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Argentine : reconduction des subventions aux petites exploitations laitières

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Après les mesures chocs prises dès son arrivée au pouvoir (élimination des taxes et restrictions à l’exportation, dévaluation du peso argentin), le gouvernement de Mauricio Macri a annoncé qu’il maintiendrait un mécanisme d’aides anti-crise à la production laitière. Parallèlement, le pays revient progressivement en force sur les marchés mondiaux agricoles.

Après les mesures chocs prises en faveur du secteur agricole dès son arrivée au pouvoir, le mois dernier, par le président de la République argentine, Mauricio Macri, dont l’élimination des taxes aux exportations de tous les produits agricoles à l’exception du soja et la fin des restrictions aux embarquements de céréales et de viande bovine, son ministre de l’Agro-industrie, Ricardo Buryaile, a reconduit pour trois mois le système d’aide aux exploitations laitières livrant moins de 2 900 litres par jour qui avait été mis en place par le gouvernement de Cristina Kirchner en avril dernier. « Ce dispositif anti-crise sera prolongé au moins jusqu’en mars prochain et le montant de l’aide sera légèrement rehaussé, à hauteur de 3 centimes d’euro par litre », a déclaré à Agra Presse Guillermo Bernaudo, le chef de cabinet du ministre de l’Agro-industrie. « Le très bas niveau actuel du prix du lait payé par l’industrie se conjugue à la forte hausse du cours des céréales qui s’est produite le mois dernier suite à l’élimination des taxes et des restrictions à leur exportation, poursuit-il. Nous croyons que la situation des élevages laitiers s’améliorera à partir du deuxième trimestre 2016. La toute récente dévaluation de 40 % de notre monnaie stimule en effet nos exportations, dont celles de poudre de lait, mais le marché international est en berne et les éleveurs n’en tireront pas profit immédiatement. Parallèlement à la reconduction de cette aide segmentée à la production, nous envisageons de préfinancer les exportations de poudre, ceci pour alléger l’offre excédentaire sur notre marché intérieur », poursuit Guillermo Bernaudo.

Retour en force de l’Argentine sur le marché mondial

La dévaluation du peso argentin à la mi-décembre dernier a eu un effet immédiat sur la valeur locale du soja, dont la plus grande partie des récoltes est exportée ; son cours à Rosario étant passée de 150 à plus 200 €/t. Le cours du maïs a progressé aussi soudainement et dans des proportions similaires, ce qui a stimulé les semis de maïs « tardif ». « Les surfaces semées en maïs en décembre ont augmenté de 400 000 hectares du seul fait de l’augmentation du prix consécutive à l’annonce de l’élimination de la taxe à l’export. La sole de blé prévue pour cette année devrait augmenter de 60 %, à plus de 5 Mha, et le même effet est attendu à moyen terme pour la production de lait et de bœuf », commente Guillermo Bernaudo. L’obligation de solliciter des permis d’exportation de céréales par le biais de déclarations sur l’honneur anticipées a déjà été désactivée, et sa suppression sera publiée au Journal Officiel courant janvier. Celle des permis d’embarquements de bœuf et de lait demandera encore quelques mois car l’État veut garder le contrôle sur les flux exportés. Mais en pratique, le commerce agricole extérieur argentin est redevenu fluide », dit-il. « Notre priorité de récupérer les marchés perdus au cours des deux mandats [2008-2015, NDLR] de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, en particulier la confiance des importateurs de bœuf dont nous n’avons pas pu honorer la demande », explique Raúl Roccatagliata, de la Société rurale argentine qui défend les intérêts des grands producteurs. "Ainsi, nous n’avons pas couvert la totalité du contingent Hilton de 28 000 t pendant plusieurs années consécutives, précise-t-il. Il s’agit ni plus ni moins que d’un retour à la normalité. Le dialogue entre les syndicats agricoles et l’État s’est rétabli après huit ans de rupture ». Ce spécialiste des questions agricoles au sein du Mercosur prévoit que la posture libérale du nouveau gouvernement argentin facilitera l’avancée des négociations internationales du bloc de pays sud-américains, notamment en vue d’un éventuel accord de libre-échange avec l’Union européenne.

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La bulle spéculative autour du dollar a éclaté au marché à terme de Rosario

Annoncée comme inévitable par le candidat aux élections présidentielles Mauricio Macri, la dévaluation du peso argentin est devenue une certitude entre les deux tours quand il en devint le favori. Dans ce laps de temps, la Banque centrale argentine (BCRA) a émis sur le marché de Rosario (Rofex) des titres portant sur un dollar à terme fixé à 9 pesos pour plus de 1,5 milliard de dollars. Beaucoup ont été intéressés par l’éventualité de revendre ces titres quelques jours plus tard à 15 pesos. Mais les nouvelles autorités de la BCRA n’ont pas voulu payer cette différence de valeur pour un tel montant dans un contexte délicat de réserves limitées. Le Rofex a donc assumé cette responsabilité en limitant de façon drastique et exceptionnelle les gains sur ces prises de position postérieures au 28 octobre. La crédibilité de ce marché à terme traditionnellement agricole en a pris un coup.