Les résultats préliminaires du recensement agricole ont été annoncés par le gouvernement argentin. La concentration de la production agricole se poursuit, ce qui alerte les syndicats et les autorités publiques, au premier rang desquelles le gouvernement en formation d’Alberto Fernández, qui accédera au pouvoir le mois prochain.
Le recensement agricole national argentin 2018 [1] était attendu de longue date. Le précédent remonte à 2002 car celui de 2008 avait avorté suite au refus d’y participer d’une partie des recensés, des agriculteurs alors en conflit contre le gouvernement de Cristina Kirchner à propos des taxes à l’exportation de grains. Les résultats préliminaires ont été dévoilés en grande pompe, le 7 novembre à Buenos Aires, dans un auditorium du ministère des Finances. Ce recensement – qui a mobilisé quelque 3 400 fonctionnaires – devrait à minima nourrir les futures politiques publiques agricoles, alors qu’un nouveau gouvernement, étiqueté de gauche, celui d’Alberto Fernández, élu président de la République le 27 octobre dernier, arrivera au pouvoir, le 10 décembre prochain.
Les données ont été collectées entre septembre 2018 et mars de cette année par le biais d’une application numérique comprenant une fonction de géolocalisation. Malgré l’usage de cette technologie, « l’exactitude des réponses dépend de la bonne foi des interrogés », reconnaît le coordinateur du recensement, Agustín Lódola. Les résultats définitifs seront livrés en mars prochain, qui intéressent surtout, à ce degré de précision, la communauté scientifique. Les milieux d’affaires, également, devraient utiliser les données de ce recensement dans leur stratégie commerciale.
« Une énorme classe moyenne agricole »
Selon le directeur de l’institut national de statistique (Indec) Jorge Todesca, « 91 % des producteurs exploitent eux-mêmes leur propriété. Ils travaillent et vivent à la campagne, constituant une énorme classe moyenne agricole ». Pour ce fonctionnaire argentin, « ce résultat tord le cou à l’idée reçue que l’agriculture argentine est une affaire d’aristocrates. S’il est évident que la concentration de la production s’accélère, une grosse classe moyenne néanmoins survit ». Mais il n’a pas défini précisément cette « classe moyenne. »
L’institut de statistique a recensé 250 881 exploitations en 2018, soit une baisse de 25 % en 18 ans. Elles exploitent 480 191 parcelles sur 157 millions d’hectares de SAU. La surface moyenne d’une ferme en Argentine est ainsi de 627 hectares alors qu’elle était de 520 ha en 2002. Ces moyennes nationales sont en réalité peu représentatives puisqu’elles incluent aussi bien les vastes prairies arides de la Patagonie, les zones de montagne dans les Andes, et les plaines fertiles de la région pampéenne au parcellaire morcelé.
Une demande de fiscalité liée à la taille d’exploitation
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Dans la région pampéenne (les provinces de Buenos Aires, Córdoba, Santa Fe et La Pampa), les exploitations de plus de mille hectares sont au nombre de 12 030 et exploitent un foncier total de 38,73 millions d’hectares. Ainsi, elles représentent 14 % du nombre total des fermes et gèrent 70 % du foncier agricole. Si l’on tient compte uniquement du segment des fermes de plus de 20 000 ha, toujours dans cette région pampéenne, elles sont 104 et exploitent un total de 3,27 millions d’hectares, c’est-à-dire que ce 0,1 % du total des fermes exploitent 6 % des terres.
La définition de la « classe moyenne » agricole, et des tailles d’exploitation plus généralement, pourrait faire l’objet de vifs débats. Sur la base de ce recensement, la Fédération agraire argentine, le syndicat majoritaire au niveau national, a interprété les résultats du recensement comme une confirmation de sa posture en faveur de politiques agricoles différenciées au niveau fiscal selon la taille de l’exploitation, celle-ci étant mesurée soit par son parcellaire soit par son chiffre d’affaires.
« Une régulation du marché foncier agricole ou au moins des systèmes anti-crise de marché pour défendre les exploitations les plus fragiles, pourrait avoir lieu en Argentine. Mais les agriculteurs et éleveurs argentins ont tendance à se défier et à renier toute implication de l’État dans leurs affaires », remarque un chercheur de l’Inta, Guido Prividera.
La surface moyenne d’une ferme en Argentine est passée de 520 à 627 hectares depuis 2002
Les agriculteurs et éleveurs argentins ont tendance à se défier et à renier toute implication de l’État