L’interprofession porcine communiquera sa position sur l’arrêt de la castration à vif lors de son assemblée générale du 6 juillet. Une étape très attendue, mais qui sera loin de clore le dossier. Une question épineuse restera à aborder : qui paiera les surcoûts liés à l’anesthésie ?
« Nous commençons à y voir clair » : d’après son directeur Didier Delzescaux, Inaporc s’apprête à boucler son chantier sur l’arrêt de la castration à vif des porcelets. Comme attendu, l’interprofession porcine « communiquera autour de [son] assemblée générale du 6 juillet » le résultat de ses réflexions sur le sujet, indique-t-il à Agra Presse le 26 mai. Cette pratique sera interdite au 1er janvier 2022, et un groupe de travail au sein d’Inaporc a étudié les pistes aujourd’hui disponibles : arrêt pur et simple de la castration (porc mâle entier), poursuite de la castration avec anesthésie (locale ou générale), ou encore immunocastration (via un vaccin).
Après une série d’auditions, au printemps, des principales filières porcines européennes (Espagne, Allemagne, Danemark et Belgique), ces travaux sont en voie de finalisation. « Nous attendons les résultats consolidés d’expérimentations sur l’anesthésie locale », précise M. Delzescaux. Pour son assemblée générale, Inaporc disposera d’éléments sur « la faisabilité technique, réglementaire et le coût de l’acte » d’anesthésie… mais pas sur « l’équilibre économique de la carcasse », sujet qui ne sera pas tranché à cette occasion.
« La filière porcine est un gros paquebot »
Programmée pour 2022, l’interdiction de la castration à vif occasionne d’intenses débats dans la filière porcine. « C’est une transition de filière dans sa globalité, pas une transition individuelle, explique le président de la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA), François Valy. Elle provoquera une évolution de la génétique, de l’alimentation des animaux, ou encore des modes d’élevage, parce qu’on n’élève pas des mâles entiers comme des mâles castrés. » D’après son président, « la position de la FNP n’a pas bougé : l’idéal pour les éleveurs, c’est le porc mâle entier. Mais en face, il faut un marché. » Pour les producteurs, arrêter de castrer est synonyme de gain de temps et de meilleurs résultats techniques, ce qui en fait une solution plébiscitée notamment dans le grand Ouest. En revanche, les éleveurs du sud de la France, plus orientés vers la charcuterie sèche, y sont plus réticents, car la viande de porcs non castrés ne se prête pas à la fabrication de ces produits.
De leur côté, les abatteurs représentés par Culture Viande craignent que leurs clients se détournent de la viande de porc mâle entier, plus sèche que celle des animaux castrés. Sans compter les 1 à 2 % de carcasses présentant des odeurs sexuelles, réglementairement considérées comme impropres à la consommation humaine. « Les grands producteurs européens ont fait le choix de ne pas aller plus loin dans le porc mâle entier, ils ont limité leurs volumes, parce que les clients n’ont pas suivi, note Paul Rouche, le directeur de Culture Viande. Cela va en opposition avec le mouvement qui semble se dessiner en France. » Et de prévenir : « La filière porcine est un gros paquebot, si on ne l’oriente pas dans la bonne direction, on va tous le payer cher. »
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Des orientations commencent à émerger. Première interrogation : combien peut représenter le pourcentage de porcs mâles entiers ? Actuellement, environ 28 % des mâles ne sont pas castrés en France. L’Espagne dépasse les 80 %, mais « le marché français n’est pas capable d’absorber un tel taux de mâles entiers », estime François Valy. À titre d’exemple, la Fict (industriels de la charcuterie) a chiffré ses besoins à environ 50 % d’animaux castrés et 50 % de porcs mâles entiers. Pour assurer les mêmes règles du jeu pour tous, la profession veut confier à l’association Uniporc la gestion de la détection des carcasses malodorantes : « On devrait avoir les résultats en fin d’année », espère M. Valy.
« Réticences » sur l’isoflurane et l’immunocastration
Deuxième question : comment sera encadrée la castration avec anesthésie pour les éleveurs qui devront continuer cette pratique ? Le directeur d’Inaporc fait état de « réticences » sur l’immunocastration, ainsi que sur l’anesthésie générale à l’isoflurane, privilégiée en Allemagne. Une technologie qui implique de lourds investissements, génère d’importantes émissions de gaz à effet de serre, et n’est pas sans risque pour les opérateurs. Alors que Berlin subventionne ces matériels, « les Allemands sont en train d’étudier un deuxième dispositif : l’anesthésie locale avec la procaïne », rapporte Paul Rouche. C’est une des voies qui semblent se dessiner pour la France, malgré ses difficultés de mise en place. Pour le directeur de Culture viande, « il faut que les pouvoirs publics nous donnent au maximum d’ici septembre la liste des produits qui seront homologués, ainsi que les autorisations pour les éleveurs de pratiquer l’anesthésie ».
Reste une inconnue – majeure – pour les éleveurs qui poursuivront la castration : qui prendra en charge le coût de l’opération ? « L’Ifip (institut technique, NDLR) sortira bientôt un calculateur pour évaluer le différentiel entre porcs castrés et entiers », indique François Valy. « Demain, nos clients qui veulent toujours avoir du mâle castré devront assurer un prix rémunérateur pour que les éleveurs leur fournissent cette qualité », revendique le président de la FNP. Les négociations s’annoncent compliquées, notamment avec les abatteurs. « Dans aucun pays, les abatteurs ou la filière ne prend en charge le coût de la castration », prévient le directeur de Culture Viande.