croissance de 10 % par semaine depuis septembre. Dans un environnement très concurrentiel à Paris, où Pop chef affronte Frichti (Agra Alimentation du 21 avril 2016) et Nestor, la startup compte prendre rapidement la place de numéro un.

Capitaliser sur l’expérience d’Elior auprès de la clientèle professionnelle

Le 19 octobre, la Belle assiette annonçait l’arrivée à son capital d’Elior sous la forme de l’acquisition d’une participation minoritaire, se refusant à donner plus de précision sur le montant ou le pourcentage acquis. La startup est spécialisée dans la réservation de prestations de traiteur pour les particuliers, mais aussi les professionnels. "Nous travaillons avec 700 partenaires qui proposent leurs prestations sur la Belle assiette", précise Stephen Leguillon, co-fondateur de l’entreprise. L’arrivée d’Elior va permettre de donner un coup d’accélérateur aux services proposés aux professionnels avec une nouvelle offre baptisée la Belle Assiette For Business. "Elior va nous apporter son expertise en matière de B to B", souligne l’entrepreneur. L’international est aussi dans le viseur de Stephen Leguillon avec le déploiement de l’offre aux entreprises au Royaume-Uni et en Allemagne d’ici la fin de l’année 2017, avant d’autres pays d’Europe en 2018. L’entreprise, qui refuse de dévoiler son chiffre d’affaires, estime que l’activité en France représente 70 % des ventes, le solde étant réalisé en Allemagne et outre-Manche.

Une vision mondiale

Les premiers investissements d’Elior dans les start-up ont concerné jusqu’à maintenant uniquement la France, mais cette orientation est amenée à évoluer dans les prochains mois. Sur le marché national, Elior a mis en place un réseau capable de détecter les jeunes pousses avec lesquelles il pourrait travailler, ce qui passe notamment par la participation à des événements, des salons (Seeds & Chips à Milan en mai 2016) ou une plate-forme comme Smart Food Paris lancée au printemps 2016 (Agra Alimentation du 16 juin 2016). L’idée est de développer des réseaux du même type dans d’autres pays, ce qui a commencé à être fait en Italie, en Espagne et au Royaume Uni. "Nous sommes en train de réaliser une prise de participation en Italie, et nous prévoyons d’investir dans d’autres pays", explique Virginie Rabant. Quant aux États-Unis, Elior commencera à y établir des contacts avec les start-up à partir du début de l’année 2017.