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Arnaud Delacour, président de l'Union nationale des producteurs de pommes de terre

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Qu’il s’agisse des distorsions de concurrence liées aux phytos ou des attaques à l’OMC contre les exportations de frites, la filière de la pomme de terre compte sur une Europe « forte et unie ». Au congrès de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT), qui s’est tenu à Strasbourg le 5 février, Arnaud Delacour, président de l’organisation, est revenu sur « l’Europe, une chance pour la pomme de terre de France ».

« Les dossiers les plus décisifs passent par l’Europe »

Qu’il s’agisse des distorsions de concurrence liées aux phytos ou des attaques à l’OMC contre les exportations de frites, la filière de la pomme de terre compte sur une Europe « forte et unie ». Au congrès de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT), qui s’est tenu à Strasbourg le 5 février, Arnaud Delacour, président de l’organisation, est revenu sur « l’Europe, une chance pour la pomme de terre de France ».

Pourquoi ce thème « l’Europe, une chance pour la pomme de terre de France » à votre congrès national?

Ce thème peut à lui seul résumer toutes nos réflexions, parce que les dossiers les plus décisifs passent par l’Europe. Quand nous parlons des pommes de terre françaises qui partent en Belgique pour revenir sous forme de frites belges, ce sont les distorsions entre industriels européens que nous évoquons. Quand nous annonçons notre engagement pour une pomme de terre écologiquement compétitive, c’est pour répondre aux exigences légitimes de nos concitoyens sur notre marché commun. Quand nous mentionnons l’export, c’est en pensant aux attaques commerciales contre l’Union européenne à l’OMC.

La pomme de terre a la réputation d’être un produit peu transporté, en tout cas dépassant rarement les frontières du territoire européen. Comment peut-elle être concernée par l’OMC ?

La pomme de terre produit peu transporté, c’est de moins en moins vrai. Elle s’exporte un peu par container au départ de la France vers des pays du Moyen-Orient, de l’Afrique et en Asie, notamment la Malaisie, l’Indonésie, Hong Kong (le marché  vietnamien est ouvert depuis fin 2017), et par centaines de milliers de tonnes des Pays-Bas vers l’Afrique. Mais c’est surtout sous forme transformée qu’elle voyage, et c’est assez récent. Depuis une dizaine d’années, les industriels belges ont trouvé des marchés conséquents en Amérique du Sud (Colombie, Brésil), en Afrique du Sud et au Moyen-Orient, parce que les coûts logistiques ont diminué entre ces pays et l’Europe. En effet, ces pays exportent vers l’Europe par cargos des produits (tels la viande) et les industriels belges exportent de la frite surgelée en fret de retour. Mais, invoquant une concurrence déloyale de l’Europe, ils se sont plaints à l’OMC, poussés par des firmes nord-américaines, qui ont perdu ces marchés du fait de l’arrivée des Belges. Face à ces attaques de pays d’Amérique du Sud, nous avons missionné des avocats pour défendre notre dossier.

Vous avez mentionné les distorsions de concurrence à propos des industriels belges, qui s’imposent moins de contraintes que les industriels français. Y a-t-il aussi des distorsions à propos des molécules phytosanitaires ?

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Je visais en premier lieu les distorsions entre industriels français et industriels belges, ces derniers ne reconnaissant pas la clause climatique française quand la récolte est fortement compromise par des conditions météorologiques adverses, comme cela a été le cas l’été dernier. Alors que les transformateurs français ont majoritairement accepté que les producteurs français ne pouvant pas livrer les quantités contractualisées fassent jouer la clause climatique, leurs homologues belges ont répondu « qu’un contrat est un contrat » et qu’il revient aux producteurs d’acheter sur le marché libre, au prix fort, les quantités prévues. En tant que président des producteurs de pommes de terre au Copa j’œuvre pour une harmonisation des règles interprofessionnelles, que la clause climatique soit reconnue dans tous les pays.

Je visais en second lieu des distorsions de concurrence qui risquent d’arriver si le CIPC, une molécule anti-germinative utilisée dans le monde entier, était interdite dans l’UE.

Cela signifierait-il que des distorsions de concurrence risquent d’apparaître, sur la pomme de terre, cette fois entre l’UE et les pays tiers ?

En effet, ce n’est pas impossible. Le CIPC étant considéré comme sans danger pour les consommateurs sur tous les continents, aucun pays ne l’a interdit. Il est fabriqué par une firme indienne. Voyant qu’il est question d’interdire le CIPC dans l’UE, l’Inde a menacé d’attaquer l’Europe à l’OMC, pour entrave au commerce. Le courrier adressé par le ministère indien du Commerce à la Commission européenne ne laisse pas d’ambiguïté. De la même façon que l’Europe, qui n’a pas voulu d’OGM cultivés sur son territoire, ne peut s’opposer à leur importation (sous forme de maïs notamment, NDLR), elle ne pourra pas s’opposer à l’importation de pommes de terre traitées au CIPC. Si demain la pomme de terre européenne est renchérie (car les anti-germinatifs alternatifs sont quatre à cinq fois plus chers que le CIPC), l’Europe ne pourra pas s’opposer à des pommes de terre qui viendront du Maroc, d’Égypte, d’Israël. Et nos marchés de la frite en Amérique du Sud risquent d’être davantage bataillés.

Malgré l’importance de l’enjeu, la Commission tarde à interdire le CIPC. D’où mon appel préventif, à ce congrès du 5 février : « Mesdames et Messieurs les responsables de la Commission, interdisez les importations de produits ne respectant pas nos règles ». Il est de la responsabilité de nos gouvernants de ne pas nous mettre en difficulté par des sur-règlementations qui, finalement, ne font que faire régresser notre agriculture en plombant notre compétitivité, et donc de veiller à l’harmonisation européenne des règles, donc plus d’Europe.

« Quand nous mentionnons l’export, c’est en pensant aux attaques commerciales contre l’Union européenne à l’OMC »