La course aux levées de fonds parmi les restaurants virtuels se poursuit avec la prise de contrôle par Sodexo de FoodChéri, numéro deux en France après Frichti. Le géant de la restauration collective et du service aux entreprises met ainsi à exécution son plan d’investissement dans les start-up innovantes lancé fin 2016, dans lequel il prévoyait d’injecter 50 millions d’euros par l’intermédiaire de son fonds dédié aux nouvelles technologies Sodexo Ventures.
Au fil des mois, les 50 millions mobilisés fin 2016 par Sodexo pour financer les nouvelles technologies trouvent leur destination. Le dernier investissement en date, annoncé le 11 janvier, a concerné la start-up française de restauration virtuelle FoodChéri. Par l’intermédiaire de son fonds Sodexo Ventures, le géant de la restauration collective et du service aux entreprises a acquis la majorité du capital de cette start-up, sans dévoiler ni le montant précis, ni le pourcentage. « Sodexo remplace les fonds Breega Capital, 360 Capital Partners, Samaipata Ventures et Ambrosia Investments qui étaient au capital, sans modifier la part détenue par les trois fondateurs », explique Julia Vernin, directrice des opérations. En septembre 2016, ces fonds avaient apporté 6 millions d’euros à la start-up. « La société restera dirigée par ses fondateurs », précise Sodexo, à savoir : Patrick Asdaghi, p.-d.g., David Ginat, directeur de la technologie et Julia Vernin.
Plus d’entreprises clients demain grâce à Sodexo
« Nous livrons actuellement 12 000 repas par semaine avec un ticket moyen de 13 euros », détaille Julia Vernin. Les revenus de l’entreprise, qui sont en très forte progression depuis le lancement en 2015, proviennent à 80 % des repas de midi en semaine. L’entreprise livre Paris et certaines communes de la petite couronne où se concentrent des zones de bureaux. « L’essentiel de notre activité est centré sur les actifs qui n’ont pas de cantine, ceux qui veulent déjeuner au bureau ou qui veulent élargir leur choix de restaurants par rapport à ceux près de leur lieu de travail », explique Julia Vernin. Une population importante puisque chaque jour environ 6 millions d’actifs ont besoin de déjeuner en Ile-de-France, dont 4 millions dans le secteur privé marchand. La start-up dispose actuellement d’un fichier de 200 entreprises clientes.
FoodChéri base son modèle de développement sur l’intégration, contrairement aux entreprises de livraison qui font l’intermédiaire entre des restaurants et des clients finaux, se concentrant sur la rapidité de la livraison et la massification du nombre de restaurants. FoodChéri au contraire a investi dans la production de repas avec une cuisine centrale de 500 m2, où travaillent une bonne partie des 70 salariés que l’entreprise compte actuellement. C’est de là que partent l’ensemble des livraisons. L’approvisionnement, qui se fait auprès des fournisseurs en direct sans passer par Rungis, est mis en avant par FoodChéri pour se différencier de la concurrence avec « une offre résolument tournée vers le mieux-manger » à partir d’ingrédients qualitatifs et sous signes de qualité.
Massification de la production de repas
Cette année, FoodChéri va densifier son réseau de clients dans Paris et les quartiers d’affaires en périphérie. « Nous allons aussi compléter notre couverture géographique autour de Paris, et même peut-être lancer notre offre dans une ou deux villes qui pourraient être Lille, Lyon ou Strasbourg », détaille Julia Vernin. Pour accompagner ce développement, FoodChéri a lancé l’aménagement d’un local industriel en banlieue sud de Paris d’une surface de 2 500 m2 pour la production de repas, qui remplacera le site actuel. Le coût des aménagements se chiffre à « plusieurs millions d’euros », selon la start-up qui prévoit son ouverture en septembre prochain.
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La massification du nombre de repas et des approvisionnements est l’une des clés du succès des restaurants « virtuels » sachant que le coût par client ne peut pas être augmenté afin de rester proche de celui d’un ticket restaurant. L’entreprise s’attend d’ailleurs à une très forte progression de ses ventes de l’ordre de 200 à 300 % en 2018 par rapport à 2017. Pour y arriver, elle compte aussi sur son nouvel actionnaire. « Sodexo va nous permettre de toucher des entreprises de petite taille, celles qui n’ont pas de restaurant collectif, les entreprises dont les salariés sont en déplacement ou en télétravail et à qui elle veut offrir une solution de repas qu’elle peut financer en partie » explique la directrice des opérations. Les synergies pourraient aussi exister pour les approvisionnements de matière premières, et Sodexo pourrait aussi nourrir FoodChéri de son expérience dans la gestion de sites ou dans la formation.
« La rentabilité viendra des volumes que nous arriverons à atteindre, note Julia Vernin, notamment si nous parvenons à les multiplier par 3 ou 4 par rapport aux volumes actuels. » La start-up ne communique pas aujourd’hui sur sa rentabilité : étant en phase de démarrage, elle investit de façon très importante en marketing pour densifier en nombre de clients les zones où elle est déjà opérationnelle.
Sodexo Ventures est doté de 50 millions d’euros
En investissant dans FoodChéri, Sodexo marque une fois de plus son intérêt pour les start-up innovantes. Celui-ci s’est matérialisé avec la création fin 2016 d’un fonds spécifique, Sodexo Ventures, doté de 50 millions d’euros. Outre la restauration, d’autres secteurs sont aussi concernés tels que la santé, la data, la mobilité ou les bâtiments intelligents. « Sodexo Ventures investira dans les start-up présentant un fort potentiel de croissance et qui répondent aux problématiques actuelles et futures de Sodexo », notait le groupe lors de son lancement, précisant que « cette stratégie d’investissement permettra à Sodexo de suivre de près les évolutions permanentes qui touchent ses secteurs d’activités et ses marchés afin de les anticiper et d’y répondre. » Le premier investissement de Sodexo Ventures a été réalisé dans Wynd, spécialisé dans la digitalisation de la gestion de commandes pour les commerçants et les restaurants, aux côtés d’Alven Capital et Orange Digital Ventures. En février dernier, le fonds investissait dans le californien LifeDojo (coaching santé pour les salariés) et le parisien Neo-Nomade (recherche d’espaces ce coworking).
Elior, de son côté explore une voie plus orientée vers la foodtech : fin 2015, il investissait dans Food Me Up (optimisation de recettes pour chefs), un an plus tard dans la Belle assiette (réservation de traiteurs) et Pop chef (production et livraison de repas), puis en 2017 dans Awadec (solutions digitales et mobilier connecté pour les restaurants). Mais c’est surtout dans la restauration virtuelle qu’on a pu observer les plus importantes levées de fonds ces derniers temps en France. Frichti a ainsi levé 12 millions d’euros en 2016, puis 30 millions d’euros en 2017, confirmant les très importants besoins de financement de ces entreprises lancées dans une course au plus dominant.