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Assurance prairies : la polémique sur les satellites en passe d’atterrir

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Le 4 octobre au Sommet de Cournon (Puy-de-Dôme), le ministre de l’Agriculture a défendu le recours aux images satellites pour évaluer les pertes de fourrages dans le cadre de l’assurance des prairies. Une technologie récemment critiquée par une partie du syndicalisme majoritaire.

« Les données satellites [utilisées pour évaluer les pertes dans le cadre de l’assurance des prairies] sont l’avenir », a déclaré Christiane Lambert lors d’une conférence de presse le 5 octobre au Sommet de l’élevage. « Elles sont imparfaites aujourd’hui, mais on en a besoin. » Le 27 septembre, les associations spécialisées de ruminants de la FNSEA avaient estimé que ces cartographies « ne représentent pas la réalité » des pertes causées par la sécheresse cette année. « Les cartographies [satellitaires] publiées font état d’une pousse de l’herbe cumulée favorable dans la majorité des territoires », dénonçaient la FNB (bovins viande), la Fnec (caprins), la FNO (ovins) et la FNPL (producteurs de lait). Des résultats qui ne prennent pas en compte, selon les AS animales, la sécheresse et les canicules de cette année, qui ont provoqué de nombreuses « ruptures de pâturage ». Les cartes satellitaires mesurant un cumul à l’échelle de la parcelle, « elles peuvent apparaître en vert en cas de bonne récolte au printemps », a rappelé la présidente de la FNSEA. Plus que la technologie d’imagerie, ce serait « l’interprétation de certaines cartes » qui poserait problème, selon elle.

« Les gens qui travaillent sur ces cartes nous disent qu’ils ont besoin de deux à trois ans pour les améliorer », a noté Christiane Lambert. Dans l’intervalle, un décret est attendu prochainement pour encadrer les recours que pourront demander les agriculteurs en cas de désaccord avec les données satellitaires. Sur ce sujet, « nous avons été entendus » par le ministre de l’Agriculture lors de sa visite au Sommet de l’élevage le 4 octobre, s’est félicité Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint de la FNSEA. « On espère faire avancer ce dossier pour aboutir à un système simple pour les assureurs », a ajouté cet éleveur du Cantal. « Le ministre a été très clair : il faut passer au système indiciel (satellites, NDLR) tout en permettant aux agriculteurs de demander une expertise a posteriori. » « Avec les paramètres actuels (déclenchement de l’assurance à partir de 20 % de pertes, de la solidarité nationale à partir de 30 %, NDLR), et si les données sont conformes au terrain, l’assurance prairies peut être une source de solution importante. »

« Compléter par des expertises de terrain »

Interrogé au sujet de l’assurance des prairies le 4 octobre au Sommet de l’élevage, Marc Fesneau a réaffirmé que « le système de base tournera autour de la cartographie » satellitaire (indice Isop), malgré les récentes critiques d’une partie du syndicalisme majoritaire. L’utilisation d’images satellite pour mesurer la pousse de l’herbe « permet d’aller vite », a défendu le ministre de l’Agriculture. « Aucun système n’est parfait », a-t-il reconnu, se disant prêt à « regarder comment compléter par des expertises de terrain ». Un message appuyé par le député Frédéric Descrozaille (LREM, Val-de-Marne), présent lors d’une table ronde aux côtés du ministre. Cet artisan de la réforme de la gestion des risques appelle à « conjuguer les deux » (images satellites et expertises de terrain) et à « permettre aux assureurs d’être inventifs ». « La corrélation entre les données d’Airbus et les études de terrain suit un facteur de 0,8 », a-t-il aussi fait valoir, citant une étude de l’Idele (Institut de l’élevage). Ce qui n’empêche pas certains couacs. Prenant l’exemple de sa propre exploitation, le président délégué de Groupama, François Schmitt, a indiqué qu’il ne pourra pas déclencher l’assurance cette année, malgré un important déficit fourrager. « L’assurance n’est pas l’outil adapté pour cette situation », tranche l’éleveur du Grand Est, pointant les limites du calcul basé sur la moyenne olympique : « Sur les cinq années de référence, j’ai connu quatre années de sécheresse. »

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Quant aux expertises de terrain, elles présentent certains avantages, reconnaît Frédéric Descrozaille : « Quand la sécheresse ruine une région, créer une commission départementale et se mettre dans une logique collective permet de se serrer les coudes. » Mais ce système pâtit de difficultés pratiques, soulignées par François Schmitt : manque de rapidité, « complexité d’évaluer une production de fourrages qui est autoconsommée ». Et surtout, « économiquement, il n’est pas possible d’envoyer des experts dans chaque ferme. » « Si on ne tient pas l’équilibre, le nouveau système ne sera pas crédible », prévient Marc Fesneau.

Les chambres lancent une étude

« Le système [d’imagerie satellitaire] peut être amélioré », veut croire Frédéric Descrozaille. Un dossier sur lequel les chambres d’agriculture vont se pencher : quelques jours avant le Sommet de l’élevage, le président de Chambres d’agriculture France (ex-APCA) Sébastien Windsor a annoncé que le système d’indemnisation de l’assurance prairies va faire l’objet d’une étude de son réseau. Objectif : « Comprendre, essayer d’apporter de l’expertise » sur les différences entre les observations réalisées sur le terrain et celles faites par satellite. « C’est notre rôle de chambres de dégrossir le sujet, et de faire en sorte que le système assurantiel fonctionne », a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse le 29 septembre.

« Le système [d’imagerie satellitaire] peut être amélioré »

« Économiquement pas possible d’envoyer des experts dans chaque ferme »