Les filières argentines du biodiesel et du bioéthanol sont en crise depuis le gel des prix de vente instaurés par le nouveau gouvernement pour lutter contre l’inflation. Pour rebondir, elles ont présenté un projet de loi à l’exécutif qui prévoit un rehaussement significatif du taux d’incorporation obligatoire. Le gouvernement vient de créer une commission pour sortir de la crise.
Unis dans l’adversité au sein d’une dénommée Ligue Bioénergétique argentine, les représentants des filières des agro-carburants (bioéthanol de maïs et de canne à sucre, et biodiesel de soja), suivent un précepte très footballistique : la meilleure défense, c’est l’attaque.
Actuellement en crise, à cause de prix gelés par le nouveau gouvernement, et dans le doute faute d’horizon réglementaire, ils ont soumis à l’exécutif un projet de loi ambitieux aligné sur la politique bioénergétique brésilienne. Ce projet de loi devrait être présenté au Parlement dès ce mois de mars.
Peu après son arrivée, le gouvernement a gelé le prix de vente aux bio-raffineries pour limiter inflation. Ce sont les usines de biodiesel de soja de petite et moyenne capacité qui souffriraient le plus, car selon la presse spécialisée, la majeure partie d’entre elles ne fourniraient plus le marché intérieur, leur rentabilité étant sapée.
Une mauvaise nouvelle, alors que le secteur voit venir à grands pas un rendez-vous réglementaire important. La loi de 2007 qui a favorisé l’essor des biocarburants en Argentine en imposant leur incorporation aux carburants routiers (10 % à l’essence et 12 % au diesel), sera caduque le 31 décembre 2021.
Le gouvernement cherche une sortie de crise
Le ministre du Développement productif argentin, Matías Kulfas, son secrétaire d’État à l’Énergie, Sergio Lanziani, et le sous-secrétaire d’État aux hydrocarbures, Juan José Carbajales, à qui a échu la régulation du marché des agro-carburants, ont reçu, le 4 février dernier, à Buenos Aires, pour la première fois, les représentants institutionnels des filières du biodiesel et du bioéthanol.
À l’issue de cette réunion, le gouvernement a proposé de créer une commission qui devra résoudre la crise actuelle autour des prix et préparer l’après-2021. Les producteurs de biocarburants, eux, n’ont pas attendu plus de 48 heures pour rendre public leur projet de loi soumis au gouvernement lors de l’entrevue. « Nous allons présenter ce projet de loi au Parlement argentin dès le mois de mars », informe Patrick Adam, directeur de la chambre argentine des producteurs de bioéthanol de maïs.
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Par ce projet de loi, la Ligue bioénergétique veut relever le taux d’incorporation obligatoire des agro-carburants de 12 % à 20 % au gazole et de 10 % à 15 % à l’essence, puis à 18 % dans un an et demi, et enfin à 27,5 % en 2025 ; le bioéthanol serait issu pour moitié de maïs et pour autre moitié de canne à sucre.
Le texte propose enfin que l’État continue à réguler le marché par le biais de quotas attribués aux entreprises. « Nous visons l’intégration régionale de notre politique énergétique avec le Brésil où le taux de mélange obligatoire de l’essence avec de l’éthanol se situe déjà entre 20 % et 25 % », explique Patrick Adam.
Le bioéthanol s’en sort mieux
En attendant, plusieurs PME productrices de biodiesel auraient mis leur usine à l’arrêt. L’envolée du cours de l’huile de soja n’a rien arrangé pour elles. Le prix de référence du biodiesel est cloué à 44 121 pesos la tonne (environ 550 €/t) depuis le mois de décembre. « Ces entreprises familiales de la province de Santa Fe et de Córdoba ont suspendu leurs approvisionnements auprès des raffineries », confirme Verónica Geese, de la Ligue bioénergétique.
Les producteurs de bioéthanol (cinq usines au total) s’en sortent un peu mieux grâce à l’augmentation récente de la taxe sur les exportations de céréales, de 5 % à 12 %. Mais leur potentiel reste largement sous-exploité. L’Argentine a produit 50 millions de tonnes (Mt) de maïs l’an dernier, un record absolu, et devrait en récolter presque autant cette année. Or, à peine 1,5 Mt de maïs sont vouées à la production de bioéthanol. « Nous [les Argentins] exportons 30 Mt de maïs grains par an sans y ajouter aucune valeur », critique-t-il.
Précisons que les majors du trading agricole, qui ont leurs propres usines de biodiesel dans la zone portuaire de Rosario, sont peu ou pas impliquées dans la régulation du marché intérieur, car elles fournissent avant tout les marchés d’exportation, comme l’Union européenne.