Un accord d’un nouveau type, c’est ainsi que les groupes coopératifs Unicopa et Terrena ont présenté, la semaine dernière, leur accord stratégique. Il comporte deux volets, l’essentiel de son industrie de la volaille qu’Unicopa cède à Terrena et l’agrofourniture qu’ils décident de mettre en commun. Objectif : permettre aux deux parties de conforter leurs domaines d’excellence respectifs par la combinaison de leurs forces.
L’accord conclu entre les groupes Terrena et Unicopa conduit avant tout à la cession de l’ensemble des actifs industriels en volaille fraîche d’Unicopa (1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires global, 4100 salariés) à Terrena (3,1 milliards d’euros, 10 600 salariés). C’est l’élément le plus spectaculaire du projet d’accord entre les deux parties, annoncé la semaine dernière à Rennes. Le groupe Unicopa abandonne l’essentiel de sa branche volaille – trois usines en volaille fraîche et une plate-forme de distribution (près de 800 emplois, 58 000 tonnes de viande par an, près de 160 millions d’euros de CA) –, pour se concentrer sur ses points forts : le lait (Entremont Alliance), la nutrition animale (Nutréa) et les salaisons (Brocéliande).
Le repreneur, Gastronome, filiale dédiée de Terrena, le groupe coopératif des Pays de la Loire basé à Ancenis, augmente ainsi son potentiel industriel, après reprise de Socavi (abattage-découpe de poulets), de Vatélis et de Protéïs (produits élaborés pour l’industrie) à 210 000 tonnes de volaille-chair en production annuelle, avec un CA de 800 millions d’euros. La société se hisse au second rang des industriels français, derrière le sarthois LDC.
Arrêt de l’activité dinde
Ne font pas partie du deal les activités dinde et volailles congelées pour l‘exportation. Terrena « a une activité dinde en adéquation avec son marché », commente le président du groupe coopératif, Hubert Garaud. Unicopa s’est donc résolu à fermer purement et simplement sa filiale de transformation de dindes Dandy (Pontivy, Morbihan), et à supprimer 240 emplois. Ce malgré l’externalisation, il y a un peu plus d’un an, de l’abattage des dindes vers Le Clézio et la découpe primaire vers TDI (Côtes d’Armor). L’opération n’aura pas suffi. Hors deal aussi, Tilly-Sabco (Guerlesquin, Finistère), spécialisée en volaille congelée destinée au grand export, essentiellement grâce à des restitutions à l’exportation. Terrena précise que ce n’était pas de son ressort.
Le groupe finistérien applique à la lettre en volaille chair la feuille de route qu’il suit depuis plus de trois ans : constituer, pour chacun de ses métiers, des filières fortes pour se situer dans les deux ou trois premières places. « Entremont Alliance se situe au premier rang mondial des sérums, et à la première place en Europe pour les fromages », souligne Rémy Létienne.
En alimentation animale, le partenariat noué avec Evialis dans Nutréa donne de solides positions à la société dans l’Ouest. Lui reste désormais à faire grossir sa filiale « salaisons » Brocéliande (près de 55 000 tonnes de production) qui figure à la quatrième place des opérateurs français. Dans ce métier aussi, l’avenir s’écrira par de « la croissance externe ou des alliances », reconnaît Rémy Létienne.
Les dirigeants des deux groupes insistent plus, en fait, sur la combinaison des forces rendue obligatoire par la mondialisation des échanges. La polyvalence des groupes coopératifs de l’Ouest demeure, mais elle se resserre autour d’activités fortes. Terrena « voulait se renforcer en volaille depuis plusieurs années, mais il fallait d’abord que Gastronome renoue avec les bénéfices », reprend Hubert Garaud. Il confie que l’objectif devrait être atteint cette année.
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Accord sur l’amont
Le ciment de l’accord stratégique entre Unicopa et Terrena, c’est toute la partie amont, le volet le moins spectaculaire mais pas le moins important.
Unicopa va continuer d’approvisionner les outils cédés à Terrena en volailles vivantes à partir de son groupement Univol (250 producteurs). Un avantage partagé par le groupe coopératif ligérien qui sécurise son approvisionnement.
L’autre intérêt de l’accord, c’est la constitution d‘une plate-forme d’achat en agrofourniture, pour environ 200 millions d’euros par an – 45 millions pour Eolys, la coopérative « agrofourniture » d’Unicopa (10 000 adhérents), 155 millions pour les 26 000 adhérents de Terrena. Cette plate-forme entre dans le trio de tête des grandes centrales d’achat d’agrofourniture du Grand Ouest. Ouverte à d’autres acteurs, elle « pourra accéder aux produits innovants, principalement en santé végétale que les grands offreurs mondiaux réserveront aux plus importants acheteurs », dit Rémy Létienne.
Autres rapprochements en vue ?
Hubert Garaud va plus loin dans l’analyse du rapprochement : les expériences et savoir-faire des différents bassins de production des deux groupes, de la Bretagne jusqu’au Poitou Charente, va permettre l’échange de données, des bassins versants bretons jusqu’aux plaines céréalières et terres en agriculture biologique des Pays de la Loire.
Lorsque les deux groupes se connaîtront mieux, peut-être envisageront-ils d’autres rapprochements, concède Hubert Garaud en forme d’interrogation.
Certains pensent à l’univers des salaisons. Mais Terrena confie l’ensemble de ses activités porcines à ARCA. Dans l’univers agroalimentaire, actuellement, plus rien n’est impossible.