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Avec Carbiolice, du bioplastique encore plus biodégradable

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La start-up française Carbiolice commence à produire un additif qui accélère la dégradation d’une catégorie importante de plastiques biosourcés, le PLA. Cet additif innove en rendant des films de paillage horticole dégradables en compostage domestique et non plus seulement en compostage industriel.

Carbiolice, filiale de Limagrain, de Carbios et de BPI France, commence à produire depuis juin dans son usine de Riom (Puy-de-Dôme) un additif de dégradabilité, que l’on incruste dans des plastiques pour films de paillage horticole, rendant dégradables en compostage domestique des films de paillage en PLA (acide polylactique), un plastique biosourcé fabriqué à partir de sucres (amidon ou saccharose), a indiqué à Agra Presse sa présidente Nadia Auclair courant juillet.

« Le PLA était déjà dégradable en compostage industriel mais pas en compostage domestique. C’est une véritable innovation », commente Christophe Doukhy de Boissoudy, président du Club bioplastiques. Dans le compostage industriel, le PLA est digéré par des micro-organismes thermophiles, prospérant à des températures pouvant atteindre 70 degrés. Dans le compostage domestique, les micro-organismes sont mésophiles, préférant des températures comprises entre 20 et 40 degrés. De ce fait, les films de paillage ne seront plus transportés dans des centres de traitement. Ils deviendront source de compost pour les horticulteurs, maraîchers ou particuliers.

La majorité des films de paillage sont importés et pétrosourcés

Le marché potentiel est vaste. « La plupart des films de paillage sont fabriqués en Europe et en Asie. En Europe, les leaders, que sont l’Espagne et l’Italie, produisent pour 50 % du marché européen. Il s’agit aujourd’hui de plastiques fossiles non biodégradables mais qui évoluent vers des plastiques biodégradables faiblement biosourcés (à moins de 10 %) », selon Nadia Auclair. La France, elle, occupe une part de 8 % du marché européen du film de paillage en plastique. Le groupe Barbier, avec 5 % de ce marché, est le leader en France. « Exploiter ce potentiel de marché permettra de relocaliser la production de films de paillage. Nous avons choisi le co-développement de ce marché avec le leader français », commente la dirigeante.

La production d’Evanesto a démarré fin juin dans l’usine de Carbiolice, dont la capacité est de plus 3 000 tonnes par an. « Notre produit est facile à intégrer au moment de la fabrication du produit plastique végétal. Nous commercialisons de petites quantités d’additif à d’autres plasturgistes que Barbier, qui fabriquent des films alimentaires ou de palettisation 100 % biosourcé, continue Nadia Auclair. Nous comptons lancer la commercialisation au groupe Barbier en vraie grandeur en 2022. Nous visons l’approvisionnement des plasturgistes qui fabriquent des pots de yaourt, capsules de café, barquettes alimentaires, gobelets et vaisselle jetable, emballage cosmétique ». Carbiolice espère à terme doubler la capacité de son usine.

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Un sourcing international

Pour l’instant, les films de paillage contiennent un maximum de 10 % de plastique biosourcé, selon Nadia Auclair. « Avec le groupe Barbier, nous avons un objectif de contenance de 55 % de biosourcé à horizon de 2022 ». Le plastique dans lequel est incorporé l’additif, à hauteur de 5 % maximum, est du PLA, obtenu par fermentation de sucres, pour l’instant de canne et de maïs ». L’additif, appelé Evanesto, est fabriqué lui-même à partir de PLA et d’enzymes. Ce PLA peut provenir d’une usine de Total-Corbion en Thaïlande, à partir de sucre de canne, ou d’une société américaine NatureWorks à partir de maïs. Les enzymes sont produites par Novozymes à partir de substrats organiques et proviennent en l’occurrence d’une usine située dans le nord du Danemark.

C’est un premier pas vers le développement du plastique biosourcé. Mais le PLA ni les enzymes ne sont produits en France pour l’instant. Néanmoins, « si le marché du PLA et des enzymes s’étend, comme nous y contribuons, nous espérons que des usines s’implantent en France, où les matières premières ne manquent pas. Nous savons que d’autres filières, comme celle de l’éthanol, travaillent à la production de sucres non plus à partir de matières premières alimentaires mais de déchets agro-industriels », note la présidente de Carbiolice. Ces travaux sur les sucres lignocellulosiques intéressent les professionnels du bioplastique car ils ouvrent la voie à l’utilisation de sucres qui n’entrent pas en concurrence avec l’alimentation. Le plastique biosourcé n’en est qu’à ses débuts.

Les travaux sur les sucres lignocellulosiques intéressent les professionnels du bioplastique